Dimanche 18 octobre 2026, l’Église célèbre saint Luc, évangéliste et compagnon de saint Paul. Son œuvre, profondément mariale et nourrie du mystère de la Rédemption, demeure l’un des témoignages les plus précieux sur l’Incarnation du Verbe et la naissance de l’Église. Saint Luc appartient à ces grandes figures apostoliques dont l’œuvre a façonné durablement la foi, la prière et la liturgie de l’Église. Auteur inspiré du troisième Évangile et des Actes des Apôtres, il a transmis bien davantage qu’un récit des origines chrétiennes : une contemplation du mystère du Christ, vrai Dieu et vrai homme, venu accomplir les promesses faites à Israël et ouvrir à toutes les nations les portes du salut.
Originaire, selon la tradition, d’Antioche de Syrie, cité où les disciples reçurent pour la première fois le nom de chrétiens, Luc était probablement issu du paganisme. Saint Paul le désigne comme « le médecin bien-aimé » (Col 4, 14). Cette proximité avec l’Apôtre des nations éclaire la dimension universelle de son œuvre, dans laquelle le salut apporté par Jésus-Christ ne connaît aucune frontière de peuple ou de condition. Son Évangile s’ouvre par une démarche particulièrement solennelle. Luc affirme avoir recherché avec soin les événements transmis par les témoins oculaires, afin que son destinataire, Théophile, puisse reconnaître « la solidité des enseignements » reçus (Lc 1, 4). La foi chrétienne ne repose pas sur une mythologie religieuse, mais sur l’irruption de Dieu dans l’histoire des hommes.
Saint Luc occupe une place incomparable dans la transmission du mystère marial. Sans son Évangile, l’Église ne posséderait pas les récits de l’Annonciation et de la Visitation dans leur forme actuelle, ni le Magnificat, ce chant prophétique dans lequel la Vierge proclame les merveilles accomplies par Dieu.
Au moment de l’Annonciation, Marie accueille librement la volonté divine : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). Dans ce consentement s’accomplit le mystère de l’Incarnation. Le Verbe éternel prend chair dans le sein virginal de celle que l’Église confesse comme Theotokos, Mère de Dieu.
Luc rapporte également cette parole d’Élisabeth : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1, 43). La tradition catholique y reconnaît un témoignage scripturaire fondamental de la maternité divine de Marie.
L’évangéliste souligne à deux reprises que la Vierge conservait et méditait ces événements dans son cœur. Cette contemplation intérieure fait de Marie le modèle de l’âme croyante, accueillant la Parole avant de la porter au monde. Une ancienne tradition attribue d’ailleurs à saint Luc les premières icônes de la Vierge Marie, raison pour laquelle il est vénéré comme patron des peintres. L’Évangile de saint Luc manifeste avec une intensité particulière la miséricorde du Christ. Les paraboles de la brebis perdue, de la drachme retrouvée et du fils prodigue, réunies au chapitre 15, révèlent la joie divine devant le retour du pécheur.
Mais cette miséricorde n’est jamais une approbation du péché. Le fils prodigue doit reconnaître sa faute et revenir vers son père. Le pardon suppose l’accueil de la grâce et appelle une véritable conversion du cœur. Au Calvaire, Luc transmet les paroles du bon larron : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » La réponse du Sauveur, « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis », révèle la puissance de la Rédemption jusque dans les derniers instants de l’existence. C’est encore Luc qui rapporte la rencontre des disciples d’Emmaüs avec le Ressuscité. Le Christ leur explique les Écritures avant de se faire reconnaître à la fraction du pain. L’Église a toujours contemplé dans cet épisode une profonde résonance eucharistique : la Parole éclaire les intelligences et le pain rompu ouvre les yeux de la foi.
Dans les Actes des Apôtres, saint Luc poursuit son récit en montrant comment l’Esprit Saint conduit l’Église depuis Jérusalem jusqu’au cœur de l’Empire romain. La Pentecôte inaugure cette mission universelle, confiée aux Apôtres et poursuivie à travers les siècles.
Fidèle compagnon de saint Paul, Luc apparaît ainsi comme un témoin privilégié de l’expansion de la foi apostolique. Sa fête rappelle une vérité essentielle : l’Évangile n’est pas une simple sagesse humaine, mais l’annonce du salut offert par Jésus-Christ, mort et ressuscité. Et l’œuvre de saint Luc demeure, deux mille ans après, une invitation à accueillir cette grâce dans la fidélité à la foi transmise par les Apôtres.


