Dans l’un des pays les plus riches du monde, l’Église catholique s’inquiète pour son avenir financier. Monseigneur Fredrik Hansen, évêque d’Oslo, a lancé un appel à ses fidèles dans une lettre pastorale consacrée à la situation économique du diocèse. Publié en neuf langues, ce texte entend sensibiliser une communauté catholique en pleine croissance à une réalité souvent méconnue : malgré la prospérité de la Norvège, les ressources de l’Église demeurent fragiles. La formule employée par l’évêque résume cette situation paradoxale : « Nous ne disposons pas d’un fonds pétrolier pour nous financer. » Une référence directe à l’immense fonds souverain constitué par l’État norvégien grâce à l’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières. L’Église, elle, ne possède pas de réserves comparables pour garantir durablement ses activités.
Le système norvégien présente une particularité importante. Les communautés religieuses reconnues bénéficient de financements publics, selon des mécanismes liés notamment au nombre de leurs membres. L’Église catholique, minoritaire dans un pays historiquement luthérien, profite de ce dispositif qui constitue aujourd’hui une part essentielle de ses ressources. Dans le diocèse d’Oslo, plus de 85 % des recettes proviennent de fonds publics. Cette dépendance représente désormais une source d’inquiétude. Toute modification du système de subventions ou toute réduction des sommes accordées pourrait avoir des conséquences directes sur la vie des paroisses, la rémunération du personnel et l’entretien des bâtiments.
Monseigneur Hansen souligne que le diocèse doit se préparer à cette éventualité. Il ne s’agit pas d’annoncer une faillite imminente, mais de prévenir une situation dans laquelle l’Église ne disposerait plus des moyens nécessaires pour remplir normalement sa mission.
Cette inquiétude intervient alors que le catholicisme connaît depuis plusieurs décennies un développement remarquable en Norvège, largement soutenu par l’immigration. Les communautés catholiques rassemblent des fidèles d’origines très diverses, notamment polonaise, lituanienne, philippine et vietnamienne, auxquels s’ajoutent les catholiques norvégiens. Cette vitalité représente une richesse spirituelle, mais elle entraîne également des besoins matériels considérables : construction et entretien des églises, locaux paroissiaux, accompagnement pastoral, catéchèse et accueil des nouvelles familles. Or, l’augmentation du nombre de fidèles ne garantit pas une progression équivalente des ressources disponibles.
Pour répondre à ces difficultés, le diocèse a engagé une campagne intitulée « Une maison bâtie sur le roc », une référence évangélique qui souligne la nécessité de donner à l’Église des fondations solides.
Monseigneur Hansen invite les catholiques à développer une véritable culture du don régulier. L’objectif est de réduire progressivement la dépendance aux subventions publiques et de permettre aux communautés de participer davantage au financement de leur propre vie ecclésiale. Cette démarche s’accompagne d’un appel à une gestion rigoureuse des dépenses et à la recherche d’économies. Le Fonds de construction Saint-Joseph, destiné à soutenir les besoins immobiliers de l’Église, constitue également un instrument important pour préparer l’avenir.
Au-delà des considérations budgétaires, l’évêque pose une question fondamentale : celle de la responsabilité des fidèles envers leur Église. Dans un pays où l’État a longtemps assuré l’essentiel des ressources des communautés religieuses, le diocèse d’Oslo rappelle ainsi que la vitalité de l’Église ne peut reposer uniquement sur la générosité des pouvoirs publics. Son avenir dépend également de l’engagement concret des catholiques, appelés à soutenir matériellement la mission spirituelle dont ils sont les premiers bénéficiaires.


