Publié ce jeudi 22 octobre 2026 par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, dirigé par le cardinal Fernández, le document Venite ad me, sous-titré Considérations sur la transmission de la foi à l’aube d’une nouvelle ère, est le fruit d’une réflexion engagée à la demande du pape François et poursuivie sous le pontificat de Léon XIV, dans la perspective notamment du Jubilé de la Rédemption de 2033. Rome y dresse un constat particulièrement grave. Le texte reprend cet avertissement de Léon XIV : « Dans certaines régions du monde, cette transmission s’est pratiquement interrompue. » Derrière cette formule se dessine une crise plus profonde que la seule baisse de la pratique religieuse : des générations entières grandissent désormais sans connaître véritablement Jésus-Christ.
Le Dicastère évoque explicitement « une rupture dans la transmission de la foi chrétienne entre les générations dans le peuple catholique », reprenant les termes d’Evangelii gaudium. Pendant des siècles, la famille, l’école, la paroisse et la société formaient un environnement favorable à la transmission du christianisme. Aujourd’hui, cette continuité a disparu dans de nombreux pays. Des enfants sont baptisés, parfois catéchisés, mais deviennent adultes dans une profonde indifférence religieuse.
Le document souligne que la transmission de la foi ne se fait plus de manière « automatique ». Plus préoccupant encore, le nombre de ceux qui ne connaissent ni Jésus ni l’Évangile augmente, particulièrement parmi les jeunes. Rome en tire une conséquence pastorale majeure : il faut dépasser une évangélisation presque exclusivement tournée vers les enfants pour annoncer également le Christ aux adultes.
Le texte rappelle que la famille demeure « le premier et le plus essentiel lieu de transmission de la foi ».
L’un des passages les plus émouvants rapporte le souvenir du père Aimé Duval, qui avait découvert la grandeur de Dieu en regardant son père prier à genoux après le travail et sa mère réciter les prières familiales. « Les mains de mon père, les lèvres de ma mère, elles m’ont appris sur le Bon Dieu bien plus que mon catéchisme », écrivait-il. Cette évocation résume une vérité profondément catholique : la foi ne se transmet pas seulement par des explications, mais par l’exemple d’une existence chrétienne. La prière familiale, la messe dominicale, la dévotion à la Vierge Marie et la fréquentation des sacrements constituent autant de chemins par lesquels les enfants apprennent à connaître Dieu.
Le document réaffirme également l’importance du baptême des enfants. La foi n’est pas un simple choix culturel que les parents devraient laisser en suspens, mais un bien spirituel qu’ils ont la responsabilité de transmettre.
Le Christ, et non une simple morale, au centre de l’évangélisation
C’est probablement le point théologique le plus important du document. Le Dicastère insiste sur la nécessité de retrouver le kérygme, l’annonce fondamentale de Jésus-Christ mort et ressuscité pour le salut des hommes. Il rappelle les paroles de saint Paul : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, et votre foi aussi est vaine » (1 Co 15, 14). Le christianisme ne saurait donc être réduit à des valeurs humanitaires, à un engagement social ou à une morale de la fraternité. Il repose sur la Révélation du Dieu trinitaire et sur la victoire du Christ sur le péché et la mort.
Cette priorité donnée à la rencontre personnelle avec Jésus ne signifie cependant pas l’abandon de la doctrine. Le texte distingue la fides qua, l’acte personnel de croire, et la fides quae, le contenu objectif de la foi.
La première ne saurait remplacer la seconde. Annoncer le Christ suppose aussi de transmettre fidèlement l’enseignement reçu des Apôtres, la vérité des sacrements et l’intégralité du dépôt de la foi.
Le document accorde une place importante à la liturgie, à l’art sacré et à la beauté chrétienne. Il rappelle l’adage lex orandi, lex credendi : la loi de la prière exprime la loi de la foi. La liturgie ne saurait être réduite à une simple réunion communautaire. Elle introduit les fidèles dans le mystère du Christ. La dignité des célébrations, le chant, le silence et les signes sacrés participent ainsi à la transmission de la foi. Le Dicastère rappelle également combien la beauté peut conduire à Dieu, évoquant notamment le parcours d’un jeune homme issu d’une famille athée, marqué par la musique et par la découverte de la cathédrale de Chartres. Une leçon essentielle pour une époque où le patrimoine religieux est trop souvent considéré sous son seul aspect culturel : les églises et les cathédrales ont d’abord été édifiées pour rendre gloire à Dieu.
Ce document invite les évêques, les prêtres et les fidèles à mesurer l’ampleur du défi. Multiplier les structures et les initiatives pastorales ne suffit pas si celles-ci ne conduisent plus effectivement les âmes au Christ. La conclusion est exigeante : l’Église ne peut se contenter de conserver un héritage religieux. Elle doit transmettre une foi vivante, enracinée dans la Révélation, nourrie par les sacrements et annoncée sans crainte. Car la question essentielle n’est pas seulement de savoir combien d’églises resteront ouvertes demain, mais combien d’hommes et de femmes connaîtront encore Jésus-Christ, unique Sauveur du monde.
Ci-dessous, le texte intégral du document Venite ad me, publié le 22 octobre 2026 par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi.


