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« Enracinée dans notre héritage spirituel commun » : Léon XIV rappelle les liens indissolubles entre juifs et chrétiens

Léon XIV - Depositphotos
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« Shalom ! » C'est par ce mot hébreu, que Léon XIV a conclu . Le pape a rappelé que "L'Église ne tolère pas l'antisémitisme et le combat, sur la base même de l'Évangile" - INTEGRALITE DU TEXTE

Ce jeudi, dans la salle du Consistoire du Palais apostolique, Léon XIV a reçu une délégation de l’American Jewish Committee, organisation américaine engagée depuis plusieurs décennies dans les relations entre juifs et chrétiens. Une rencontre dont la date ne doit rien au hasard : le 22 octobre, l’Église célèbre la mémoire liturgique de saint Jean-Paul II, le pape qui contribua de manière décisive au rapprochement entre l’Église catholique et le peuple juif.

Dès les premières lignes de son discours, Léon XIV a rendu hommage à son prédécesseur, rappelant les paroles qu’il avait adressées à cette même organisation le 6 février 1995 : « Le dialogue entre chrétiens et juifs doit trouver une expression éloquente dans la vie de nos deux communautés. » Trente et un ans plus tard, le pape entend poursuivre cette œuvre, en insistant non seulement sur la nécessité du dialogue, mais sur ce qui en constitue le fondement spirituel.

« Enracinée dans notre héritage spirituel commun, cette amitié nous appelle également à défendre la dignité humaine, à servir les pauvres, à protéger la liberté religieuse et à promouvoir la justice et la paix », a déclaré Léon XIV.

Cette référence à un héritage commun est essentielle. Pour l’Église catholique, le lien avec le judaïsme ne relève pas simplement d’une proximité historique entre deux traditions religieuses. Il touche aux origines mêmes de la foi chrétienne. Jésus-Christ est né du peuple d’Israël. La Vierge Marie, les apôtres et les premiers disciples étaient juifs. Les Écritures d’Israël constituent ce que les chrétiens appellent l’Ancien Testament, inséparable du Nouveau dans l’unité de la Révélation.

Saint Paul lui-même revendique explicitement son appartenance au peuple d’Israël. Dans son épître aux Philippiens, il se présente comme « Hébreu, fils d’Hébreux » (Ph 3, 5). Et dans l’épître aux Romains, il interroge : « Dieu aurait-il rejeté son peuple ? Certainement pas ! Car moi aussi, je suis Israélite, de la descendance d’Abraham, de la tribu de Benjamin » (Rm 11, 1). L’Apôtre des nations rappelle ainsi que l’annonce universelle du salut en Jésus-Christ ne saurait être comprise comme un effacement des origines juives du christianisme. Dans cette même épître, il utilise l’image de l’olivier sur lequel les croyants venus des nations ont été greffés, tandis que la racine les porte (Rm 11, 17-18).

Cet enracinement n’abolit naturellement pas les différences théologiques fondamentales entre judaïsme et christianisme, notamment la reconnaissance de Jésus comme Messie et Fils de Dieu. Mais il interdit de considérer ces deux traditions comme étrangères l’une à l’autre.

Dans son discours, Léon XIV rappelle également le soixantième anniversaire de Nostra aetate, célébré en 2025. Promulguée le 28 octobre 1965 par Paul VI, cette déclaration du concile Vatican II sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes a marqué une étape décisive dans les rapports entre catholiques et juifs. Son quatrième paragraphe, consacré au judaïsme, rappelle le lien spirituel unissant le peuple de la Nouvelle Alliance à la descendance d’Abraham. Le Concile y rejette notamment toute accusation de culpabilité collective du peuple juif dans la mort du Christ et condamne les manifestations d’antisémitisme.

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Il ne s’agit pas d’un anniversaire secondaire. Après les persécutions antijuives et la tragédie de la Shoah, cette déclaration a ouvert une nouvelle étape dans les relations entre les deux communautés. Jean-Paul II lui donnera une expression particulièrement forte en se rendant, le 13 avril 1986, à la grande synagogue de Rome, une visite devenue historique. C’est dans cette continuité que Léon XIV rappelle une déclaration prononcée lors de l’audience générale du 29 octobre 2025 : « L’Église ne tolère pas l’antisémitisme et le combat, sur la base même de l’Évangile. » La précision est théologiquement importante. Le rejet de l’antisémitisme n’est pas présenté comme une simple obligation diplomatique ou une concession aux exigences contemporaines. Il découle de la foi chrétienne elle-même, de sa compréhension de l’homme et de son enracinement biblique.

Le pape ajoute que les divergences d’opinion, même profondes, ne doivent jamais engendrer de préjugés ou d’hostilité. Une manière de rappeler que la fidélité à ses propres convictions religieuses n’autorise ni le mépris ni la haine de ceux qui ne les partagent pas. Le discours pontifical prend ainsi soin de distinguer deux réalités : l’existence de convictions religieuses différentes et l’exigence morale de fraternité. La foi chrétienne confesse en Jésus-Christ l’accomplissement des promesses faites à Israël. Le judaïsme ne partage pas cette confession. Cette divergence demeure fondamentale et le dialogue ne saurait l’effacer artificiellement.

Mais les chrétiens ne peuvent oublier que leur foi plonge ses racines dans l’histoire du peuple juif, dans l’Alliance, dans les prophètes et dans l’attente messianique. C’est pourquoi Nostra aetate invite à une connaissance et à une estime mutuelles fondées notamment sur les études bibliques et théologiques. Léon XIV inscrit enfin cette fraternité dans une responsabilité commune envers le monde. Défense de la dignité humaine, protection de la liberté religieuse, service des pauvres et recherche de la paix : autant d’engagements qui peuvent réunir juifs et catholiques sans exiger d’eux qu’ils renoncent à leur identité.

En concluant son intervention par « Shalom ! », le pape ne se contente donc pas d’une formule de courtoisie. Ce mot, profondément enraciné dans la tradition biblique, évoque une paix qui dépasse la seule absence de conflit. Il renvoie à la réconciliation, à la justice et à la plénitude des relations humaines devant Dieu.

DISCOURS DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV À LA DÉLÉGATION DE L’AMERICAN JEWISH COMMITTEE

Salle du Consistoire Jeudi 22 octobre 2026

« Distingués membres de l’American Jewish Committee,

C’est une joie de vous accueillir aujourd’hui au Vatican, en ce jour où l’Église fait particulièrement mémoire de mon bien-aimé prédécesseur, saint Jean-Paul II, dont les efforts ont si largement contribué à favoriser l’amitié entre juifs et catholiques.

S’adressant au conseil d’administration de votre Comité en 1995, il faisait observer que « le dialogue entre chrétiens et juifs doit trouver une expression éloquente dans la vie de nos deux communautés » (6 février 1995).

Ces paroles demeurent pertinentes aujourd’hui, comme en témoigne l’engagement de longue date de votre organisation en faveur du dialogue et de la coopération avec l’Église catholique. Je saisis donc cette occasion pour exprimer ma gratitude à tous ceux qui continuent de tisser des liens, fondés sur la sincérité et le respect mutuel, entre nos communautés respectives.

Enracinée dans notre héritage spirituel commun, cette amitié nous appelle également à défendre la dignité humaine, à servir les pauvres, à protéger la liberté religieuse et à promouvoir la justice et la paix.

Le rejet de toutes les formes de haine et de discrimination religieuses ou ethniques est essentiel à cet engagement.

À cet égard, à l’occasion du soixantième anniversaire de la déclaration conciliaire Nostra aetate, j’ai affirmé que « l’Église ne tolère pas l’antisémitisme et le combat, sur la base même de l’Évangile » (Audience générale, 29 octobre 2025).

Les divergences d’opinion, aussi profondes soient-elles, ne doivent jamais engendrer de préjugés ni d’hostilité, qui sapent les fondements moraux de la société.

Dans un monde blessé par la violence et la méfiance, cet engagement en faveur de la fraternité revêt une urgence particulière.

En effet, « le témoignage de notre fraternité, que j’espère nous pourrons manifester par des gestes concrets, contribuera certainement à construire un monde plus pacifique, ce que tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté désirent au fond de leur cœur » (Discours aux représentants des autres Églises et Communautés ecclésiales et des autres religions, 19 mai 2025).

Fort de ces réflexions, je vous remercie une nouvelle fois de votre visite et vous assure de mes prières.

Shalom ! »

Source Vatican – Traduction TC

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