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[Persécutions] Nigeria : une mère de famille chrétienne condamnée à 14 ans de prison après avoir parlé de sa foi à une musulmane

Abuja, capitale fédérale du Nigeria, se trouve la pro-cathédrale Notre-Dame-Reine-du-Nigeria
Abuja, capitale fédérale du Nigeria, se trouve la pro-cathédrale Notre-Dame-Reine-du-Nigeria
Une enquête révèle une décision judiciaire qui soulève de graves questions sur la liberté religieuse et les persecutions subies par les chrétiens

Une mère de famille chrétienne condamnée à quatorze ans de prison dans une affaire liée à la conversion d’une femme musulmane : c’est ce que révèle une enquête publiée le 14 octobre 2026 par le média nigérian TruthNigeria. Liyatu Samuel Dawa, originaire de Gwoza, dans l’État de Borno, a été jugée par la Haute Cour de cet État du nord-est du Nigeria, une région marquée depuis des années par les violences islamistes. Selon les informations recueillies par TruthNigeria, la femme convertie aurait affirmé devant le tribunal avoir librement choisi d’embrasser le christianisme, sans avoir subi de contrainte. Ce témoignage n’a cependant pas empêché la condamnation de Liyatu Samuel Dawa.

Une page de la copie certifiée du jugement, reproduite dans l’enquête, permet désormais d’apporter plusieurs précisions. Le document porte la signature du juge A. B. Kumdila, accompagnée d’une date manuscrite qui semble correspondre au 5 mai 2026. Il confirme notamment deux peines de quatorze ans de prison et une troisième de dix ans, toutes prononcées sans possibilité de substitution par une amende. Ces peines doivent être exécutées simultanément, ce qui porte la durée maximale de l’emprisonnement prononcé à quatorze ans.« Je lui ai seulement donné des conseils. C’est tout. » Le document judiciaire reproduit également les dernières déclarations de la condamnée avant le prononcé de sa peine.

« En tant que mère, je supplie ce tribunal. Je n’avais pas l’intention de tromper la victime. Je demande au tribunal de faire preuve de clémence. J’éprouve de la compassion pour elle. Je lui ai seulement donné des conseils. C’est tout. »

Extrait de la page 15 de la copie certifiée du jugement rendu par la Haute Cour de l’État de Borno, signé par le juge A. B. Kumdila. Le document mentionne deux condamnations à quatorze ans de prison et une condamnation à dix ans, les trois peines devant être exécutées simultanément. La date manuscrite semble indiquer le 5 mai 2026.

Un élément du jugement mérite une attention particulière. L’article 210 du Code pénal de l’État de Borno, invoqué pour l’un des chefs d’accusation, concerne la privation de la garde légale d’un enfant à ses parents ou à son tuteur. Pourquoi cette disposition a-t-elle été appliquée dans une affaire présentée comme liée à une conversion religieuse ? Les éléments publiés ne permettent pas encore de reconstituer l’ensemble des faits retenus par le tribunal. La page du jugement disponible mentionne trois chefs d’accusation distincts, sans détailler leur contenu intégral. Il serait donc prématuré d’affirmer que Liyatu Samuel Dawa a été condamnée exclusivement pour avoir annoncé sa foi. Cette incertitude ne retire rien à la nécessité d’examiner les conditions dans lesquelles la procédure a été conduite, notamment au regard du témoignage de la femme convertie.

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L’affaire a également bouleversé la vie de son époux, Amos Suleman, chrétien évangéliste. Selon son témoignage recueilli, il aurait lui-même passé plusieurs mois en détention avant d’être libéré sous caution. Il affirme désormais vivre caché après avoir reçu des menaces de mort et ne plus pouvoir rendre visite à son épouse sans craindre pour sa sécurité. La famille est originaire de Gwoza, une région particulièrement éprouvée par les attaques de Boko Haram et de la branche ouest-africaine de l’État islamique. Ces organisations ont provoqué d’importants déplacements de population et de nombreuses victimes parmi les civils, chrétiens comme musulmans.

La liberté de changer de religion pourtant garantie par la Constitution

L’affaire soulève enfin une question fondamentale concernant le respect de la liberté religieuse au Nigeria. L’article 38 de la Constitution nigériane garantit à chaque citoyen la liberté de pensée, de conscience et de religion. Il reconnaît notamment le droit de changer de religion et celui de manifester ou de transmettre ses convictions par l’enseignement, la pratique et le culte. Si la conversion évoquée dans cette affaire était effectivement libre et volontaire, comme l’aurait affirmé l’intéressée, il importe de comprendre quels actes distincts ont pu justifier une peine aussi lourde.

L’organisation chrétienne International Christian Concern, qui a relayé l’enquête le 21 octobre, demande également que les circonstances exactes de la condamnation soient éclaircies. À ce stade, les autorités de l’État de Borno n’ont pas publiquement fourni d’explication détaillée. Au-delà de cette affaire individuelle, une question demeure : dans quelle mesure la liberté religieuse garantie par la Constitution nigériane protège-t-elle effectivement le droit de changer de religion et celui de témoigner pacifiquement de sa foi ?

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