Parmi les audiences accordées ce lundi 26 octobre au Vatican, celle des Sœurs de la Charité de sainte Jeanne-Antide Thouret rappelle la fécondité d’une œuvre religieuse née en Franche-Comté il y a plus de deux siècles. Les participantes au chapitre général de la congrégation ont été reçues par Léon XIV, comme l’indique le bulletin officiel du Saint-Siège. Derrière cette congrégation se trouve une Française dont la vie fut marquée par la Révolution, les persécutions religieuses et une conviction qui ne la quittera jamais : servir Jésus-Christ dans les plus pauvres.
Une fondatrice française à l’épreuve de la Révolution
Jeanne-Antide Thouret naît le 27 novembre 1765 à Sancey-le-Long, dans le Doubs, au sein d’une famille rurale chrétienne. À 22 ans, elle entre chez les Filles de la Charité de saint Vincent de Paul, congrégation fondée en 1633 par saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac, où elle découvre une vocation consacrée au service des malades et des démunis. La Révolution française bouleverse son existence. Les communautés religieuses sont dispersées et Jeanne-Antide doit quitter sa congrégation en 1794. Après plusieurs années d’errance et d’épreuves, elle revient en France, déterminée à poursuivre son apostolat.
Le 11 avril 1799, à Besançon, elle ouvre une école gratuite destinée aux jeunes filles pauvres et organise une distribution de nourriture. Ses premières compagnes la rejoignent rapidement. La population les surnomme alors les « Sœurs du bouillon et des petites écoles ». Elle fonde ainsi une nouvelle congrégation, les Sœurs de la Charité, aujourd’hui connues sous le nom de Sœurs de la Charité de sainte Jeanne-Antide Thouret. Il ne faut donc pas les confondre avec les Filles de la Charité de saint Vincent de Paul, auxquelles appartenait initialement leur fondatrice. Si les deux familles religieuses partagent une même inspiration vincentienne et une vocation au service des pauvres, elles constituent deux instituts distincts, possédant chacun leur propre organisation et leur propre histoire.
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« Dieu seul » : une spiritualité enracinée dans la charité
Les Sœurs de la Charité de sainte Jeanne-Antide Thouret prononcent quatre vœux simples : pauvreté, chasteté, obéissance et service spirituel et temporel des pauvres, ce dernier engagement exprimant leur vocation particulière à reconnaître et servir le Christ dans les plus démunis La devise de Jeanne-Antide, « Dieu seul », résume l’esprit de sa fondation. Il ne s’agit pas simplement d’accomplir une œuvre philanthropique, mais de reconnaître le Christ dans ceux qui souffrent. La fondatrice étend progressivement son apostolat aux prisonniers, aux malades et aux populations abandonnées. En 1810, elle part pour Naples, où ses religieuses prennent notamment en charge des malades à l’hôpital des Incurables.
En 1819, le pape Pie VII approuve les constitutions de la congrégation. Jeanne-Antide meurt à Naples le 24 août 1826. Elle sera canonisée par Pie XI le 14 janvier 1934. Aujourd’hui, les Sœurs de la Charité poursuivent leur mission dans l’éducation, les établissements de santé, l’accompagnement social et la pastorale. Leur présence s’étend notamment à l’Europe, à l’Afrique, à l’Asie et aux Amériques. En République centrafricaine, elles sont notamment implantées à Bangui, Bouar, Bohong et Bocaranga, où elles participent à l’enseignement, aux soins et à l’accompagnement des jeunes. En 2026, le diocèse de Bouar indiquait que la congrégation était présente dans 32 pays.
« Nous avons entendu la voix des pauvres, qui sont les membres de Jésus-Christ, qui sont nos frères. »
Cette conviction donne à leur engagement une dimension proprement chrétienne : la charité n’est pas séparée de la foi, elle en constitue une expression concrète. Une rencontre après le bicentenaire de la mort de leur fondatrice
Précisons que l’audience de ce lundi intervient deux mois après la clôture de l’année jubilaire organisée par la congrégation pour commémorer le bicentenaire de la mort de Jeanne-Antide, célébré du 24 août 2025 au 24 août 2026. En octobre 2021, François avait déjà reçu les religieuses à l’occasion d’un chapitre général, saluant leur engagement auprès des pauvres et rappelant que les femmes consacrées constituent une « présence irremplaçable » dans la vie de l’Église. Pour les héritières de Jeanne-Antide, cette nouvelle rencontre pontificale s’inscrit dans la continuité d’une histoire commencée dans les rues de Besançon, au service des plus démunis. Plus de deux siècles après sa fondation, leur mission demeure fidèle à cette intuition spirituelle : servir les pauvres, c’est servir le Christ lui-même.


