Le pape Léon XIV a reçu ce lundi 26 octobre la présidente de la République de Slovénie, Nataša Pirc Musar. À l’issue de cette audience, la dirigeante s’est entretenue avec le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, accompagné de Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les États et les organisations internationales. Au-delà du protocole diplomatique, cette rencontre pourrait ouvrir la voie à un voyage apostolique dans ce pays de deux millions d’habitants, situé aux frontières de l’Italie, de l’Autriche, de la Hongrie et de la Croatie. La présidence slovène avait annoncé son intention de remettre au souverain pontife une invitation officielle écrite. Aucune date ni acceptation du Saint-Siège n’a cependant été annoncée.
La Slovénie appartient à cet espace européen où le christianisme a durablement façonné la culture, les institutions et les traditions populaires. Son histoire religieuse s’inscrit notamment dans l’héritage des Habsbourg, avant les décennies de régime communiste au sein de la Yougoslavie. L’Église catholique y conserve une présence importante. Selon les statistiques ecclésiastiques de 2021, elle comptait environ 1,5 million de fidèles, soit 71,5 % de la population. Ce chiffre doit toutefois être distingué du recensement national de 2002, qui établissait la proportion de catholiques déclarés à 57,8 %.
Avec près de 700 paroisses et plus de 2 300 églises, le pays possède un patrimoine religieux considérable. Le sanctuaire marial de Brezje, dédié à Notre-Dame du Perpétuel Secours, demeure l’un des principaux lieux de pèlerinage. Mais comme ailleurs en Europe, l’Église slovène doit affronter les défis de la sécularisation, de la transmission de la foi et des vocations sacerdotales.
Le souvenir de Jean-Paul II
Depuis l’indépendance du pays en 1991, seul saint Jean-Paul II s’est rendu en Slovénie, à deux reprises. En mai 1996, il avait effectué une première visite, avant de revenir en septembre 1999 pour béatifier à Maribor l’évêque Anton Martin Slomšek, grande figure du catholicisme slovène au XIXe siècle, particulièrement attaché à l’éducation chrétienne et à la défense de la langue nationale. Ni Benoît XVI ni François n’ont ensuite visité le pays. La venue de Léon XIV constituerait donc un événement majeur pour les catholiques slovènes, vingt-sept ans après le dernier déplacement pontifical.
Une « présidente libérale » favorable au dialogue avec Rome
Née à Ljubljana en 1968, Nataša Pirc Musar, 58 ans, est la première femme élue à la présidence slovène. Ancienne journaliste de télévision devenue juriste et avocate, elle a notamment exercé les fonctions de commissaire à l’information avant son élection en novembre 2022. Se présentant comme indépendante, elle se déclare ouvertement athée et défend des positions qui s’opposent à l’enseignement de l’Église catholique sur plusieurs questions de société.
Favorable à l’avortement, elle est devenue, en juin 2024, la première présidente européenne à soutenir officiellement l’initiative « My Voice, My Choice », destinée à faciliter l’accès à l’avortement dans l’Union européenne.
Elle revendique également son engagement en faveur des droits LGBT et de l’adoption par les couples de même sexe. Ces divergences n’empêchent cependant pas un dialogue diplomatique régulier avec le Saint-Siège. En décembre 2024, elle avait déjà été reçue par le pape François.
Selon le communiqué publié ce lundi par le Vatican, les discussions ont également porté sur les relations entre l’Église et l’État, ainsi que sur les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Une attention particulière a été accordée aux Balkans occidentaux. Cette région, à la rencontre des traditions catholique, orthodoxe et musulmane, demeure marquée par de profondes fractures historiques. Membre de l’Union européenne depuis 2004, la Slovénie joue un rôle diplomatique dans le rapprochement de ses voisins avec les institutions européennes.
Un éventuel voyage de Léon XIV pourrait ainsi dépasser le seul cadre national : encourager une Église confrontée à la sécularisation, rappeler l’héritage chrétien de l’Europe centrale et porter un message de réconciliation dans une région où les appartenances religieuses restent étroitement liées à l’histoire des peuples.


