Les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026 ouvrent une nouvelle période politique aux États-Unis. Les démocrates ont repris la majorité au Sénat et, selon plusieurs projections médiatiques, devraient également contrôler la Chambre des représentants. Dans le Maine, la défaite de la sénatrice républicaine Susan Collins face au démocrate Troy Jackson illustre l’ampleur des changements électoraux.
Ce nouveau rapport de forces intervient alors que les relations entre l’épiscopat américain et le président Trump suscitent des débats. Plusieurs évêques reconnaissent certaines avancées de l’administration en matière de protection de la vie et de liberté religieuse, tandis que d’autres critiquent ouvertement sa politique migratoire. Ces différences concernent moins l’enseignement doctrinal de l’Église que les priorités pastorales et les relations avec le pouvoir politique.
Mgr Robert Barron, évêque de Winona-Rochester, et le cardinal Timothy Dolan ont accepté de participer à la Commission présidentielle sur la liberté religieuse instituée par Donald Trump. Mgr Salvatore Cordileone, archevêque de San Francisco, Mgr Kevin Rhoades et Mgr Thomas Paprocki ont également siégé dans un conseil consultatif associé. Leur participation témoigne d’une coopération institutionnelle sur les libertés religieuses, sans constituer nécessairement une adhésion à l’ensemble du programme présidentiel. Mgr Timothy Broglio, archevêque aux Armées et ancien président de la Conférence épiscopale américaine, illustre cette distinction. Défenseur de l’enseignement moral de l’Église, il a salué certaines mesures de l’administration tout en exprimant des réserves sur les politiques concernant les migrants, les réfugiés et la peine de mort.
À l’inverse, le cardinal Blase Cupich, archevêque de Chicago, et le cardinal Robert McElroy, archevêque de Washington, ont publiquement critiqué certaines mesures migratoires. Mgr Mark Seitz, évêque d’El Paso, et Mgr Edward Weisenburger, archevêque de Detroit, ont également demandé une réforme des pratiques fédérales d’expulsion, au nom de la dignité humaine et de la protection des familles.
La rencontre du 22 octobre dernier entre douze évêques et le président Trump dans le Bureau ovale a rendu ces tensions particulièrement visibles. Parmi les participants figuraient Mgr James Golka, archevêque de Denver, Mgr Jeffrey Grob, archevêque de Milwaukee, Mgr Joseph Naumann, archevêque émérite de Kansas City, Mgr Edward Burns, évêque de Dallas, Mgr James Wall, évêque de Gallup, Mgr Michael Barber, évêque d’Oakland, et Mgr William Joensen, évêque de Des Moines. Étaient également présents Mgr Steven Raica, évêque de Birmingham, Mgr Thomas Hennen, évêque de Baker, Mgr Scott Bullock, évêque de Rapid City, Mgr Francis Kalabat, évêque chaldéen de Detroit, et Mgr Elias Zaidan, évêque maronite de Los Angeles.
Ce dernier groupe illustre également la diversité des traditions catholiques représentées. Mgr Kalabat a toutefois précisé avoir quitté la réunion avant la prière dans le Bureau ovale. Les discussions avaient notamment porté sur l’avortement, la fécondation in vitro, la liberté religieuse, le choix scolaire et les visas des prêtres étrangers. La Conférence épiscopale américaine a précisé qu’elle n’avait pas organisé cette rencontre.
La diffusion par la Maison-Blanche d’images montrant les prélats priant autour du président, douze jours avant les élections, a provoqué une controverse. Mgr Grob a présenté des excuses publiques, affirmant que la rencontre ne constituait aucun soutien au président ou à son parti. Mgr Joensen a regretté que cette prière ait été exploitée politiquement. Quant à Mgr Golka, qui avait conduit la prière, il a rappelé que l’Église ne pouvait soutenir officiellement aucun candidat. D’autres participants ont défendu le principe de cette rencontre. Mgr Bullock a expliqué que les évêques souhaitaient présenter leurs préoccupations catholiques aux responsables politiques, notamment sur la bioéthique et l’éducation. Mgr Wall a indiqué qu’il accepterait également une invitation d’un responsable appartenant à un autre parti.
Ces divergences ne dessinent donc pas deux camps ecclésiaux parfaitement opposés. Un exemple significatif est celui de Mgr Wall : présent à la Maison-Blanche le 22 octobre, il avait également signé, en février 2026, un appel épiscopal demandant des réformes de la politique migratoire fédérale.
La victoire démocrate pourrait désormais modifier les débats sur plusieurs dossiers essentiels pour les catholiques. Depuis l’arrêt Dobbs de 2022, les États disposent d’une large compétence pour réglementer l’avortement. Au niveau fédéral, les discussions pourront notamment concerner l’amendement Hyde, qui limite le financement public de la plupart des avortements. Le Sénat pourra également refuser certaines nominations judiciaires du président Trump. Cette compétence concerne indirectement des questions fondamentales pour l’Église : la protection de la vie dès la conception, la liberté de conscience des soignants, les droits éducatifs des parents et l’autonomie des institutions catholiques. Toutefois, la majorité démocrate devra composer avec le veto présidentiel et les règles parlementaires exigeant généralement 60 voix pour faire avancer les lois ordinaires.
Cette situation trouve un écho, avec des différences importantes, dans l’Église de France. Derrière l’unité institutionnelle de l’épiscopat coexistent également des sensibilités politiques et pastorales diverses. Mais celles-ci s’expriment généralement avec davantage de discrétion qu’aux États-Unis, où certains évêques interviennent directement dans les débats concernant les décisions présidentielles. Dans les deux pays, les convictions personnelles des prêtres et des évêques ne se confondent pas nécessairement avec leurs responsabilités ecclésiales. L’unité de l’Église n’implique pas l’uniformité des appréciations politiques. Elle exige en revanche que les engagements publics demeurent ordonnés à une mission commune : annoncer l’Évangile, défendre la dignité humaine et transmettre fidèlement l’enseignement catholique, indépendamment des alternances électorales.


