L’Église catholique polonaise a décidé de faire entendre sa voix dans l’une des crises institutionnelles les plus préoccupantes que traverse actuellement le pays. Mercredi 4 novembre 2026, réunis en urgence à Varsovie sous la présidence de Mgr Tadeusz Wojda, archevêque de Gdańsk et président de la Conférence épiscopale, les membres du Conseil permanent des évêques ont lancé un appel solennel à la responsabilité des dirigeants politiques, proposant leur médiation pour favoriser une sortie pacifique du conflit.
Une initiative accompagnée d’une démarche spirituelle exceptionnelle : une journée de jeûne et de pénitence fixée au mardi 10 novembre.
Cette intervention survient alors que la Pologne connaît une nouvelle aggravation des tensions entre le président Karol Nawrocki et le gouvernement du Premier ministre Donald Tusk. Au centre de la confrontation figure le Tribunal constitutionnel, institution chargée de garantir la conformité des lois à la Constitution. Les désaccords sur sa direction et sa légitimité, hérités des affrontements politiques des dernières années, ont pris une dimension particulièrement préoccupante, chaque camp invoquant la défense de l’ordre constitutionnel.
Pour les évêques, cette crise dépasse désormais les seules rivalités partisanes. Elle menace la cohésion d’une nation déjà profondément divisée. Dans leur déclaration, ils constatent que les fractures sociales et politiques accumulées depuis plusieurs années se transforment progressivement en haine et en agressivité. Une évolution qui les conduit à rappeler les exigences morales de la vie publique.
« Nous appelons une nouvelle fois à ne pas aggraver le conflit, à engager un dialogue constructif, à résoudre pacifiquement toutes les difficultés, à abandonner les préjugés et le recours à la force », déclarent-ils.
L’épiscopat ne se contente cependant pas d’une exhortation générale. Il propose concrètement son concours pour engager un processus de médiation entre les parties. À l’issue de la réunion, le père Leszek Gęsiak, porte-parole de la Conférence épiscopale, a confirmé que les évêques étaient disposés à faciliter ce dialogue, à condition que les responsables concernés en manifestent la volonté. Il ne s’agit donc pas d’une médiation déjà engagée, mais d’une offre publique destinée à ouvrir une voie de réconciliation. onet.pl+1 Cette prise de position s’inscrit dans une tradition profondément enracinée dans l’histoire polonaise, celle d’une Église qui, notamment sous le régime communiste, a joué un rôle essentiel dans la défense des libertés et de la dignité humaine. Les évêques rappellent à cette occasion l’enseignement de saint Jean-Paul II, pour lequel la solidarité devait toujours l’emporter sur la logique de l’affrontement.
Ils invoquent également l’avertissement du pape polonais dans l’encyclique Centesimus annus, publiée en 1991 : « Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire. »
Cette référence donne à leur déclaration une portée qui dépasse les circonstances politiques immédiates. Elle rappelle que les institutions démocratiques ne peuvent durablement fonctionner sans respect du droit, de la vérité et du bien commun.
Les évêques s’appuient aussi sur les paroles prononcées le même jour par le pape Léon XIV à l’adresse des Polonais : « La paix se construit sur la justice, le respect du droit et le dialogue, et non sur la violence. » Vatican News Mais l’initiative la plus significative demeure sans doute l’appel au jeûne national du 10 novembre. À la veille du 11 novembre, date à laquelle la Pologne célèbre le rétablissement de son indépendance en 1918, les évêques invitent les fidèles à prier pour la paix sociale, la concorde nationale et la sagesse des gouvernants. Ils recommandent notamment les supplications traditionnelles, le chant patriotique et religieux Boże, coś Polskę ainsi que la prière pour la patrie du père Piotr Skarga, grande figure du catholicisme polonais.
Dans un pays où l’identité nationale demeure étroitement liée à l’histoire du christianisme, cet appel au jeûne rappelle une conviction fondamentale de la tradition catholique : la réconciliation politique ne peut être réduite à un compromis entre intérêts opposés. Elle suppose aussi un effort de conversion personnelle, d’humilité et de recherche sincère du bien commun.
En choisissant la veille de la fête de l’indépendance, les évêques polonais adressent ainsi un message aux dirigeants comme aux citoyens : l’indépendance d’une nation ne se mesure pas seulement à sa souveraineté, mais également à sa capacité de préserver son unité sans sacrifier la justice ni la vérité. Une initiative qui trouve un écho particulier en France, où les évêques ont annoncé, le 4 novembre à Lourdes, leur volonté de prendre part aux grands débats de la présidentielle de 2027, sans donner de consigne de vote.
Si la campagne électorale devait déboucher sur une crise politique et sociale, l’épiscopat français pourrait, à son tour, être appelé à jouer un rôle de médiation et de réconciliation nationale. L’exemple polonais montre ainsi jusqu’où peut aller la responsabilité de l’Église lorsque l’unité d’un pays est mise à l’épreuve.


