Le 31 mars 2025, Sœur Evanette Onezaire et Sœur Jeanne Voltaire, membres de la congrégation haïtienne des Petites Sœurs de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, ont été assassinées à Mirebalais, à une cinquantaine de kilomètres de Port-au-Prince, lors d’une attaque de gangs lourdement armés. Ces religieuses, venues en mission, avaient cherché refuge avec des civils. Découvertes, elles ont été exécutées.
Le drame, rapporté par Aide à l’Église en Détresse (AED), survient dans un contexte de chaos généralisé. Mgr Max Leroy Mésidor, archevêque de Port-au-Prince, a confirmé : « Mirebalais est désormais contrôlée par des bandits. »
Ce même jour, une autre attaque visait la ville de Saut-d’Eau, haut lieu de pèlerinage marial, prisé chaque année par des milliers de fidèles. À Mirebalais, la prison locale a été prise d’assaut : plus de 530 détenus s’en sont évadés, selon l’avocat Arnel Rémy.
Dans une lettre adressée au clergé de son diocèse, Monseigneur Mésidor écrit :
« Nous traversons l’une des pires périodes de notre histoire en tant que peuple. » Il évoque sans détour « les menaces qui pèsent sur les activités de l’Église », les communautés religieuses déplacées, les écoles catholiques fermées, les sœurs âgées évacuées en urgence, et les maisons de retraite vidées faute de sécurité. « La liste des congrégations religieuses en difficulté est très longue. Je n’ai pas de mots pour décrire ce qui se passe actuellement à Port-au-Prince. C’est une situation incroyable. Nos frères et sœurs consacrés participent activement à la souffrance du peuple. »
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Marco Mencaglia, directeur de projets à l’AED, qui connaît bien la congrégation fondée en 1948, déclare : « Nous demandons à Dieu de leur accorder le repos éternel, et nous prions pour leurs familles et pour la sécurité de la congrégation. » Il ajoute : « C’est une triste confirmation de la terrible souffrance que traversent les congrégations. »
Et de lancer un appel solennel : « L’Église en Haïti souffre, mais elle n’a pas perdu la foi. Aidons-la par des gestes concrets de solidarité. Nous demandons à la communauté internationale de ne pas abandonner l’Église et le peuple haïtien dans cette épreuve extrême. »
Dans un message à l’AED, Monseigneur Mésidor ajoute : « Ici en Haïti, notre Carême est devenu un vrai Chemin de Croix, mais nous l’offrons en communion avec les souffrances du Christ. » Et ce cri, aussi simple que bouleversant : « Haïti brûle et a besoin d’une aide urgente. Qui viendra à notre secours ? ».
Le martyre silencieux de ces deux religieuses ne saurait rester un fait divers. Elles ont tout donné, dans la discrétion de leur vie consacrée. Fidèles à l’exemple de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, elles ont servi avec amour, sans bruit, au milieu de l’abandon général.
Et si leur mort nous interrogeait sur notre propre cécité ?