Lors de l’ouverture de la 127e assemblée plénière des évêques espagnols, Mgr Argüello a dressé un constat alarmant sur la sécularisation du pays, évoquant la fin d’un lien naturel entre l’identité espagnole et le catholicisme.
La phrase forte, prononcée par Monseigneur Luis Argüello, président de la Conférence épiscopale espagnole (CEE), résonne comme un signal d’alarme. Lors de son discours d’ouverture de la 127e assemblée plénière de la CEE, l’archevêque de Valladolid a livré une analyse profonde du recul du catholicisme en Espagne, au profit d’un libéralisme sécularisé de plus en plus affirmé.
Mgr Argüello a souligné que l’Église ne peut plus présumer que les Espagnols soient initiés à la foi dans le cadre de la société actuelle. La situation devient visible jusque dans les signes sacramentels les plus fondamentaux.
« Alors qu’il y a 23 000 fonts baptismaux répartis dans les 22 921 paroisses du pays, beaucoup d’entre eux ‘n’ont pas d’eau’ », a-t-il expliqué. Cette absence d’eau symbolise selon lui le manque de communautés chrétiennes capables « d’aider l’Esprit Saint à engendrer de nouveaux chrétiens ».
Dans les zones urbaines, le constat est tout aussi préoccupant. « Il y a une conscience très faible de la responsabilité liée à la présence d’un font baptismal », a-t-il poursuivi, évoquant une « difficulté à transmettre la foi dans les grandes villes ».
Le président des évêques a également pointé un contraste saisissant entre les campagnes et les agglomérations. « Dans de nombreuses paroisses rurales, il n’est plus possible de célébrer l’Eucharistie dominicale, tandis que dans les grandes villes, on observe une grande disparité dans les horaires et types de célébrations selon les quartiers. » Pour Mgr Argüello, cette situation représente un « défi quantitatif et qualitatif considérable » qui exige un profond discernement ecclésial.
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Autre inquiétude majeure : l’avenir du tissu caritatif catholique. Mgr Argüello a mis en garde contre une dilution du message évangélique au sein des œuvres sociales. « Aujourd’hui, nous courons le risque que nos organisations, très dépendantes de l’État-providence, de ses règles et de ses subventions au secteur associatif, offrent de manière affaiblie la nouveauté de l’amour chrétien, et soient facilement confondues avec une ONG très bureaucratique. »
Ce constat intervient alors que l’Espagne vient d’être classée en tête des pays européens en matière d’abandons religieux.
Selon une étude du Pew Research Center publiée le 26 mars 2025, intitulée « Around the World, Many People Are Leaving Their Childhood Religions », 35 % des adultes espagnols ayant grandi dans le christianisme se déclarent désormais sans religion. C’est la plus forte proportion en Europe, devant la Suède et l’Allemagne (29 % chacune), les Pays-Bas (28 %), le Canada et le Royaume-Uni (26 %).
Dans ce contexte de désaffiliation massive, le message de l’archevêque sonne comme un appel à la lucidité mais aussi à la mission. Si « l’Espagne catholique n’existe plus », comme l’affirme Monseigneur Argüello, l’avenir de la foi ne dépend plus de l’héritage culturel, mais d’un renouveau de l’évangélisation.