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[Abus] Monseigneur Matthieu Rougé souligne le travail accompli par l’Église et précise que « la société française est un peu encore en retard »

Monseigneur Matthieu Rougé, évêque de Nanterre  - DR Eglise de France
Monseigneur Matthieu Rougé, évêque de Nanterre - DR Eglise de France
Alors que Léon XIV doit rencontrer des victimes de violences sexuelles lors de sa visite en France du 25 au 28 septembre, Mgr Matthieu Rougé a défendu le travail considérable accompli par l’Église

Invité de franceinfo le 8 août dernier, Monseigneur Matthieu Rougé, évêque de Nanterre et président du Conseil pour l’enseignement catholique, est revenu sur les violences sexuelles commises dans l’Église, mais également sur le travail considérable de prévention et de protection entrepris depuis plusieurs années. Une dimension qui mérite aujourd’hui d’être entendue, alors que l’attention médiatique demeure particulièrement forte sur les abus commis dans l’institution ecclésiale.

L’évêque ne cherche aucunement à minimiser les faits. Revenant sur les conclusions de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), il évoque une « source de profonde honte et de profonde tristesse ». « Quand nous avons demandé, nous comme évêques, qu’il y ait le rapport de la commission indépendante et que nous en avons découvert les résultats, ça a été un choc terrible pour tous », confie-t-il.

Mais la reconnaissance des fautes n’a pas constitué le terme de la démarche de l’Église. Elle a au contraire conduit à une profonde remise en question des pratiques et à la mise en place de nombreux dispositifs destinés à prévenir de nouveaux abus : « L’engagement ferme que nous prenons et que le pape nous encourage et nous aide à prendre, c’est de mettre en œuvre tout ce qui est possible pour éviter qu’il puisse y avoir des abus et des crimes sexuels dans toutes les structures de l’Église », explique Mgr Rougé. L’objectif est clair : faire en sorte que « l’Église soit une maison sûre ».

Pour y parvenir, l’évêque de Nanterre évoque les « dispositifs de formation, de vigilance, de traitement des signaux faibles », mais aussi les consignes désormais appliquées lors de l’organisation d’événements impliquant des mineurs. Il reconnaît avec réalisme qu’il « faudrait être bien présomptueux pour dire qu’il n’y aura plus jamais de victimes », mais souligne l’intensité du travail entrepris.

C’est précisément dans ce contexte qu’il précise : « Il me semble que depuis quelques années, nous y travaillons de manière vraiment très intense et que de cette manière, la société française est un peu encore en retard par rapport à ce travail de bientraitance. »

Cette déclaration mérite d’être prise au sérieux plutôt que réduite à une formule polémique.

Depuis la publication du rapport de la CIASE, les médias ont consacré une place considérable aux violences sexuelles commises dans l’Église. Les crimes devaient être révélés, les victimes entendues et les responsabilités établies. Mais cette focalisation ne doit pas faire oublier deux réalités : d’une part, les abus sexuels ne sont malheureusement pas propres à l’Église ; d’autre part, le travail accompli depuis par l’institution catholique mérite lui aussi d’être reconnu. Familles, associations laïques, établissements scolaires, clubs sportifs ou structures accueillant des mineurs ont également connu et connaissent encore des affaires de violences sexuelles, accompagnées de silences, de négligences ou de mécanismes de protection des responsables. Aucun milieu humain ne peut donc considérer qu’il serait naturellement préservé de tels crimes.

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Il ne s’agit évidemment pas de comparer les souffrances ni d’utiliser les fautes commises ailleurs pour relativiser celles qui ont eu lieu dans l’Église ( dont les chiffres extrapolés sont contestés par beaucoup) . Les abus commis dans un cadre ecclésial revêtent au contraire une gravité particulière en raison de la confiance accordée aux prêtres, religieux, éducateurs et responsables catholiques, et parce qu’ils constituent une trahison radicale de la mission de l’Église. Mais reconnaître cette réalité n’interdit pas de constater le chemin parcouru.

L’Église de France a développé des formations, renforcé ses procédures de signalement, appris à mieux identifier les comportements préoccupants et instauré une vigilance accrue dans l’accompagnement des mineurs et des personnes vulnérables. Cette expérience, acquise au prix d’une crise particulièrement douloureuse, peut désormais être utile à l’ensemble de la société. Le dispositif Renaitre est aussi une preuve de la continuité de ce travail.

C’est ainsi qu’il faut comprendre les propos de Mgr Rougé. L’évêque ne prétend pas donner des leçons à la société française. Il constate que l’Église, confrontée frontalement à ses propres défaillances, a dû engager un travail profond dont certaines méthodes de prévention peuvent aujourd’hui servir au-delà de ses frontières.Il est donc légitime de reconnaître ce qui a été accompli. Une institution ne peut être jugée uniquement sur ses fautes passées sans que soient également considérés les efforts qu’elle entreprend pour les reconnaître, réparer autant que possible les blessures et empêcher leur répétition.

Mgr Rougé juge par ailleurs « très important » que la prochaine visite de Léon XIV comprenne « un temps spécifiquement dédié à l’écoute des personnes victimes ». « Nous avons dit notre honte, notre très profonde tristesse et notre désir de mettre en œuvre des politiques de bientraitance vigilante à tous les étages », rappelle-t-il.

Les propos de Mgr Rougé ont finalement le mérite de rappeler une évidence parfois négligée : reconnaître les fautes de l’Église et reconnaître le travail qu’elle a accompli depuis ne sont nullement contradictoires. On pourra simplement regretter que le programme annoncé de Léon XIV ne prévoie pas également une visite dans une unité de soins palliatifs. Dans le contexte français actuel, une rencontre avec des malades en fin de vie, leurs familles et les soignants aurait constitué un autre geste pastoral particulièrement fort auprès des personnes les plus vulnérables.

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