Mercredi 14 octobre, le Vatican traverse une situation inhabituelle. Léon XIV, opéré la veille d’un cancer du poumon, demeure hospitalisé à la polyclinique Gemelli. L’intervention s’est déroulée sans complication, mais son absence modifie déjà l’organisation de plusieurs rendez-vous importants de la Curie romaine. Derrière les manifestations de soutien au souverain pontife, une autre réalité apparaît : les collaborateurs auxquels il accorde sa confiance occupent désormais une place centrale dans la continuité des activités du Saint-Siège.

Le vaticaniste Nico Spuntoni, dans une analyse publiée ce mercredi par Il Giornale, décrit une Curie partagée « entre inquiétude et espérance », où plusieurs personnalités proches de Léon XIV voient leur influence se renforcer. Il distingue notamment les cardinaux Luis Antonio Tagle et Kevin Farrell, ainsi que Monseigneur Filippo Iannone, parmi les figures les plus importantes de cette nouvelle configuration.

Une messe qui révèle les inquiétudes de la Curie
Ce mercredi, la basilique Saint-Pierre accueille la messe de clôture des rencontres organisées pour le dixième anniversaire d’Amoris laetitia. Léon XIV devait y participer, mais son hospitalisation l’en empêche. Un détail mérite attention. Avant cette célébration, les cardinaux Mario Grech, secrétaire général du Synode, et Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, auraient adressé une communication confidentielle à plusieurs responsables ecclésiastiques. Le message faisait état du souhait personnel du pape de voir les participants présents à cette messe. Cette démarche laisse entrevoir l’importance accordée par Léon XIV à l’événement, alors même que les rencontres consacrées à l’héritage d’Amoris laetitia ne font pas l’unanimité dans certains milieux de la Curie.

Finalement, c’est le cardinal Tagle qui préside la célébration. Sa présence prend un relief particulier, quelques jours seulement après son accession à la tête du Collège cardinalice.
Tagle, un nouveau doyen au premier plan
Vendredi 9 octobre, Léon XIV a approuvé l’élection du cardinal philippin Luis Antonio Tagle, 69 ans, comme doyen du Collège cardinalice, en remplacement du cardinal Giovanni Battista Re. Cette désignation, intervenue quatre jours avant l’opération du pape, répond à une succession institutionnelle et rien ne permet de l’associer à son état de santé. Elle place néanmoins Tagle au premier plan à un moment particulièrement délicat. Ancien archevêque de Manille et aujourd’hui pro-préfet du Dicastère pour l’évangélisation, le cardinal philippin dispose d’une expérience internationale considérable. Sa nouvelle fonction lui confère également une responsabilité majeure dans l’organisation d’un éventuel futur conclave.
Il ne faut cependant pas confondre cette responsabilité avec un pouvoir de gouvernement : le doyen du Collège cardinalice ne remplace pas le pape pendant son hospitalisation.
Kevin Farrell, l’homme de confiance du souverain pontife
Le cardinal Kevin Farrell, 79 ans, apparaît comme une autre personnalité incontournable. Préfet du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, il exerce également la charge de camerlingue de la Sainte Église romaine. Cette fonction lui confère des responsabilités particulières lorsque le Siège apostolique devient vacant. Mais son importance actuelle tient surtout à sa proximité avec Léon XIV. Farrell possède une longue expérience des institutions romaines et entretient des relations anciennes avec Robert Francis Prevost. Il fait partie des personnalités susceptibles de conseiller directement le souverain pontife sur les dossiers les plus sensibles.
Son rôle dans l’organisation de la messe de clôture d’Amoris laetitia témoigne également de sa capacité à intervenir dans la coordination des initiatives de la Curie. Pour autant, ses compétences de camerlingue ne lui donnent aucune autorité supplémentaire sur l’Église pendant la convalescence du pape.
Filippo Iannone, une nomination qui confirme la confiance de Léon XIV
Troisième personnalité à suivre, Mgr Filippo Iannone, religieux carme italien, nommé par Léon XIV à la tête du Dicastère pour les évêques. Cette responsabilité est particulièrement stratégique. Le dicastère intervient dans l’examen des candidatures épiscopales et prépare une grande partie des nominations d’évêques à travers le monde. Le choix d’Iannone, canoniste expérimenté et ancien président du Conseil pontifical pour les textes législatifs, avait constitué l’une des décisions importantes du début du pontificat. Un détail révélé par l’enquête de Nico Spuntoni publiée dans Il Giornale illustre cette proximité : Mgr Iannone pourrait prochainement s’installer dans l’ancien logement occupé par Robert Francis Prevost au palais du Saint-Office, avant son installation au Palais apostolique.
Ce transfert immobilier ne constitue évidemment pas une attribution de pouvoir, mais il témoigne de la place désormais occupée par le prélat italien dans l’entourage du souverain pontife.
Parolin en retrait, Gallagher en progression ?
À la Secrétairerie d’État, les équilibres seraient également en train d’évoluer. Le cardinal Pietro Parolin demeure secrétaire d’État et conserve, à ce titre, un rôle institutionnel majeur dans le gouvernement quotidien du Saint-Siège. Mais son influence personnelle auprès de Léon XIV serait moins importante que celle dont bénéficient certains autres collaborateurs. Mgr Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les Relations avec les États, apparaîtrait notamment comme un interlocuteur privilégié du pape. Les deux hommes se connaissent depuis plusieurs années et partagent la langue anglaise, ce qui faciliterait leurs échanges directs. Il convient toutefois de distinguer ces appréciations sur les relations personnelles de la réalité institutionnelle : aucune modification des compétences de Parolin n’a été annoncée.
Les finances du Vatican, autre terrain d’influence
La réorganisation des finances constitue un autre dossier suivi de près par Léon XIV. Le pape souhaiterait notamment diversifier les ressources financières du Saint-Siège et réduire sa dépendance à certains réseaux de donateurs européens, particulièrement allemands. Cette orientation favoriserait les relations avec les milieux catholiques américains et renforcerait le rôle du salésien Giordano Piccinotti, président de l’Administration du patrimoine du Siège apostolique (APSA). Chargée de gérer une partie importante du patrimoine et des actifs financiers du Vatican, cette institution occupe une position essentielle dans la recherche d’un équilibre économique durable. Le rapprochement entre Piccinotti et le souverain pontife s’inscrirait ainsi dans une volonté de réforme progressive de l’administration vaticane.
Une convalescence qui pourrait accélérer certaines décisions
L’hospitalisation de Léon XIV intervient alors que plusieurs chantiers de son pontificat restent ouverts : nominations épiscopales, réforme des finances, réorganisation administrative et évolution des relations entre les dicastères. La communication vaticane elle-même doit connaître des changements, avec l’arrivée annoncée de Maria Montserrat Alvarado à de nouvelles responsabilités à partir du 1er novembre. Dans ce contexte, l’absence temporaire du pape donne davantage de visibilité à ceux qui bénéficient de sa confiance.
Mais il ne s’agit ni d’une régence ni d’un transfert d’autorité. Léon XIV demeure pleinement souverain pontife, et aucune disposition exceptionnelle concernant le gouvernement de l’Église n’a été annoncée.Entre inquiétude pour sa santé et espérance d’un rétablissement rapide, la Curie poursuit donc son travail. Avec une particularité désormais perceptible : autour de Tagle, Farrell, Iannone, Gallagher et Piccinotti, les contours de l’équipe sur laquelle Léon XIV entend s’appuyer apparaissent plus nettement.
L’épreuve médicale que traverse le pape pourrait ainsi constituer, sans bouleversement institutionnel, un révélateur des nouveaux équilibres du pouvoir au Vatican.


