Le 18 juillet 2020, l’incendie criminel de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes détruisait le grand orgue et la verrière occidentale située derrière lui. Six ans plus tard, l’État a choisi de ne pas reconstituer à l’identique les vitraux disparus, dont certains remontaient aux années 1507-1508, sous Anne de Bretagne. Une œuvre contemporaine prendra leur place. Mardi 13 octobre, quatre équipes finalistes ont été présentées à l’issue d’un appel à candidatures qui en avait attiré plus de 70.
Selon les informations communiquées par la DRAC des Pays de la Loire et Nantes Métropole, les artistes Oliver Beer, Philippe Cognée, Pascal Convert et Laure Prouvost concourent avec leurs partenaires verriers. La commande porte sur la grande baie occidentale et deux baies du triforium, pour une surface vitrée de 48,40 m². Le budget de la verrière atteint 560 000 euros hors taxes, soit 672 000 euros TTC, avec une participation annoncée de 100 000 euros de la Ville de Nantes. Les propositions sont attendues le 15 janvier 2027, le choix du lauréat en février, et la réalisation à l’horizon janvier 2028. Cette commande s’inscrit dans un chantier de restauration beaucoup plus vaste, évalué à 32 millions d’euros et financé par l’État.
La position de Monseigneur Laurent Percerou est au cœur du débat. Interrogé sur la restitution des anciens vitraux, l’évêque de Nantes a défendu le parti pris contemporain. Selon les propos rapportés par Le Figaro, il a invoqué Anne de Bretagne, qui avait commandé aux artistes de son époque une création nouvelle plutôt qu’une imitation du passé. L’argument n’est pas sans force. Les cathédrales sont le fruit de générations successives, et Nantes possède déjà des vitraux modernes, notamment ceux réalisés après les destructions de la Seconde Guerre mondiale. Mais commander une œuvre nouvelle au XVIe siècle et renoncer aujourd’hui à restituer une œuvre du XVIe siècle ne sont pas des démarches exactement équivalentes.
Le précédent des années 1980 mérite à cet égard d’être rappelé. D’après la documentation patrimoniale de Nantes Métropole, après les interventions de Jean Le Moal dans le chœur, l’intégration des panneaux anciens de la verrière occidentale à une composition contemporaine avait été envisagée. Ce projet ne s’était pas concrétisé. L’idée d’un dialogue entre création moderne et héritage ancien existait donc bien avant l’incendie. Les quatre candidats devront composer avec un élément essentiel : le grand orgue, appelé lui aussi à être reconstruit devant la baie. La verrière n’est pas conçue pour un musée, mais pour une cathédrale en activité, où la lumière, la musique et la liturgie partagent le même espace.
Le concours est placé sous la responsabilité de l’État, propriétaire de l’édifice. Un jury de quinze membres associe notamment représentants de l’administration, experts artistiques, Ville et diocèse. Dans l’évaluation finale, la qualité artistique pèse pour 50 %, les aspects techniques pour 35 %, le prix pour 10 % et les critères environnementaux pour 5 %. Ces critères ne préjugent pas du résultat. Ils invitent néanmoins à poser une question : comment sera appréciée la capacité d’une œuvre à servir la destination religieuse du monument ? Le vitrail chrétien n’est pas seulement une prouesse de matière et de lumière. Il peut aussi raconter l’Écriture, accompagner la prière et rendre sensible la présence du sacré.
Le concile Vatican II n’impose aucun style unique. Dans Sacrosanctum concilium, il reconnaît la liberté de l’art, tout en demandant que les œuvres accueillies dans les églises conviennent à la dignité du culte.
Les fragments sauvés des vitraux historiques ne seront pas abandonnés. Selon Nantes Métropole, une partie doit être remontée et présentée dans la crypte. C’est une solution de conservation précieuse, mais qui change radicalement leur rapport au monument : autrefois traversés par la lumière au-dessus de la nef, ils deviendront des témoins patrimoniaux exposés au regard des visiteurs. Il serait prématuré de condamner les quatre projets avant leur présentation. La controverse ne peut porter, pour l’heure, que sur le principe de la non-restitution. Reste une interrogation légitime : dans une cathédrale, la liberté de création doit-elle seulement dialoguer avec l’histoire de l’art, ou aussi avec la foi pour laquelle le bâtiment a été élevé ?


