À peine les fidèles ont-ils découvert avec stupeur les profanations de la Nuit Blanche dans plusieurs églises parisiennes que voici désormais les concerts de variétés dans les églises. Au nom de la culture, de l’animation du patrimoine ou des impératifs financiers, certains curés ouvrent les portes des maisons de Dieu à des activités étrangères au culte. Julie Zenatti sera donc en concert le 13 juin prochain à l’église Sainte-Bernadette de Dijon. Dans un entretien accordé à K6FM, la chanteuse explique parcourir depuis plusieurs mois les églises et cathédrales françaises à l’occasion de sa tournée consacrée à son album Le Chemin. L’artiste évoque « l’énergie » particulière qui se dégage de ces lieux et affirme vouloir contribuer à les « mettre en lumière ».
Une fois encore, la question n’est pas Julie Zenatti. La chanteuse fait son métier et accepte les invitations qui lui sont proposées. Le véritable problème est ailleurs : pourquoi des églises catholiques accueillent-elles désormais des concerts de variétés comme si cela allait de soi ?
Depuis plusieurs années, les fidèles assistent, impuissants, à une lente désacralisation de leurs lieux de culte. Expositions contemporaines, installations artistiques, spectacles, performances diverses et aujourd’hui tournées musicales : tout semble désormais permis dans des édifices pourtant consacrés à Dieu.
Apres les profanations de la Nuit Blanche, tout continu …beaucoup espèrent encore une réaction du diocèse de Paris. Or le silence et l’absence de toute démarche de réparation laissent un profond sentiment d’abandon chez de nombreux fidèles
Plus inquiétant encore, derrière ces initiatives se cache souvent un argument devenu récurrent : l’argent.
Cette logique est dangereuse. Car lorsque les impératifs financiers prennent le pas sur la vocation spirituelle d’un lieu consacré, la maison de Dieu devient progressivement un espace événementiel qu’il faut remplir, animer et rentabiliser. Le sanctuaire cesse alors d’être regardé comme un lieu mis à part pour Dieu et devient un équipement culturel parmi d’autres. Pourtant, l’Église elle-même est parfaitement claire sur la destination d’un lieu consacré. Le canon 1210 du Code de droit canonique précise : « Dans un lieu sacré, ne sera admis que ce qui sert ou favorise le culte, la piété et la religion ; est interdit ce qui ne convient pas à la sainteté du lieu. »
Lire aussi
Quels que soient les bonnes intentions de certaines associations paroissiales ou diocésaines qui affirment vouloir « faire vivre les églises », cette logique repose sur une erreur fondamentale. Car les églises n’ont pas besoin du brouhaha des hommes pour exister. Elles existent déjà d’une manière infiniment supérieure par la présence du Saint-Sacrement.
Elles vivent à chaque messe célébrée, à chaque acte d’adoration, à chaque confession, à chaque prière murmurée dans le silence d’une nef. Une église n’a pas besoin de projecteurs, de billetterie ou de concerts pour être vivante. Elle est vivante parce que Dieu y demeure. À force de vouloir remplir les sanctuaires par le bruit du monde, certains semblent avoir oublié que leur véritable richesse réside précisément dans ce que le monde ne voit pas : la présence réelle du Christ dans le tabernacle.
La vocation d’une église n’est donc pas d’accueillir des tournées artistiques. Elle est faite pour la célébration de la messe, l’adoration du Saint-Sacrement, la prière, les sacrements et l’annonce de l’Évangile. Elle est la maison de Dieu avant d’être un élément du patrimoine culturel. Où sont les curés lorsqu’il s’agit de rappeler cette évidence ? Où sont les responsables diocésains lorsqu’il faut défendre le caractère sacré des sanctuaires ? Leur mission n’est pas seulement de préserver des murs ou de rechercher des financements. Elle est d’abord de protéger ce qui a été consacré à Dieu.


