Est-ce le retour d’une communication véritablement maîtrisée au Saint-Siège et la fin de l’influence de certains journalistes militants qui, au lieu de servir la voix de l’Église, semblent davantage préoccupés par la défense de leurs propres convictions, bien souvent contraires à la doctrine catholique ? La question se pose alors que Maria Montserrat Alvarado a officiellement pris ses fonctions, dimanche 1er novembre 2026, à la tête du dicastère pour la Communication.
Avec cette nomination décidée par le pape Léon XIV, c’est peut-être aussi tout un système d’influences et de relations privilégiées qui pourrait être remis en question. Sous le pontificat de François, certaines orientations de la communication vaticane ont alimenté des critiques concernant de possibles collusions avec des médias partageant une même lecture du pontificat de Bergoglio, tandis que d’autres rédactions catholiques, pourtant attachées à l’Église et à son magistère, semblaient moins considérées. Sans préjuger de pratiques qui demanderaient à être documentées en détail ( mais dont beaucoup témoignenty en coulisse) , une question demeure : la communication du Saint-Siège doit-elle privilégier des affinités éditoriales ou servir équitablement l’ensemble de l’Église universelle ?
Ainsi la décision du pape Léon XIV dépasse largement le cadre d’une nomination administrative. Pour la première fois, une femme laïque prend la direction de ce département stratégique de la Curie romaine, qui rassemble plus de 500 collaborateurs et les principaux médias du Vatican : Vatican News, Radio Vatican, L’Osservatore Romano, Vatican Media, chargé de la production audiovisuelle, ainsi que la Librairie éditrice vaticane. La Salle de presse du Saint-Siège relève également de cet ensemble. L’organisation repose notamment sur Andrea Tornielli, directeur éditorial, Andrea Monda, directeur de L’Osservatore Romano, Massimiliano Menichetti, responsable de Radio Vatican–Vatican News, et Matteo Bruni, directeur de la Salle de presse.
Originaire du Mexique, Maria Montserrat Alvarado a construit sa carrière aux États-Unis. Formée à la Florida International University et à la George Washington University, elle a travaillé durant quatorze années au Becket Fund for Religious Liberty, organisation engagée dans la défense de la liberté religieuse. Elle a ensuite dirigé EWTN News, important réseau médiatique catholique international fondé dans l’esprit missionnaire de Mother Angelica. Présent sur plusieurs continents, ce groupe défend une ligne éditoriale attachée à la doctrine catholique, à la protection de la vie, à la famille et à la liberté religieuse. Une expérience qui distingue sensiblement la nouvelle préfète de son prédécesseur, Paolo Ruffini, qui dirigeait le dicastère depuis 2018.
Son attachement à l’héritage de saint Jean-Paul II s’inscrit dans cette conception exigeante de l’évangélisation, où la modernité des moyens de communication ne doit jamais conduire à relativiser la permanence de l’enseignement de l’Église.
Un premier geste a particulièrement retenu l’attention. Lors des cérémonies d’adieu organisées pour Paolo Ruffini, Montserrat Alvarado a invité les prêtres travaillant au dicastère à bénir les personnes présentes. Un geste simple, mais profondément significatif dans une institution où la place du ministère sacerdotal a parfois suscité des interrogations. Car la communication du Vatican n’est pas celle d’une entreprise ordinaire. Elle participe à la mission surnaturelle de l’Église, dont les prêtres, par leur ordination, sont des serviteurs essentiels.
Sous Paolo Ruffini, les médias du Saint-Siège ont connu d’importantes transformations. Mais leur fonctionnement a également soulevé des questions sur les orientations éditoriales et la place accordée aux différentes sensibilités catholiques. Le problème n’est évidemment pas la présence de journalistes laïcs, dont les compétences sont indispensables, mais la confusion possible entre mission ecclésiale et militantisme personnel. Servir la communication du pape ne signifie pas promouvoir sa propre vision de l’Église, mais transmettre loyalement son enseignement et celui du magistère.
Il faudra désormais juger Montserrat Alvarado sur ses décisions, ses nominations et sa capacité à restaurer une confiance partagée en mettant fin aux » petits arrangements entre amis » du pontificat de François.
Pour Léon XIV, l’enjeu dépasse une simple réorganisation administrative. Il s’agit de rappeler que l’Église n’a pas reçu pour mission de se conformer aux idéologies du monde, mais d’annoncer Jésus-Christ. La communication du Saint-Siège ne doit pas être la voix de ceux qui la dirigent. Elle doit demeurer, avant tout, celle de l’Église.


