Invité de nos confrères du Figaro à l’occasion de la promotion de son ouvrage 2050, le cardinal Robert Sarah a livré une série de prises de parole marquées par une inquiétude profonde quant à l’état de l’Église et de la société occidentale.
Dès l’abord, le cardinal n’a pas hésité à aborder la question de l’unité ecclésiale, évoquant les tensions actuelles autour de l’autorité et de la fidélité au Saint-Siège, le message pour la Fraternité Saint Pie X est clair : «La décision d’ordonner des évêques sans l’accord du Saint-Siège et du Saint-Père, c’est une décision grave, qui va de nouveau lacérer et briser l’Église, qui va déchirer la tunique de Jésus, ça va faire du mal au Christ. On ne sauve pas les âmes dans la désobéissance».
Cette déclaration s’inscrit dans une théologie classique de l’unité visible de l’Église, fondée sur la communion avec Pierre. Pour le cardinal Sarah, toute rupture avec cette unité ne relève pas d’une simple divergence disciplinaire, mais atteint le mystère même de l’Église comme Corps du Christ.
Dans un registre plus large, le cardinal a également évoqué la situation spirituelle de l’Occident. Ses propos sur l’islam, souvent commentés, doivent être replacés dans une perspective d’examen de conscience des chrétiens eux-mêmes : «L’Islam peut réveiller les Chrétiens. Les musulmans prient cinq fois par jour, Dieu a une place fondamentale dans leur existence. On nous demande seulement d’aller à la messe le dimanche, mais le faisons-nous ? Si on ne se réveille pas spirituellement, leur nombre s’accroissant, ils imposeront leur loi et leur culture».
Loin d’un simple constat sociologique, il s’agit ici d’un appel à la conversion intérieure. Le cardinal souligne une évidence trop souvent éludée : la vitalité religieuse ne se décrète pas, elle se vit. Dans la même ligne, il met en garde contre une perte de conscience spirituelle chez les chrétiens : « Réveillez-vous. L’islam est un danger. Si les chrétiens ne commencent pas à se soucier de notre foi, l’islam prendra le contrôle de l’Occident. Ils imposeront leurs lois et leur culture… Nous déclinerons. »
Ces paroles, fortes, traduisent moins une peur qu’un constat : une civilisation qui renonce à sa foi s’expose à être remplacée par d’autres références. Le cardinal Sarah ne désigne pas un adversaire extérieur sans désigner d’abord une faiblesse intérieure.
Sur le terrain ecclésial, le cardinal a exprimé une critique nette de certaines orientations contemporaines : « On a l’impression que depuis quelques temps, l’Église ne parle que de changement écologique, des migrants, de la paix… Mais l’Église n’est pas une ONG ! Ce n’est pas le rôle de l’Église de parler que des questions sociales. Elle doit mettre en lien l’Homme et Dieu». Cette affirmation rejoint une ligne constante de son magistère personnel : rappeler que la mission première de l’Église est surnaturelle. Les enjeux sociaux, aussi importants soient-ils, ne peuvent jamais remplacer l’annonce du salut. La question liturgique occupe également une place centrale dans son analyse : «L’Église a abîmé la liturgie de la messe. Elle est trop bruyante ! C’est comme si on se célébrait nous-même. C’est devenu un moment convivial, alors que nous sommes là pour adorer Dieu, il faut une liturgie qui adore Dieu. On ne parle plus du salut et de l’âme !». Le cardinal Sarah reprend ici un thème majeur de la tradition catholique : la liturgie comme acte d’adoration, et non comme simple rassemblement communautaire. La perte du sens du sacré entraîne, selon lui, une perte du sens du salut.
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Sur la question du célibat sacerdotal, il adopte une position sans ambiguïté : «Ce n’est pas en supprimant le célibat des prêtres que l’Église suscitera davantage de vocations. Regardez l’anglicanisme, il est en destruction, pourtant les prêtres ont le droit de se marier. Surtout, le prêtre représente le Christ lui-même. Donc les prêtres doivent imiter le Christ dans sa vie concrète, et il ne s’est jamais marié». Au-delà du débat disciplinaire, c’est une vision théologique du sacerdoce qui est ici rappelée : le prêtre est configuré au Christ, et cette configuration touche aussi son mode de vie.
Enfin, le cardinal Sarah a abordé la question de l’euthanasie avec une fermeté qui s’inscrit dans la continuité de l’enseignement de l’Église : «En autorisant l’euthanasie, la France va au-delà de son pouvoir, c’est une loi inhumaine. Personne ne peut décider de qui doit mourir ou de qui doit vivre, si une vie est valable ou pas, sauf Dieu. Tuer quelqu’un, c’est de la barbarie». Cette prise de position rappelle le principe fondamental de l’indisponibilité de la vie humaine, au cœur de l’anthropologie chrétienne.
À travers ces différentes interventions, le cardinal Sarah ne propose pas un programme politique ni une stratégie, mais un rappel. Rappel de la foi, de la liturgie, de la mission, de la vérité sur l’homme. Dans un moment de confusion, sa parole se veut droite, enracinée, sans concession sur l’essentiel. Elle peut déranger. Elle oblige en tout cas à revenir à la source.


