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Ces voix qui critiquent déjà la messe de Léon XIV à la Concorde … tout un symbole

Vue de l'avenue des champs-Elysees de la place de la Concorde - Depositphotos
Vue de l'avenue des champs-Elysees de la place de la Concorde - Depositphotos
Il y a comme une forme de jalousie :ce qui va se produire en septembre, ce n'est non pas le retour d’un catholicisme dominateur, mais la manifestation paisible d’un catholicisme vivant, priant et visible. Un catholicisme de masse, bien visible, comme beaucoup n’aimeraient plus le voir

Par Philippe Marie

À peine annoncé, le grand rassemblement parisien autour de Léon XIV suscite déjà réserves et interrogations. Comme si voir le catholicisme occuper, le temps d’une messe, l’un des lieux les plus emblématiques de la capitale constituait en soi un sujet d’inquiétude. Pourtant, de son histoire à son nom, la place de la Concorde est peut-être précisément l’un des lieux les plus symboliques où le Successeur de Pierre pouvait célébrer.

Dans Libération des 8 et 9 août, Bernadette Sauvaget pose la question sans détour : « Messe de Léon XIV sur les Champs et la Concorde : est-ce bien raisonnable ? » La journaliste, spécialiste des affaires religieuses, reconnaît que « le lieu est prestigieux » et que les images « s’annoncent spectaculaires ». Elle rappelle également les précédents : Longchamp pour saint Jean-Paul II en 1997, puis les Invalides pour Benoît XVI en 2008. La comparaison mérite précisément d’être poursuivie. En 1997, les Journées mondiales de la jeunesse avaient surpris une partie des observateurs. Une jeunesse catholique que l’on croyait déjà volontiers endormie ou absente avait rempli Longchamp autour de Jean-Paul II. La France découvrait alors qu’un catholicisme dit « statistiquement minoritaire » n’était pas nécessairement devenu religieusement épuisé, culturellement muet ou incapable de rassembler. Près de trente ans plus tard, la même surprise pourrait bien se reproduire.

Car cette place raconte dans ses pierres les déchirements de l’histoire française. Louis XVI y fut exécuté le 21 janvier 1793. Marie-Antoinette y fut à son tour guillotinée quelques mois plus tard. Sous la Terreur, l’échafaud y devint l’un des symboles les plus terribles de la violence révolutionnaire. Et pourtant, cette place s’appelle aujourd’hui la Concorde. Ironie de l’Histoire : c’est la République elle-même qui, en 1795, choisit de rebaptiser l’ancienne place de la Révolution « place de la Concorde », afin de signifier la réconciliation des Français après la folie sanguinaire de la Terreur. Plus de deux siècles plus tard, voir le Successeur de Pierre y célébrer l’Eucharistie, sacrement de l’unité et de la communion, donne à ce nom une résonance que ses auteurs n’avaient probablement pas imaginée.

Car le christianisme est fondé sur un renversement que notre époque peine parfois à comprendre : il ne nie pas les blessures de l’Histoire, mais refuse de leur abandonner le dernier mot : « La mort a été engloutie dans la victoire » (1 Corinthiens 15, 54). Saint Paul parle du « ministère de la réconciliation » confié par Dieu aux disciples du Christ (2 Co 5, 18). Célébrer l’Eucharistie à la Concorde n’aurait donc rien d’une revanche catholique sur la Révolution. Une telle lecture serait aussi pauvre historiquement qu’étrangère à l’Évangile.

Le symbole est autrement plus profond : là où l’on dressait autrefois l’échafaud pour couper les têtes, on dressera un autel ; là où le sang fut versé au cœur des massacres, on parlera de paix et de réconciliation. Et tout cela sur une place qui s’appelle précisément la Concorde. Il y a des choix moins cohérents.

Reste alors la véritable question : celle de la visibilité du catholicisme. La France contemporaine entretient un rapport assez singulier avec son héritage chrétien. Elle aime ses cathédrales, restaure ses églises (quand elle ne les transforme pas en murs d’escalade…), admire ses vitraux et célèbre volontiers son patrimoine religieux. Les choses deviennent plus compliquées lorsque le catholique se met à chanter, à prier, à dénoncer l’euthanasie et l’avortement ou à contester l’idéologie wokiste. Pire encore, il est parfois diabolisé et devient un infâme « identitaire » lorsqu’il part en pèlerinage à Chartres ou ailleurs.

Bref, pour certains, le catholicisme parfait devrait être muet et surtout se faire petit, voire inexistant, en adoptant, au nom de l’inclusivité, tous les codes d’un monde moderne qui perd ses repères. Une aile ultra-progressiste de l’Église semble d’ailleurs prête à s’y conformer. Mais la majorité des catholiques, la masse des fidèles, n’est pas là. Elle continue simplement à croire, à prier, à transmettre et à vouloir vivre sa foi sans demander l’autorisation d’exister, là est sa véritable identité. Et c’est précisément cette réalité que la venue de Léon XIV va rendre soudainement visible au cœur de Paris : le catholicisme bien vivant, des hommes, des femmes, des familles et des jeunes qui sortiront de leurs églises pour se rassembler autour du Successeur de Pierre.

Car c’est bien ce qui va se produire en septembre : non pas le retour d’un catholicisme dominateur, mais la manifestation paisible d’un catholicisme vivant, priant et visible. Un catholicisme de masse, bien visible, comme beaucoup n’aimeraient plus le voir.

Et cela ne constitue aucunement une entorse à la laïcité. La loi du 9 décembre 1905 proclame elle-même, dès son premier article, que « la République assure la liberté de conscience » et « garantit le libre exercice des cultes ». La République est laïque ; les citoyens n’ont jamais été sommés de devenir invisibles lorsqu’ils croient en Dieu.

Il y a donc comme une gêne, appelons-la même, avec une pointe d’ironie, une forme de jalousie, à voir ainsi un catholicisme s’afficher dans l’un des lieux les plus emblématiques de la France. Et cette avenue qui accueillera les fidèles venus assister à la messe n’aura peut-être jamais aussi bien porté son titre de « plus belle avenue du monde » : ce jour-là, elle sera véritablement rendue encore plus belle par la ferveur de milliers de catholiques.

Tous afficheront une vraie fraternité, non pas celle dévoyée par les hommes en pur slogan démagogique, mais celle d’une véritable communion d’esprit en Notre-Seigneur Jésus-Christ… Alors, évidemment, ça dérange…

Car le véritable événement ne sera peut-être finalement ni la Concorde ni les Champs-Élysées. Ce sera cette foule elle-même. Une foule rappelant que le catholicisme français, que certains imaginent volontiers condamné à devenir exclusivement minoritaire et progressivement exclu de notre pays, peut encore sortir de ses églises, traverser Paris, voire toute la France, pour venir communier. Alors, une messe de Léon XIV place de la Concorde, est-ce bien raisonnable ? la réponse est toute trouvée : pour célébrer la « Divine Majesté », comme aimait à l’appeler sainte Thérèse d’Avila, la plus belle avenue du monde était bien un minimum. On ne pouvait tout de même pas faire moins.

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