C’est un vestige rare qui éclaire d’un jour nouveau l’histoire, souvent ignorée, des chrétiens d’Orient avant les grandes ruptures du VIIe siècle.Annoncée à la fin de l’année 2025, la découverte d’une église chrétienne datant du VIe siècle sur le site de Gird-î Kazhaw, dans l’actuel Kurdistan irakien, marque une étape importante pour l’archéologie chrétienne orientale. Les fouilles, menées par une équipe de l’Université Goethe, ont permis d’identifier un édifice religieux chrétien jusqu’alors insoupçonné, au cœur d’un site connu principalement pour ses structures défensives antiques.
Les archéologues ont mis au jour de puissants piliers en pierre, un plan architectural caractéristique et plusieurs objets liturgiques ornés de symboles chrétiens. L’ensemble permet de dater la construction de l’édifice autour de l’an 500. Loin d’un lieu de culte modeste ou provisoire, l’église apparaît comme une construction durable, attestant l’existence d’une communauté chrétienne stable, organisée et suffisamment enracinée pour édifier un sanctuaire visible et pérenne.Au moment de sa construction, la région appartenait à l’Empire sassanide. La religion dominante y était alors le zoroastrisme, foi officielle de la Perse antique, étroitement liée au pouvoir impérial, bien avant les conquêtes arabes du milieu du VIIe siècle et l’islamisation progressive de l’espace perse dans les siècles suivants. C’est précisément ce contexte qui confère à la découverte de Gird-î Kazhaw son caractère singulier.
L’église a en effet été édifiée à très courte distance d’un lieu de culte zoroastrien. Si les deux bâtiments se révèlent bien contemporains, comme les premières analyses le laissent penser, cela indiquerait que des chrétiens et des fidèles de la religion perse vivaient côte à côte au sein d’un même espace urbain.
Lire aussi
Une telle configuration est extrêmement rare dans l’état actuel des connaissances. Dans l’ensemble du monde perse, en Mésopotamie ou dans le nord de la Syrie, les églises chrétiennes connues sont généralement implantées à l’écart des sanctuaires zoroastriens, parfois à bonne distance. La proximité observée à Gird-î Kazhaw constitue donc une anomalie archéologique majeure, encore inexpliquée.Les chercheurs se montrent prudents dans leurs interprétations. Ils soulignent que cette découverte intervient à un stade précoce de l’étude du site et que de nombreuses questions demeurent ouvertes. Pourquoi une telle implantation a-t-elle été possible en ce lieu précis ? Quelle était la nature exacte des relations entre les différentes communautés présentes dans la cité ? Autant d’interrogations auxquelles l’archéologie seule pourra progressivement répondre.
Les travaux doivent se poursuivre en 2026, avec une approche élargie. Les chercheurs entendent désormais s’intéresser davantage à l’infrastructure économique et aux conditions de vie à l’intérieur de l’enceinte fouillée. Des méthodes archéométriques avancées seront mobilisées, notamment l’archéobotanique, la zoologie et l’anthropologie médico-légale, afin de mieux comprendre le quotidien des populations qui vivaient dans ces murs, chrétiens compris.L’église de Gird-î Kazhaw apparaît ainsi comme un témoin silencieux mais éloquent de la présence chrétienne ancienne en Mésopotamie. Elle rappelle que le christianisme ne fut pas seulement une religion de l’Empire romain, mais qu’il s’est aussi enraciné durablement en Orient, parfois au cœur même de sociétés façonnées par d’autres traditions religieuses. Une découverte exceptionnelle, appelée à enrichir en profondeur notre compréhension de l’histoire des chrétiens d’Orient et de leur place dans le monde antique.


