Alors que les évêques de France ont voté, le 26 mars, la mise en place du dispositif Renaître, appelé à succéder à l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), les réactions sont vives du côté des associations et collectifs de lutte contre les agressions sexuelles dans l’Église : critiques sur l’indépendance, incompréhensions sur son fonctionnement, inquiétudes sur la place accordée à la parole des personnes victimes.
Dans un contexte de défiance durable, où certaines critiques semblent ne jamais pouvoir être pleinement satisfaites et prennent parfois la forme d’une contestation globale de l’institution, Monseigneur Emmanuel Tois, évêque auxiliaire de Paris, chargé de ces questions, répond point par point dans une interview publiée par Paris Notre-Dame (propos recueillis par Mathilde Rambaud), en rappelant les efforts engagés par l’Église.

© Liam Hoarau
Contrairement à certaines lectures critiques, l ‘évêque explique que la fin de l’Inirr ne constitue pas une rupture : « Les évêques n’ont pas subitement décidé de “mettre fin” à l’Inirr », rappelle Mgr Emmanuel Tois, soulignant que cette instance avait été conçue dès l’origine comme temporaire. Son mandat, déjà prolongé, arrive à son terme après avoir, selon lui, « parfaitement rempli sa mission ». Le prélat met en lumière un paradoxe : « souvenons-nous de la manière dont elle a été elle-même accueillie à ses débuts ! Les délais étaient trop longs, les montants des réparations financières pas assez élevés ». Une remarque qui invite à relativiser certaines critiques actuelles, alors même que l’Inirr est aujourd’hui largement reconnue.
Il insiste également sur la réalité de la défiance actuelle : « il ne peut plus y avoir, pour une personne qui en a été victime, de confiance a priori ». Une lucidité qui n’empêche pas l’Église de poursuivre ses efforts, bien au contraire. Le dispositif Renaître se veut ainsi une évolution, et non un recul. « Nous avons souhaité conserver le meilleur de l’Inirr – son indépendance, sa coordination et sa compétence nationale – tout en y ajoutant davantage de proximité », explique-t-il. L’objectif est de répondre à une inégalité concrète : « les personnes vivant à Paris ou en région parisienne étaient quand même favorisées », reconnaît-il, plaidant pour un accompagnement plus accessible sur l’ensemble du territoire.
Lire aussi
Face aux critiques sur le manque de clarté du dispositif, Mgr Emmanuel Tois appelle à un certain réalisme : « tous ces points cesseront d’être flous dès que Renaître entrera en fonctionnement le 1er septembre ». Il souligne également la continuité de l’engagement des évêques : « il est difficile d’imaginer que les mêmes évêques […] n’auront pas […] le souci de confier la direction de Renaître à un professionnel tout aussi compétent ». Un recul en ce domaine serait, ajoute-t-il, « une énorme régression ». Sur la question de l’égalité de traitement, il précise que « tous les référents locaux seront coordonnés par une instance nationale », garantissant une formation commune et une cohérence des décisions. Chaque personne pourra d’ailleurs « saisir directement l’instance nationale », assurant un double niveau de recours.
L’indépendance des cellules locales, souvent mise en cause, est également défendue à partir de l’expérience de terrain. « Les laïcs engagés […] ne se sentent – et ne sont – absolument pas mandatés pour défendre l’institution », affirme-t-il, ajoutant n’avoir « jamais été confronté […] à un laïc […] qui n’écoutait que d’une oreille ». Un témoignage qui contraste avec certaines critiques générales. Concernant la concertation, l’évêque reconnaît que toutes les associations n’ont pas souhaité participer : « beaucoup, au fil des années, n’ont plus souhaité travailler avec nous ». Un groupe de « témoins » a néanmoins été associé, et « ces témoins ont été consultés tout au long du processus ». Il souligne que le travail reste ouvert : « ce sont autant de possibilités pour les associations […] de s’exprimer et peser dans les futures décisions ».
La question du vocabulaire, notamment le passage de « réparation » à « aide » financière, a suscité des réactions. Monseigenur Emmanuel Tois rappelle que « la réparation recouvre un champ beaucoup plus large que la seule question pécuniaire ». Il insiste aussi sur une exigence de réalisme : « la disponibilité financière n’étant pas inépuisable, la priorité doit aller à la réparation plutôt qu’au coût de ce fonctionnement ». Enfin, le nom même de Renaître a été critiqué. L’évêque en reconnaît la sensibilité : « je comprends l’impact psychologique de ce terme », admet-il. Mais il en précise le sens : « il s’agit davantage de voir dans ce terme le désir et le souhait des évêques que les personnes victimes aillent mieux ». Une intention qui se veut un signe d’espérance, non une injonction. Cette interview met donc en lumière une ligne constante : face à une défiance profonde, l’Église poursuit un travail engagé depuis plusieurs années, cherchant à améliorer ses dispositifs. Si les critiques demeurent, parfois légitimes, leur caractère récurrent et parfois systématique interroge aussi sur la possibilité d’un dialogue réellement constructif.


