Cette « Messe de la Nature » aura-t-elle finalement lieu ? Prévue le 5 novembre prochain à l’Institut français du Gabon, cette représentation annoncée comme une « parodie du culte catholique » suscite une vive polémique. Le chanoine Bertrand Bergerot, curé de la paroisse Notre-Dame de Lourdes à Libreville, dénonce un spectacle blasphématoire, tandis que l’ambassade de France, loin de désavouer cette programmation, défend une création humoristique destinée à sensibiliser le public à la protection de l’environnement.

Le spectacle, intitulé Rire pour la Nature, est porté par l’association culturelle gabonaise VaPa Scripta. Mais c’est précisément la séquence baptisée « La Messe de la Nature » qui provoque l’indignation du prêtre. Dans une lettre datée du 14 octobre 2026, adressée à Fabrice Mauriès, ambassadeur de France au Gabon, et dont une copie a été transmise à la rédaction de Tribune Chrétienne, le chanoine Bertrand Bergerot exprime sa « stupéfaction » et son « indignation » devant ce qu’il qualifie de « spectacle blasphématoire ». Ce courrier, signé par le prêtre et portant le cachet de sa paroisse, est reproduit ci-dessous.
Le curé rappelle d’abord l’émotion suscitée au Gabon par le voyage apostolique de Léon XIV et évoque l’hospitalisation du souverain pontife. Il souligne ainsi le contraste entre l’attachement manifesté au pape et l’annonce d’une représentation susceptible de tourner en dérision la liturgie catholique.
Son indignation, affirme-t-il, dépasse le cercle des pratiquants : « Beaucoup de nos compatriotes, dont la plupart ne sont d’ailleurs pas pratiquants, ont été scandalisés tout comme moi que l’Institut Français, financés par leurs impôts, propose ce genre de spectacle dans un pays à majorité catholique. » Pour le chanoine Bergerot, l’Institut français devrait avant tout faire rayonner la culture française et permettre au public de découvrir les jeunes talents gabonais, plutôt que d’accueillir une représentation susceptible de heurter les convictions religieuses.
« Ce spectacle est une honte pour l’image de notre pays »
La protestation prend une dimension diplomatique lorsque le prêtre dénonce ce qu’il considère comme une forme de néocolonialisme culturel : « Les Gabonais, qui sont tous religieux, catholiques ou non, sont bien évidemment également choqués qu’on se moque ainsi des choses saintes. Ils ne veulent pas de cette néo-colonisation que certains voudraient leur imposer avec condescendance par la culture ou des idéologies contraires à leurs convictions profondes. » Sa conclusion est particulièrement sévère : « Ce spectacle est une honte pour l’image de notre pays et pour nous aussi, français qui vivons au Gabon depuis des années et qui le représentons chacun à notre manière. »
Interrogée par le média GabonReview, qui a révélé l’affaire le 16 octobre, l’ambassade de France défend la programmation. Elle souligne que le spectacle est conçu, écrit et interprété par des artistes gabonais et qu’il constitue « un vrai plaidoyer en faveur de la préservation de l’environnement ». Elle invoque également la devise de l’Institut français du Gabon, « Liberté, Égalité, Diversité », et présente l’humour comme un instrument de dialogue entre les cultures.
Mais cette réponse laisse entière la question soulevée par le prêtre : pourquoi la défense de l’environnement devrait-elle passer par une parodie de la messe catholique ? L’ambassade ne précise pas le contenu exact de la séquence contestée et préfère insister sur les intentions écologiques des organisateurs.
Elle conteste également l’affirmation concernant le financement par les contribuables français, assurant que l’Institut français du Gabon autofinance son fonctionnement grâce à ses activités culturelles. Si le contenu précis de cette représentation reste à connaître, une question demeure : comment une institution française peut-elle invoquer la tolérance et la diversité sans répondre à ceux qui dénoncent une atteinte à ce qu’ils tiennent pour le plus sacré ?
Sources : GabonReview, Dimitri Mimongo, 16 octobre 2026 ; lettre du chanoine Bertrand Bergerot du 14 octobre 2026, transmise à la rédaction de Tribune Chrétienne.



