Au Pakistan, un chrétien demeure sous la menace d’une exécution pour des publications jugées blasphématoires sur Internet. Le 7 octobre 2026, la Cour suprême a confirmé la condamnation à mort de Qaiser Ayub, 49 ans, tout en acquittant son frère cadet Amoon, poursuivi dans la même affaire. Une décision qui a provoqué l’indignation des défenseurs de la liberté religieuse, mais aussi des manifestations de satisfaction parmi les partisans de la législation pakistanaise sur le blasphème.
L’affaire remonte à plusieurs années. Les deux frères avaient été accusés d’avoir diffusé sur un site Internet des contenus considérés comme offensants envers le prophète de l’islam. Qaiser Ayub a toujours contesté les accusations, affirmant notamment avoir cessé d’administrer le site concerné en 2009. Arrêtés en 2014, les deux hommes avaient été condamnés à mort en décembre 2018, avant que la Haute Cour de Lahore ne confirme leur condamnation en 2022. Après plus de dix années de détention, leurs destins judiciaires viennent pourtant de se séparer. La Cour suprême a estimé que les preuves ne permettaient pas d’établir la responsabilité personnelle d’Amoon Ayub. En revanche, elle a retenu contre Qaiser des éléments numériques et documentaires qu’elle juge suffisants pour maintenir sa condamnation.
Selon le média juridique pakistanais Voicepk.net, qui a analysé le jugement le 10 octobre, les magistrats ont notamment examiné les données informatiques et les documents personnels présentés au cours de la procédure. Les avocats du condamné continuent de contester les conclusions de la justice.
L’un des aspects les plus troublants de cette affaire réside dans les réactions suscitées par le verdict. Selon le journaliste Kamran Chaudhry, de l’agence catholique asiatique UCA News, Rao Abdur Raheem, responsable de la Legal Commission on Blasphemy Pakistan, a publiquement salué la décision, la présentant comme une victoire historique dans l’application des lois sur le blasphème. Des images le montrent portant des guirlandes à l’extérieur du tribunal, aux côtés du plaignant Muhammad Saeed. Tandis qu’une famille chrétienne demeure confrontée à la perspective d’une exécution, les partisans de cette législation célèbrent ouvertement le maintien de la peine capitale.
Aux États-Unis, l’American Center for Law and Justice (ACLJ), engagé dans la défense des deux frères, a lancé le 16 octobre un appel à la mobilisation internationale. Son directeur exécutif, Jordan Sekulow, dénonce les conséquences de cette décision pour la liberté religieuse. L’organisation envisage de solliciter un réexamen du jugement. Aucune date d’exécution n’a été annoncée.
Cette affaire intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Le quotidien pakistanais Dawn rapportait le 18 octobre qu’un tribunal de Lahore venait de condamner quatre autres hommes à mort pour blasphème, dans une affaire concernant des contenus diffusés sur WhatsApp et Facebook. Au Pakistan, l’article 295-C du Code pénal prévoit la peine capitale pour les atteintes au nom de Mahomet. Les minorités religieuses, notamment chrétiennes, vivent depuis des décennies sous la menace d’accusations susceptibles d’entraîner emprisonnement, violences et condamnations judiciaires.
Le sort de Qaiser Ayub rappelle inévitablement celui d’Asia Bibi, chrétienne pakistanaise condamnée à mort pour blasphème avant son acquittement en 2018. Huit ans plus tard, la même question demeure : comment la liberté de conscience peut-elle être garantie dans un pays où une accusation religieuse peut encore conduire un homme à l’échafaud ?


