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Le pape Léon XIV réaffirme que « le travail n’est pas un simple instrument », mais qu’ « il exprime et accroît la dignité de notre vie »

Léon XIV - cadreur TV Vatican - Depositphotos
Léon XIV - cadreur TV Vatican - Depositphotos
Intégralité du texte de Léon XIV : Recevant ce lundi 5 octobre une délégation réunissant l’Association des employés laïcs du Vatican et l’association Donne in Vaticano, le pape a livré une réflexion sur la dignité du travail humain face notamment aux bouleversements provoqués par l’intelligence artificielle

La question pourrait paraître interne au Vatican. Elle dépasse pourtant très largement les murs de la Cité pontificale. En s’adressant aux hommes et aux femmes qui travaillent au service du Saint-Siège, Léon XIV a replacé le travail dans une perspective qui traverse toute la doctrine sociale de l’Église : l’activité professionnelle ne peut jamais être réduite à sa seule efficacité économique. « Face aux défis que connaît aujourd’hui le monde du travail, en particulier du fait des développements de l’intelligence artificielle, il est plus que jamais décisif de maintenir vive l’attention portée à la centralité irremplaçable de la personne humaine et à la dignité inaliénable du travail », affirme le Pape.

La formule touche directement l’une des grandes transformations sociales de notre époque. L’intelligence artificielle promet des gains considérables de productivité, mais elle pose simultanément la question de la place laissée à l’homme lorsque certaines de ses fonctions peuvent être automatisées. Derrière la question économique apparaît donc une question anthropologique : quelle valeur une société accorde-t-elle à celui dont elle n’a plus nécessairement besoin pour produire davantage ? Léon XIV répond en refusant précisément de mesurer la valeur du travail à la seule production.

« Le travail n’est pas un simple instrument, mais il exprime et accroît la dignité de notre vie. C’est une exigence inscrite dans la condition humaine, un chemin ordinaire vers la maturité, le développement et l’accomplissement personnel. »

Ces paroles, reprises de sa première encyclique Magnifica humanitas, inscrivent son intervention dans la continuité de la doctrine sociale de l’Église. Dans cette encyclique, Léon XIV a consacré tout un développement à « la dignité du travail dans la transition numérique », mettant en garde contre une organisation dans laquelle l’homme devrait constamment s’adapter au rythme des machines plutôt que la technique être conçue pour servir celui qui travaille.

Le travail comme relation et participation au bien commun

L’enseignement pontifical va cependant plus loin que la protection de l’emploi. Le travail demeure pour Léon XIV une réalité profondément sociale : « Nous contribuons au progrès de la société et à la construction du bien commun, nous faisons fructifier les capacités reçues, nous améliorons et embellissons le monde, nous soutenons nos familles, nous entrons dans des relations de coopération et nous apprenons à construire ensemble, dans l’écoute et le dialogue, quelque chose que personne ne pourrait réaliser seul. »

Cette conception s’oppose à une lecture exclusivement individualiste du travail. Celui-ci procure évidemment un revenu, mais il donne également une place dans la communauté humaine, permet la transmission d’un savoir, crée des relations et rend chacun participant d’une œuvre qui le dépasse.

C’est précisément là que l’automatisation massive soulève une question sociale considérable. Une société techniquement capable de produire davantage avec toujours moins d’hommes pourrait connaître un enrichissement matériel tout en provoquant un appauvrissement relationnel et humain. Magnifica humanitas évoque elle-même le risque d’un « paradoxe de progrès matériel et régression anthropologique » si une partie importante de la population devait être privée durablement de travail. La pensée de Léon XIV n’est donc pas celle d’un refus de la technique. Elle consiste à renverser la perspective : l’homme ne doit pas être adapté aux besoins de la technologie ; c’est la technologie qui doit être ordonnée au bien de l’homme.

Une communauté de travail où personne ne soit « utilisé »

Le Pape applique ensuite cette anthropologie au fonctionnement même du Vatican. Tous ceux qui collaborent au ministère du Successeur de Pierre constituent, explique-t-il, une « communauté ecclésiale ». Quelle que soit leur fonction, ils participent avec une « égale dignité » à une même mission. Cette affirmation entraîne aussi des exigences concrètes : professionnalisme, fidélité aux responsabilités confiées, mais également reconnaissance de chacun. La conclusion du discours est particulièrement significative. Léon XIV appelle à construire une communauté professionnelle « où les personnes ne soient ni utilisées ni écartées, où l’on s’entraide, où la valeur et la compétence de chacun soient reconnues ».

Il insiste également sur le dialogue social. Reprenant saint Jean-Paul II, il rappelle que les associations de travailleurs ont une fonction légitime, mais que leur basculement dans une logique de « conflictualité ou de lutte » ne correspond pas à la doctrine sociale de l’Église. La recherche du bien commun suppose donc de ne réduire ni le salarié à une variable économique, ni la relation professionnelle à un rapport de forces permanent.

Enfin, s’adressant particulièrement à l’association Donne in Vaticano, Léon XIV souligne que « la présence des femmes constitue une richesse qui doit être toujours davantage reconnue et valorisée », saluant leur compétence, leur discernement, leur créativité et leur sens du concret.

À travers une audience destinée aux salariés du Vatican se dessine ainsi une réflexion beaucoup plus vaste. Après la révolution industrielle qui conduisit Léon XIII à publier Rerum novarum en 1891, Léon XIV considère la révolution de l’intelligence artificielle comme une transformation d’une ampleur comparable, peut-être même supérieure. Il l’avait explicitement affirmé lors de la promulgation de Magnifica humanitas.

Plus d’un siècle après la question ouvrière, la question demeure finalement la même sous une forme nouvelle : l’économie et la technique sont-elles au service de l’homme, ou l’homme doit-il progressivement se soumettre à leur logique ? Pour Léon XIV, le principe de discernement ne change pas : la personne humaine demeure la mesure du progrès.

INTÉGRALITÉ DU DISCOURS DE LÉON XIV

( Traduction TC)

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

La paix soit avec vous.

Chers frères et sœurs,

Je suis heureux de vous accueillir. Je vous remercie pour votre visite et, plus encore, pour le dévouement et l’esprit de service avec lesquels vous accomplissez votre travail quotidien au sein des différents organismes du Saint-Siège, collaborant ainsi au ministère pastoral du Pape.

Face aux défis que connaît aujourd’hui le monde du travail, en particulier du fait des développements de l’intelligence artificielle, il est plus que jamais décisif de maintenir vive l’attention portée à la centralité irremplaçable de la personne humaine et à la dignité inaliénable du travail. Celui-ci, en effet, « n’est pas un simple instrument, mais il exprime et accroît la dignité de notre vie. C’est une exigence inscrite dans la condition humaine, un chemin ordinaire vers la maturité, le développement et l’accomplissement personnel ».

Par le travail, « nous contribuons au progrès de la société et à la construction du bien commun, nous faisons fructifier les capacités reçues, nous améliorons et embellissons le monde, nous soutenons nos familles, nous entrons dans des relations de coopération et nous apprenons à construire ensemble, dans l’écoute et le dialogue, quelque chose que personne ne pourrait réaliser seul ».

Chers amis, vous appartenez à deux associations différentes, mais qui ont en commun leur environnement de travail, à savoir le Vatican. Mes Prédécesseurs, dans leurs enseignements consacrés à la nature du travail au sein du Siège apostolique, ont placé au centre deux notions d’une valeur fondamentale : celle de communauté et celle d’unité, qui me tiennent également beaucoup à cœur.

En effet, tous ceux qui, à divers titres et dans des fonctions différentes, sont appelés à collaborer par leur travail au ministère du Pape constituent une communauté ecclésiale, participant, dans un esprit de foi et d’unité, à l’unique et universelle mission que le Seigneur Jésus a confiée à l’apôtre Pierre et à ses successeurs.

Avec une égale dignité, tous contribuent, chacun selon son rôle et par son engagement professionnel, à cette même mission, manifestant cette conscience et cette responsabilité avant tout « dans la fidélité scrupuleuse à toutes les tâches et à tous les devoirs assignés, ainsi que dans le zèle, l’ardeur au travail et le professionnalisme qui doivent distinguer quiconque participe aux activités de ce même Siège apostolique ».

Saint Jean-Paul II a reconnu que, je cite, « pour promouvoir cet esprit […] les associations de travailleurs, telles que l’Association des employés laïcs du Vatican, pourront exercer une fonction valable de collaboration », précisant que « le glissement de ce type d’organisations sur le terrain de la conflictualité ou de la lutte ne correspond pas à la doctrine sociale de l’Église ».

La voie du dialogue demeure donc la voie maîtresse sur laquelle je vous exhorte moi aussi à toujours avancer, avec confiance et créativité, dans la recherche commune de solutions appropriées aux problèmes que nous devons affronter ensemble et dans l’édification quotidienne de notre communauté de travail.

Relancer le dialogue, à tous les niveaux, est en effet ce que, dans ma première encyclique, j’ai voulu proposer à toute l’Église ainsi qu’à toutes les femmes et à tous les hommes de bonne volonté, comme « partie intégrante de la vocation de l’Église », « instrument principal de la coexistence entre les personnes » et « voie ordinaire pour affronter les conflits ». En particulier, l’Association des employés laïcs du Vatican est définie, dans le « Cadre normatif » actuellement en vigueur qui la concerne, comme « une structure de dialogue » de ses membres avec le Bureau du travail du Siège apostolique.

Pour sa part, l’Association Donne in Vaticano peut contribuer à faire grandir, dans nos milieux, un style de collaboration, d’écoute réciproque et d’attention aux situations difficiles.

La présence des femmes constitue une richesse qui doit être toujours davantage reconnue et valorisée. Elles apportent, outre une sensibilité particulière à l’égard des personnes et des relations, l’ensemble des talents humains, professionnels et intellectuels propres à l’expérience et à la pensée féminines. Leur compétence, leur capacité de discernement, leur créativité et leur sens du concret enrichissent la vie des institutions et contribuent à porter un regard plus large sur la réalité et sur les problèmes rencontrés.

En parcourant ensemble ce chemin, nous nous engagerons à construire toujours davantage une communauté de travail où les personnes ne soient ni utilisées ni écartées, où l’on s’entraide, où la valeur et la compétence de chacun soient reconnues, en évitant de susciter insatisfactions et rancœurs.

Avec ces sentiments d’estime et de confiance, je vous bénis de tout cœur, ainsi que vos proches et votre travail.

Merci. »

Source Vatican

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