Depuis 2000 ans

[ Chrétiens au Pakistan ] Entre souffrance et résistance

Reprenant l’enquête de nos confrères du Figaro, nous mettons un focus sur l’état de souffrance des 5 millions de chrétiens du Pakistan ; ceux-ci sont souvent relégués à des emplois subalternes et vivent dans des conditions d’extrême pauvreté. Ils font face à une majorité musulmane de plus en plus extrémiste. Être chrétien au Pakistan est comme vivre dans une pièce sans porte ni fenêtre, selon un prêtre qui préfère taire son nom. Les lois sur le blasphème ont été renforcées en 1986 par le gouvernement militaire, dirigé alors par le général Zia-ul-Haq, avec une sentence de condamnation à mort ou à perpétuité pour punir toute remarque désobligeante à l’égard du prophète Mahomet. Si aucune exécution judiciaire n’a été effectuée à ce jour, la vindicte populaire force les citoyens acquittés à fuir ou à vivre dans la clandestinité. Dans ces conditions, la simple crainte d’être accusé tétanise la communauté chrétienne.

Le cas d’Asia Bibi en 2009, accusée de blasphème envers l’islam et acquittée par la Cour suprême en 2018, a montré à quel point le sujet est sensible. Les partisans d’un Pakistan ouvert et éclairé semblent perdre du terrain face à des extrémistes aussi peu nombreux que violents et déterminés. Les chrétiens vivant dans des bidonvilles de la capitale Islamabad, tels que ceux de la French Colony, ont des conditions de vie insalubres. Cantonnés aux travaux de nettoyage, de vidangeur et de récupérateur des déchets, ils sont souvent les seuls à pouvoir obtenir ces emplois mal payés.

Des pasteurs autoproclamés et des églises domestiques ont émergé, réduisant considérablement la fréquentation des églises catholiques et protestantes. Les établissements estampillés « églises » sont comparables à des communautés réunies par affinité plutôt qu’en congrégation religieuse hiérarchisée, comme le système tribal toujours très actif au Pakistan. Les chrétiens s’organisent selon le même schéma que le reste de la société, avec des familles formant des clans qui s’allient par les mariages arrangés à d’autres familles pour former une tribu. Bien que les confessions diffèrent, la culture reste celle du sous-continent indien.

Les valeurs sociales et laïques, telles que l’unité, l’amour et la solidarité, ont été affectées par les lois sur le blasphème imposées par le dictateur militaire Zia-ul-Haq, qui interfèrent sur l’harmonie interconfessionnelle. La population chrétienne est estimée à 1,6% sur 220 millions d’habitants, répartie entre 1,3 million de catholiques, 2,4 millions de protestants et 1 million d’évangélistes. Ce chiffre est contesté par l’Église catholique, qui estime sa population aussi nombreuse que celle des protestants. Les gouvernements successifs, pris en otage par les extrémistes depuis 2011, ne se risquent pas à transiger sur cette question.

Avant la partition, les chrétiens jouissaient d’une position sociale prestigieuse, mais cette situation a changé. Le grade le plus élevé qu’un militaire chrétien peut atteindre dans l’armée est celui de brigadier, et les postes de haut rang dans les sphères du pouvoir ne leur sont plus accessibles. C’est un paradoxe, car ils ont grandement contribué à la création du Pakistan en soutenant la création d’un État indépendant pour les populations musulmanes du sous-continent, dans l’espoir de vivre en harmonie dans un pays musulman plutôt que dans un système de castes hindou. Les chrétiens Dewan Bahadur Singha et deux autres ont soutenu les musulmans dans leur désir d’une terre séparée, et leur influence a été déterminante lors du vote pour déterminer si le Pendjab occidental ferait partie du Pakistan ou de l’Hindoustan. Muhammad Ali Jinnah, le fondateur du Pakistan, a promis des privilèges et une protection aux chrétiens, et a présenté sa vision d’un pays où la religion est une affaire personnelle sans aucune différence de citoyenneté.

Cependant, la situation actuelle des chrétiens est très différente de celle qu’avait imaginée Jinnah. Les élites pakistanaises considèrent toujours l’éducation primaire et secondaire dans une école catholique ou protestante comme incontournable, mais le coût élevé de ces écoles empêche beaucoup de chrétiens d’y accéder. L’Edwardes College, la plus ancienne institution d’enseignement supérieur de la Khyber Pakhtunkhwa, a été fondée en 1900 par des missionnaires britanniques et promeut l’harmonie interconfessionnelle et la coexistence pacifique. Bien que le nombre d’étudiantes reste très minoritaire, elles sont encouragées à participer aux débats d’idées sur des sujets culturels et d’actualité nationale.

Les églises dans le nord-ouest du Pakistan attirent une foule importante, bien que les cloches ne sonnent plus depuis longtemps par souci de discrétion. Les attaques d’extrémistes contre les lieux de culte ont obligé les forces de sécurité à quadriller les environs. Malgré la coexistence pacifique que les chrétiens ont trouvée dans la région de Peshawar, les menaces sont toujours présentes. Les accusations de blasphème sont particulièrement fréquentes au Pendjab, mais les chrétiens restent minoritaires partout et sont confrontés à la discrimination et à la violence.

Malgré les difficultés, une nouvelle génération de chrétiens poursuit des études, encouragée par des parents qui travaillent dur pour leur offrir un avenir meilleur. Cependant, même avec un diplôme, l’accès aux postes de la fonction publique réservés aux minorités reste difficile. Face à la violence généralisée et à la pression pour installer la charia, de nombreux chrétiens cherchent à quitter le pays, mais sont confrontés à des obstacles pour obtenir des visas. Malgré cela, l’État continue de considérer l’éducation comme la clé pour atteindre le progrès et la réussite.

Recevez chaque jour notre newsletter !