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[Excommunication FSSPX] « Un décret sans miséricorde ? » : un prêtre français s’interroge sur l’absence d’ouverture envers les fidèles de la FSSPX

Le Retour du fils prodigue, bas-relief ornant le maître-autel d'une église, illustrant la parabole de la miséricorde du Père (Lc 15, 11-32) - Depositphotos
Le Retour du fils prodigue, bas-relief ornant le maître-autel d'une église, illustrant la parabole de la miséricorde du Père (Lc 15, 11-32) - Depositphotos
Un prêtre français a accepté de confier à Tribune Chrétienne sa première réaction , sous couvert d'anonymat. Il estime que le texte rompt avec l'esprit d'« Ecclesia Dei » de saint Jean-Paul II

Quelques heures seulement après la publication du décret du Dicastère pour la doctrine de la foi constatant l’excommunication des évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, les premières réactions commencent à émerger. Parmi elles, celle d’un prêtre d’un diocèse de France métropolitaine qui a accepté de livrer son analyse à Tribune Chrétienne, tout en demandant que son identité demeure confidentielle « par crainte de représailles ».

« Ce qui m’a immédiatement frappé, c’est l’absence de miséricorde », nous confie-t-il. Pour lui, le texte publié ce 2 juillet tranche profondément avec la réponse qu’avait apportée saint Jean-Paul II après les sacres d’Écône en 1988 et de poursuivre « En 1988, saint Jean-Paul II avait puni d’une main ferme, mais il gardait l’autre main tendue pour accueillir. Ici, je ne retrouve pas cet équilibre. On ne peut pas se limiter à punir sans ouvrir une véritable porte à ceux qui souhaitent revenir à la pleine communion. »

Le prêtre souligne une différence qu’il juge essentielle. En 1988, c’est le pape lui-même qui avait signé le motu proprio Ecclesia Dei adflicta, publié le 2 juillet, quelques jours après les consécrations épiscopales. Ce texte condamnait sans ambiguïté l’acte de Monseigneur Marcel Lefebvre tout en ouvrant simultanément un chemin de réconciliation. C’est cette ouverture qui permit notamment la création, le 18 juillet 1988, de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, ainsi que le développement de plusieurs communautés traditionnelles demeurées en pleine communion avec Rome, marquant durablement l’histoire de l’Église en France et bien au-delà. À l’inverse, observe-t-il, le texte publié aujourd’hui est un décret du Dicastère pour la doctrine de la foi, signé par le cardinal Víctor Manuel Fernández, et non un motu proprio du Saint-Père.

Notre interlocuteur regrette surtout que le nouveau texte ne reprenne pas l’un des passages les plus marquants d’Ecclesia Dei. Saint Jean-Paul II y reconnaissait en effet les « aspirations justes et légitimes » des fidèles attachés aux formes liturgiques et disciplinaires antérieures : « Pas un mot, cette fois, sur ces aspirations justes et légitimes. Pourtant, il y a seulement deux jours, le pape Léon XIV rappelait lui-même qu’il existait dans l’Église des communautés vivant légitimement de la tradition liturgique. Ce silence est étonnant. Il donne l’impression d’une moindre connaissance de la réalité traditionnelle qu’en 1988. » Mais peut-être faut-il attendre un texte plus pastoral à paraître dans les prochains jours ?

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Le prêtre s’arrête ensuite sur un passage précis de la note explicative accompagnant le décret : « L’Église, en mère pleine de sollicitude, accueillera avec une affection sincère et une vive bienveillance tous ceux qui souhaiteront revenir à la pleine communion. Les nonces apostoliques mettront en place les procédures que les Ordinaires pourront utiliser selon les différents cas. » Pour notre interlocuteur, c’est sans doute le point le plus sensible du document :

« Cette phrase est belle. Elle respire la sollicitude de l’Église. Mais la mention des nonces apostoliques suscite immédiatement des interrogations. Lorsque j’ai lu que « les nonces apostoliques mettront en place les procédures », je me suis immédiatement demandé comment cela pourrait être vécu en France. Beaucoup de prêtres connaissent les positions très réservées de Monseigneur Celestino Migliore à l’égard des communautés traditionnelles. Son action est souvent perçue comme profondément défavorable à la Tradition. Dès lors, annoncer que l’accueil passera par lui suscite davantage d’inquiétude que d’espérance. » Et il ajoute : « Beaucoup ont aujourd’hui le sentiment qu’il sera difficile de recréer un climat de confiance. Si Rome souhaite favoriser le retour de prêtres ou de fidèles de la Fraternité Saint-Pie X, il faudra que ceux qui les accueilleront inspirent confiance. C’est une condition essentielle si l’on veut que cette main tendue soit perçue comme authentique. » Sans remettre en cause la légitimité de l’autorité de l’Église ni la gravité objective des consécrations épiscopales célébrées sans mandat pontifical, il estime toutefois que la dimension pastorale du décret demeure incomplète.

Il ajoute « Les fidèles sont déjà profondément éprouvés. Beaucoup sont désemparés. Il faut certes leur rappeler qu’on ne peut durablement se dire catholique tout en appartenant à deux réalités ecclésiales séparées. Mais si l’on souhaite réellement favoriser des retours, encore faut-il leur ouvrir une porte visible. Punir est parfois nécessaire ; accueillir l’est tout autant. C’est précisément ce que saint Jean-Paul II avait su faire en 1988. » Notre interlocuteur veut néanmoins croire que tout n’est pas définitivement écrit. « Ce décret émane du Dicastère pour la doctrine de la foi. Peut-être le Saint-Père souhaitera-t-il encore y apporter sa propre empreinte pastorale. Beaucoup de prêtres et de fidèles sont prêts à quitter la Fraternité Saint-Pie X pour rejoindre de nouveau la pleine communion de l’Église. Ils attendent désormais un geste personnel de Léon XIV qui, dans la continuité de saint Jean-Paul II, saurait conjuguer la fermeté doctrinale et la miséricorde pastorale. »

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