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« Fake news » : quand un théologien choisit l’humiliation pour s’en prendre à la veillée de Léon XIV au stade France

Scène du Stade de France avant la venue du pape Léon XIV pour la veillée - @tribunechretienne
Scène du Stade de France avant la venue du pape Léon XIV pour la veillée - @tribunechretienne
Qualifier de « fake news » des traditions chrétiennes séculaires devant lesquelles des générations de fidèles se sont recueillies est proprement scandaleux. Derrière cette expression volontairement humiliante, c’est toute une conception de la transmission de la foi qui se trouve mise en accusation

REPONSE à Jean-Yves Chiron

Dimanche 18 octobre 2026, dans une tribune publiée par La Croix, Jean-François Chiron, prêtre du diocèse de Chambéry et professeur émérite de théologie à l’Université catholique de Lyon, s’en prend à plusieurs épisodes de la veillée organisée le 26 septembre au Stade de France, devant 80 000 jeunes réunis en présence de Léon XIV. Son titre donne immédiatement la mesure de l’accusation : « Les pieuses légendes assenées comme des évidences lors de la veillée du Stade de France discréditent l’Église ».

Il est vrai que, dans certains milieux ecclésiaux, une représentation un peu trop enthousiaste de l’histoire chrétienne de France paraît aussitôt suspecte. Que des dizaines de milliers de jeunes puissent en retirer une légitime fierté d’être catholiques semble presque aggraver le cas. Le verdict n’est jamais très loin : « identitaire ». Vade retro, Satana ! Il ne manquerait plus que cette jeunesse assume publiquement son héritage et s’en réjouisse ! Pourtant, Léon XIV lui-même a rappelé durant son voyage apostolique l’importance des racines chrétiennes de l’Europe et de l’héritage spirituel qui a façonné sa civilisation.

Le Stade de France n’était pas une chaire d’histoire ecclésiastique

Le théologien reproche aux organisateurs d’avoir présenté Marie-Madeleine et Lazare comme premiers évangélisateurs de la Gaule, ainsi que la sainte Tunique d’Argenteuil comme le vêtement porté par le Christ pendant sa Passion. Mais les organisateurs n’entendaient pas donner un cours d’histoire critique. Ils avaient conçu une fresque spirituelle destinée à transmettre aux jeunes la mémoire chrétienne de leur pays.

Depuis des siècles, l’Église recourt aux images et aux récits pour nourrir la foi. Le deuxième concile de Nicée, en 787, a défendu la légitimité des images sacrées. Sacrosanctum Concilium, au numéro 122, rappelle la vocation spirituelle de l’art religieux. Une représentation artistique n’est pas nécessairement une démonstration historique.

Marie-Madeleine en Provence : distinguer la tradition du fait historique

Jean-François Chiron invoque les travaux de Mgr Louis Duchesne, notamment son étude La légende de sainte Marie-Madeleine, publiée en 1893. L’historien a effectivement montré que les récits concernant l’arrivée de Marie-Madeleine, Lazare et Marthe en Provence reposent largement sur des élaborations médiévales. Il serait donc abusif de présenter leur arrivée vers l’an 44 comme historiquement démontrée. Mais cela ne rend pas illégitime l’évocation d’une tradition qui a façonné pendant des siècles la vie religieuse française. La Sainte-Baume, Saint-Maximin et Tarascon en témoignent. Le jésuite bollandiste Hippolyte Delehaye, dans ses Légendes hagiographiques (1905), distinguait précisément la valeur documentaire des récits et leur fonction spirituelle.

C’est ici que le vocabulaire du père Chiron devient particulièrement contestable. Parler de « fake news » à propos de traditions hagiographiques transmises depuis des siècles suggère une entreprise de désinformation. L’expression est péjorative et volontairement blessante pour les fidèles attachés à ces traditions. D’un théologien aussi averti, on pouvait attendre davantage de discernement entre légende, tradition religieuse et falsification.

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La sainte Tunique d’Argenteuil : une relique toujours honorée par l’Église

Le second reproche concerne la sainte Tunique d’Argenteuil. Or l’Église catholique n’a nullement désavoué cette relique. Du 18 avril au 11 mai 2025, sous l’autorité de Mgr Benoît Bertrand, évêque de Pontoise, elle a fait l’objet d’une ostension solennelle dans la basilique Saint-Denys d’Argenteuil. Le sanctuaire présente ce vêtement conformément à la tradition qui l’identifie à celui du Christ.

Certes, la reconnaissance ecclésiastique d’une dévotion ne constitue pas une certification scientifique de l’authenticité matérielle d’une relique. Mais comment reprocher aux organisateurs d’avoir évoqué un objet que l’Église continue elle-même d’honorer publiquement ? Faudrait-il également accuser l’évêque de Pontoise de discréditer l’Église lorsqu’il encourage cette vénération ?

Un partisan de la synodalité particulièrement sévère envers la piété populaire

Cette critique prend une résonance particulière lorsqu’on considère le parcours du père Chiron. Dans son étude Synodalité et ecclésiologie de l’Église universelle, publiée en 2018 dans Recherches de Science Religieuse, il défend une évolution des institutions ecclésiales vers davantage de synodalité, estimant que certaines initiatives romaines ont freiné ces transformations après Vatican II.

Ancien coprésident du Groupe des Dombes, engagé dans le dialogue œcuménique, il appartient à des milieux théologiques particulièrement attentifs à la diversité des expressions ecclésiales. D’où ce paradoxe : celui qui plaide pour une Église davantage à l’écoute de ses fidèles paraît singulièrement sévère lorsqu’une immense assemblée de jeunes catholiques célèbre les traditions religieuses de son pays. La piété populaire mérite certainement d’être éclairée par l’histoire. Mais doit-elle pour autant être accueillie avec autant de suspicion ?

La véritable crédibilité de l’Église

La foi catholique n’exige pas de croire à l’arrivée de Marie-Madeleine en Provence. Elle n’impose pas davantage de tenir pour scientifiquement authentique la Tunique d’Argenteuil. Mais elle reconnaît la valeur spirituelle des traditions qui ont accompagné la transmission du christianisme.

La crédibilité de l’Église ne dépend pas de l’authenticité historique de chacune de ses traditions hagiographiques. Elle repose d’abord sur la vérité de la foi apostolique et sur la fidélité au Christ.

Le 26 septembre, Léon XIV n’était pas venu donner une leçon sur les origines de l’évangélisation des Gaules. Il était venu appeler une nouvelle génération à la sainteté. Ses paroles, « Vous êtes les saints de France », donnaient à cette veillée sa véritable signification. L’histoire critique nous apprend ce que nous pouvons savoir du passé. La mémoire chrétienne nous rappelle ce que des générations de fidèles ont reçu, aimé et transmis. Les distinguer est une exigence intellectuelle. Les opposer systématiquement serait une singulière manière de comprendre l’histoire de l’Église.

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