La visite du pape Léon XIV au Cottolengo Don Orione, prévue le lundi 9 novembre à Claypole, dans la province de Buenos Aires, devait constituer l’un des moments les plus significatifs de son voyage en Argentine. Mais cette étape auprès de personnes handicapées et dépendantes suscite désormais des inquiétudes au sein du gouvernement du président Javier Milei. Selon plusieurs médias argentins, les autorités redouteraient les conséquences politiques des images et des paroles du souverain pontife dans un établissement directement confronté aux difficultés de financement du secteur médico-social.
Le 27 octobre, le journaliste argentin Beto Valdez a fait état, sur le réseau X, de tensions croissantes entre certains représentants du gouvernement et les organisateurs de la visite. Citant des sources impliquées dans les préparatifs, il affirme que l’exécutif chercherait à raccourcir le passage du Pape au Cottolengo et à limiter sa retransmission télévisée. Ces accusations n’ont toutefois été confirmées ni par le gouvernement argentin, ni par les autorités ecclésiastiques, ni par le Bureau de presse du Saint-Siège.
L’inquiétude politique ne date pourtant pas de cette révélation. Dès le 2 octobre, le média argentin TN rapportait les préoccupations de responsables gouvernementaux face à cette étape du voyage pontifical. Une source proche de l’exécutif aurait alors déclaré : « Lo del Cottolengo va a salir mal », autrement dit : « Cela va mal se passer au Cottolengo. » D’autres responsables estimaient néanmoins que Léon XIV privilégierait la dimension pastorale de sa visite plutôt qu’une confrontation avec les autorités.
Fondée dans l’esprit de saint Louis Orione, prêtre italien canonisé en 2004 par le pape Jean-Paul II, l’œuvre du Cottolengo accueille des personnes souffrant de handicaps lourds, souvent privées de soutien familial. L’établissement de Claypole héberge environ 400 résidents et incarne depuis des décennies l’engagement de l’Église auprès des plus vulnérables. Or, sa situation financière est devenue préoccupante. Selon une enquête de l’Associated Press publiée en septembre, ses responsables dénoncent l’interruption, depuis novembre 2025, de certaines livraisons publiques de médicaments, de protections, de matériel médical et de denrées alimentaires. L’institution doit désormais mobiliser ses ressources et faire appel à la générosité privée pour répondre à des besoins essentiels. Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de restrictions budgétaires engagées par le gouvernement Milei, dont la politique économique privilégie la réduction des dépenses publiques. Les financements destinés aux personnes handicapées constituent ainsi un sujet particulièrement sensible en Argentine.
Le 22 octobre, le quotidien espagnol El País rapportait d’ailleurs que le gouvernement avait soutenu à la Chambre des députés un texte visant à revaloriser certaines prestations et à régulariser des dettes envers les établissements spécialisés. Une évolution qui témoigne de l’importance politique prise par cette question à l’approche de la visite pontificale.
« La crainte des images et des paroles du Pape » confie un proche de Milei
C’est dans ce contexte que les révélations de Beto Valdez prennent une signification particulière. Selon ses sources, les désaccords concerneraient notamment la durée de la visite et les conditions de sa couverture médiatique. Mara Gorini, proche de Karina Milei, sœur du président et secrétaire générale de la présidence, occuperait une place centrale dans la coordination gouvernementale. La question de la retransmission appelle cependant une distinction. Le 15 octobre, Infobae indiquait déjà qu’une partie de la rencontre avec les résidents devait se dérouler sans caméras, afin de préserver leur intimité. Cette disposition ne saurait donc être assimilée, en elle-même, à une volonté de censure. I
Pour l’Église, l’enjeu dépasse les considérations politiques. En se rendant auprès de personnes lourdement handicapées, Léon XIV rappellera un principe fondamental de la doctrine sociale catholique : la dignité de toute vie humaine, indépendamment de son autonomie, de son état de santé ou de son utilité économique.
Le 24 octobre, le président argentin Javier Milei s’était pourtant montré favorable à la venue du souverain pontife. Interrogé sur Radio Mitre, il déclarait : « L’important, c’est qu’il se rétablisse et qu’il aille bien. Si, dans ces conditions, il peut venir en Argentine, alors joie, bénédictions, merveilleux ! » Il ajoutait : « Qu’il vienne en Argentine pendant le gouvernement que j’ai l’honneur de diriger est un accident historique. Ce qui est historique, c’est qu’il vienne en Argentine. » Ces propos prennent une résonance particulière lorsqu’on se souvient que le pape François, pourtant argentin, n’était jamais retourné dans son pays natal durant ses douze années de pontificat. Aucun motif unique n’avait été officiellement avancé pour expliquer cette absence, mais les profondes divisions politiques argentines, les relations parfois difficiles du pontife avec les gouvernements successifs et le risque d’instrumentalisation de sa présence ont régulièrement été évoqués. Javier Milei lui-même est revenu sur cette question le 24 octobre : « Je ne doute pas que le pape François voulait venir et je crois qu’il n’est pas venu parce qu’il savait que, s’il venait, cela provoquerait un tremblement de terre politique. Cela me le fait admirer davantage. »
Enfin précisons qu’à ce stade, aucune modification officielle du programme de Léon XIV n’a été annoncée. Les préparatifs prévoient une rencontre avec les résidents du Cottolengo, tandis qu’une visite dans l’un des pavillons conserverait un caractère privé afin de préserver leur intimité. Ainsi, au-delà des tensions politiques, cette étape du voyage pontifical apparaît déjà comme un moment particulièrement attendu. Sans avoir besoin de prononcer un discours politique, la seule présence du Pape auprès de ces personnes pourrait donner une visibilité internationale à leurs difficultés et rappeler que la protection des plus fragiles demeure une responsabilité essentielle de toute société.


