Réalisée à Zagreb à la fin du mois de mai et publiée en juillet, cette première grande interview de Monseigneur Filippo Iannone accordé à l’hebdomadaire catholique croate Glas Koncila expose la vision du nouveau pontificat sur le choix des évêques, mais aussi sur la synodalité, les mouvements ecclésiaux, la communion entre les Églises et un phénomène de plus en plus fréquent : le refus de l’épiscopat par certains prêtres.
D’emblée, le nouveau préfet pour les évêques insiste sur la continuité entre son action et celle de son prédécesseur. Le fait que Léon XIV ait lui-même dirigé le Dicastère pour les évêques avant son élection au pontificat constitue, selon lui, un véritable avantage « Il a donné une orientation au Dicastère et je me sens favorisé en poursuivant la ligne qu’il avait tracée », explique-t-il, soulignant les échanges réguliers qu’il entretient désormais avec le Saint-Père. Interrogé sur le profil des évêques recherchés aujourd’hui, le préfet dessine une figure avant tout spirituelle. Léon XIV rappelle régulièrement les grandes priorités pastorales de l’Église – l’évangélisation, l’attention aux plus pauvres ou encore la sauvegarde de la création –, mais le modèle demeure inchangé : « Le modèle essentiel de l’évêque est toujours, en tout temps, le Christ Bon Pasteur. » Le futur évêque doit être un homme de prière, de vie intérieure, capable d’accueillir, d’écouter, de collaborer et de servir les plus fragiles.
L’un des passages les plus marquants de cette interview concerne les mouvements et associations ecclésiales. Évoquant une récente rencontre de Léon XIV avec leurs représentants, Monseigneur Iannone rappelle que la diversité des charismes constitue une richesse, mais seulement lorsqu’elle demeure au service de la communion.
« Chaque groupe, chaque mouvement dans l’Église doit se considérer non comme le tout, mais comme une partie d’un corps qu’est la communauté diocésaine puis l’Église universelle », affirme-t-il. Avant d’ajouter cette mise en garde qui donne son relief à l’entretien : « Si la diversité se referme sur elle-même, elle devient un mal et fait du mal à l’Église. » Sans viser un courant particulier, le préfet rappelle que toute réalité ecclésiale est appelée à vivre en communion avec son évêque et avec l’Église universelle. Cette exigence d’unité conduit naturellement Monseigneur Iannone à définir la mission de l’évêque. « L’évêque est le père de toute la communauté », affirme-t-il. C’est précisément cette capacité à maintenir la communion entre les différentes sensibilités présentes dans un diocèse qui constitue désormais l’une des qualités les plus recherchées chez les candidats à l’épiscopat.
Le préfet revient également sur un phénomène peu connu mais de plus en plus fréquent : des prêtres refusent aujourd’hui leur nomination comme évêques. « Que des prêtres n’acceptent pas cette nomination est un fait », reconnaît-il sans détour. Il explique cette évolution par l’alourdissement considérable des responsabilités épiscopales, la complexité croissante de la gouvernance des diocèses, la diminution des vocations et le sentiment, chez certains prêtres, de ne pas être suffisamment préparés à une telle mission.
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Monseigneur Iannone apporte également un éclairage sur la synodalité, thème majeur de ces dernières années. Il met en garde contre une interprétation qui la réduirait à une simple revendication de droits ou à une logique parlementaire.
Les fidèles disposent déjà, rappelle-t-il, des moyens prévus par le droit canonique pour exprimer leurs attentes. La véritable synodalité consiste d’abord à partager la responsabilité de la mission de l’Église et à porter ensemble le poids de la vie diocésaine. C’est dans ce contexte qu’il révèle recevoir régulièrement des lettres de fidèles du monde entier signalant des difficultés dans leurs diocèses. Après examen, le Dicastère intervient lorsque ces signalements apparaissent fondés afin de restaurer la paix et la communion au sein des communautés concernées. Enfin, interrogé sur l’équilibre entre les Églises particulières et l’Église universelle, le préfet rappelle l’enseignement du concile Vatican II. Il cite également la célèbre maxime attribuée à saint Augustin : « Dans les choses nécessaires, l’unité ; dans les choses discutables, la liberté ; en toutes choses, la charité. » Une formule qui résume, selon lui, l’esprit dans lequel doivent s’exercer aujourd’hui le gouvernement des évêques et la vie de l’Église.
Par cette première grande interview, Monseigneur Filippo Iannone ne se contente pas de présenter le fonctionnement du Dicastère pour les évêques. Il offre surtout un premier aperçu de la manière dont Léon XIV entend conduire l’Église : une Église profondément missionnaire, fidèle à sa tradition, mais où la diversité des charismes ne peut porter du fruit qu’au service de l’unité et de la communion.
Tribune Chretienne vous propose l’intégralité de l’interview traduite en Français


