Des abus liés au ministère sacerdotal et des négligences dans l’exercice de ses fonctions sont les accusations portées contre le père Gebhard Paul Maria Sigl, co-fondateur, ancien supérieur et directeur spirituel pendant trente ans de la Famille de Marie (FM).
C’est le média italien Adista qui indique que le tribunal ecclésiastique, composé de trois canonistes — le salesien Mgr Markus Graulich, sous-secrétaire du Conseil pontifical pour les Textes législatifs, Grzegorz Erlebach (enseignant en Droit canon à la Grégorienne) et Ulrich Rhode (jésuite, doyen de la Faculté de Droit canon à la même université) — a prononcé, le 18 septembre dernier, une sentence de culpabilité.
Le 5 novembre, le dicastère compétent, celui du Clergé, a notifié le décret d’application, qui fournit des indications pour l’application des peines prescrites dans cette décision. Ainsi se termine le procès ecclésiastique qui a duré plus de deux ans et qui a concerné une figure accusée d’abus psychologiques et spirituels par de nombreux témoins et victimes, notamment parmi les anciens membres de la communauté.
La sentence, dont la partie exécutoire n’a pas été publiée mais dont le media italien Adista a obtenu des détails par des sources germanophones, comporte la signature des trois juges et l’approbation de la sentence par le Pape François, le 11 octobre. Ce détail implique que le père Sigl ne pourra pas faire appel.
Le contenu du décret d’application a été résumé dans un communiqué publié sur le site de la Famille de Marie le 6 novembre. Ce communiqué indique que la sentence a été notifiée au commissaire pontifical de l’OJSS et de la PDF-FM, Monseigneur Daniele Libanori, et qu’il a été « disposé que tous les membres en soient informés » ; il est précisé que le décret a été notifié au commissaire le 31 octobre, puis transmis le 5 novembre « à tous les évêques des diocèses où opèrent les associations OJSS et PDF-FM ».
Les lourdes interdictions imposées au père Sigl
Adista précise que la peine infligée inclut plusieurs interdictions pour une durée de dix ans, une période considérable pour un homme de 75 ans. Ces interdictions sont formulées de manière à éviter tout contournement : il lui est interdit de résider ou de séjourner jour et nuit dans un lieu où se trouvent des membres de la Famille de Marie et de l’Œuvre de Jésus Souverain Prêtre (OJSS), incluant non seulement les communautés, mais également tout lieu extérieur ; il ne peut pas administrer le sacrement de la confession, ni en faire la demande auprès de tout Ordinaire ; il lui est également interdit d’accepter des fonctions ou des responsabilités dans l’OJSS et la FM, d’exercer la direction spirituelle, de prêcher ou de diriger des retraites et des exercices spirituels, tout cela pour une durée de dix ans.
La sentence stipule également, sans indication de durée, l’interdiction d’intervenir dans la gestion des biens des associations civiles créées parallèlement aux communautés, qui gèrent les biens de la Famille de Marie en dehors de l’Église.
Concernant le décret d’application, il semble aller au-delà de la sentence, stipulant que « le Révérend P. Gebhard Paul Maria Sigl ne pourra avoir de relations avec les membres des Associations OJSS et PDF-FM pendant dix ans et ne pourra exercer les fonctions du ministère sacerdotal ni occuper de rôles dans les organes administratifs des Associations ; il devra également résider dans un lieu défini par le Commissaire pontifical ».
Cette interdiction d’officier publiquement la messe, bien qu’elle n’ait pas été spécifiée dans la sentence, souligne l’importance d’un suivi pour garantir le respect des restrictions imposées au père Sigl.
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Les motivations derrière la décision
Bien que la partie exécutoire de la sentence ne précise pas les motivations qui l’ont produite, certains éléments peuvent être déduits indirectement. Il semble que le but ait été de « détacher » Sigl de la communauté, en l’empêchant de maintenir son influence au sein de celle-ci, tout en cherchant à réduire son champ d’action au niveau public.
La sentence mentionne spécifiquement l’interdiction de poursuivre les activités ministérielles qui impliquent une relation personnelle avec d’autres personnes, telles que la confession et la direction spirituelle. Les témoignages d’anciens membres indiquent que c’était principalement à travers ces relations personnelles que le père Sigl exerçait une forme de manipulation psychologique et affective.
Il est donc évident que les témoignages et les plaintes à l’encontre du père Sigl ont été jugés crédibles et plausibles, ce qui est notable étant donné qu’il s’agit de l’un des premiers procès concernant des abus spirituels et psychologiques, sans qu’il s’agisse d’abus sexuels.
Adista explique que cette sentence est déjà un signal fort au sein d’une Église institutionnelle dont les dirigeants, comme l’affirme l’ancien juge ecclésiastique français, le père Pierre Vignon, « n’ont pas encore compris comment se débarrasser des manipulateurs ». La lenteur dans la publication de cette décision témoigne également du fait que l’Église « est très en retard et n’est pas encore préparée à faire face à ce type d’abus ».
De nombreuses interrogations émergent quant à l’avenir de la communauté, qui souhaite présenter une image ouverte au changement par crainte de dissolution, tout en restant majoritairement soudée autour de l’ancien supérieur.
Quelle sera la suite du gouvernement par intérim des commissaires, Mgr Daniele Libanori et Sœur Katharina Kristofova, nommés par le dicastère du Clergé ?
Qui seront les nouveaux dirigeants appelés à permettre à la communauté de vraiment tourner la page ? Dans quelle mesure les dynamiques de pouvoir et de pensée unique de Sigl ont-elles influencé les plus jeunes générations ?
Il reste à savoir comment le décret en préparation tiendra compte des blessures laissées par la violence psychologique, tant sur le plan physique que mental, subies par de nombreux membres et anciens membres de la communauté.