De Marseille à Jérusalem, de Tunis à Beyrouth, les communautés catholiques de la Méditerranée partagent une histoire commune, mais vivent des réalités profondément différentes. Certaines appartiennent à des sociétés où le christianisme demeure majoritaire ; d’autres cherchent à préserver leur présence au milieu de populations musulmanes ou dans des régions éprouvées par les conflits. C’est à ces Églises que le cardinal Jean-Marc Aveline entend donner les moyens de travailler davantage ensemble.
Vendredi 9 octobre, l’archevêque de Marseille, également président de la Conférence des évêques de France, a réuni à la Maison Sainte-Marthe, au Vatican, une quinzaine de responsables ecclésiastiques. Parmi eux figuraient les cardinaux Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, Matteo Zuppi, archevêque de Bologne, et Béchara Boutros Raï, patriarche maronite d’Antioche. L’entreprise dépasse désormais les rencontres fraternelles entre prélats. La Coordination ecclésiale de la Méditerranée (COMED), dont la direction a été confiée au cardinal Aveline, prend progressivement une forme institutionnelle.
Née dans le prolongement des Rencontres méditerranéennes de Marseille en 2023, voulues par le pape François, elle bénéficie aujourd’hui de l’attention de Léon XIV. Le diocèse de Marseille confirme d’ailleurs que cette mission constitue une responsabilité particulière de son archevêque, déjà membre de plusieurs dicastères romains.
À Rome, le cardinal Aveline a proposé à Monseigneur Nicolas Lhernould, archevêque de Tunis, d’accompagner la création d’une commission épiscopale au sein du COMED. Ce choix est significatif : en Afrique du Nord, où les catholiques sont minoritaires, la vie de l’Église repose largement sur le témoignage, le service et des relations quotidiennes avec des populations d’autres religions. Les travaux porteront notamment sur la paix, l’éducation, les migrations, l’écologie et le dialogue interreligieux. Mais leur véritable portée dépendra de la capacité des évêques à répondre aux besoins concrets de leurs communautés, particulièrement celles du Proche-Orient.
Cette dynamique méditerranéenne rejoint les initiatives prévues à Assise à l’occasion du quarantième anniversaire de la rencontre interreligieuse convoquée par saint Jean-Paul II en octobre 1986.
Selon l’agence italienne ANSA, une importante rencontre organisée par Sant’Egidio. Les représentants des différentes religions doivent disposer de lieux de prière distincts, chacun selon sa tradition, tandis que les responsables chrétiens se réuniront dans la basilique inférieure Saint-François. Une autre initiative, portée par le réseau franciscain Oikos du 27 au 29 octobre, doit associer douze sanctuaires mariaux méditerranéens, notamment Notre-Dame de la Garde à Marseille, Santa Cruz à Oran et la basilique de l’Annonciation à Nazareth.
Ces rencontres rappellent une exigence essentielle : la paix entre les peuples ne suppose pas l’effacement des convictions religieuses. Pour les catholiques, le dialogue trouve sa juste place lorsqu’il respecte la foi de chacun sans relativiser la singularité du Christ et la mission évangélisatrice de l’Église.
Le cardinal Aveline entend également associer la jeunesse à cette entreprise. En 2027, une centaine de jeunes de 18 à 30 ans doivent participer à une traversée méditerranéenne à bord du Rara Avis, entre Málaga et Alexandrie, avec des escales à Malte et en Sicile. Cette nouvelle expédition prolongera l’expérience du Bel Espoir, encouragée par Léon XIV. Au-delà de la navigation, l’objectif est de permettre à des jeunes de différentes confessions de mieux connaître les peuples et les réalités religieuses de la Méditerranée.
Pour l’archevêque de Marseille, l’enjeu dépasse ainsi la seule organisation de rencontres internationales. Il s’agit de construire des relations durables entre des Églises dont certaines vivent dans une grande précarité. La Méditerranée fut la mer des voyages de saint Paul et des premières missions chrétiennes. Elle demeure aujourd’hui un espace où l’Église doit défendre la paix, soutenir les chrétiens éprouvés et témoigner de l’Évangile. C’est dans cette fidélité à son histoire que l’initiative portée par le cardinal Aveline trouvera sa véritable fécondité.


