Tribune Chrétienne

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Photo by Chris Karidis

[ Triduum pascal ] Le mystère de la confrontation entre la vie et la mort

Dans les jours du Triduum, nous revivons le conflit apocalyptique entre la vie et la mort, la lumière et les ténèbres, la haine et l’amour. Et c’est un drame toujours d’actualité, qui concerne chacun de nous, notre destin éternel. Même dans la plus grande douleur, le Christ nous donne l’assurance qu’unis à Lui, nous ressusciterons pour une vie nouvelle.

Le Jeudi Saint, le Vendredi Saint, le Samedi Saint : ce sont des jours profondément imprégnés du souvenir de la Passion et de la mort du Christ, introduits dès la liturgie du Mercredi Saint qui nous conduit au Cénacle où les évangélistes rapportent le bref dialogue qui a eu lieu entre Jésus et Judas.

“Maître, suis-je celui-là ?” demande le traître au divin Maître, qui avait prédit : “En vérité, je vous le dis, l’un de vous me trahira.” Il répond : “Tu l’as dit” (cf. Mt 26,14-25).

Et le quatrième évangile clôt ce récit évoquant la trahison de Judas par une observation lapidaire : “Et c’était la nuit” (Jn 13,30).

Quand Judas quitte le Cénacle avec le cœur assailli par l’obscurité de la confusion intérieure, il se trouve dans une nuit profonde avec l’âme désormais déterminée à trahir le Maître.

C’était aussi la nuit dans le cœur des autres apôtres perdus et confus car ils ne comprenaient pas ce qui se passait.

C’était également la nuit dans le cœur du Christ qui voyait désormais approcher l’heure décisive de sa mission et savait qu’il devait accomplir le sacrifice de sa vie jusqu’à la dernière goutte de sang.

Dans les jours du Triduum Saint, nous revivons le conflit apocalyptique entre la vie et la mort, entre la lumière et les ténèbres, entre la haine et l’amour.

Tout cela n’est pas une histoire du passé, mais un drame très actuel qui concerne chacun de nous, appelés à décider du destin de notre existence. Un choix qui implique d’être conscients de la “nuit” qui habite notre intérieur, à cause de nos péchés.

Le Mystère pascal, c’est-à-dire la Passion, la Mort et la Résurrection du Seigneur, se renouvelle jusqu’à la fin du monde dans chaque célébration eucharistique. À la messe, donc, nous ne venons pas seulement prier, mais pour revivre le Mystère pascal, et c’est comme si nous retournions au Calvaire – car il s’agit en fait de la même réalité – pour participer avec foi à ce que le Christ a accompli pour la rédemption du monde.

Le Triduum pascal commence le Jeudi Saint dans l’après-midi/soir avec la Messe “in Cena Domini”, en mémoire de la Dernière Cène. En vérité, le matin, la Messe Chrismale est déjà célébrée, ce qui peut être anticipé pour des raisons pastorales l’un des jours précédents.

C’est l’évêque du diocèse qui la célèbre avec les diacres et les prêtres, ses collaborateurs les plus proches, qui, entourés du Peuple de Dieu, renouvellent les promesses faites le jour de leur Ordination sacerdotale.

C’est un moment émouvant pour l’évêque et pour les prêtres car cela met en lumière le don toujours non mérité du sacerdoce ministériel que le Seigneur a laissé à son Église, à la veille de sa mort sur la croix. On ressent la communion étroite et permanente, qui naît de l’ordination, entre l’évêque et les prêtres, et c’est un stimulant en cette veille de la Passion pour acquérir toujours une nouvelle conscience de la richesse du sacrement de l’Eucharistie et du Sacerdoce.

De plus, les Huiles pour la célébration des Sacrements sont bénies : l’Huile des Catéchumènes pour ceux qui se préparent au Baptême, l’Huile des Malades pour les personnes âgées et les malades, et le Saint Chrême avec lequel l’évêque ou le prêtre oint le baptisé, administre le sacrement de la Confirmation, oint les mains du prêtre et la tête dans la consécration de l’évêque.

Le soir du Jeudi Saint, en entrant dans le Triduum pascal, nous revivrons la Messe qui est célébrée dans la Cena Domini, c’est-à-dire la Messe où est commémorée la Dernière Cène et ce qui s’est passé là, à ce moment-là, dans le Cénacle. C’est le soir où le Christ a laissé à ses disciples le testament de son amour dans l’Eucharistie, mais pas comme un souvenir, mais comme un mémorial et comme sa présence permanente.

Dans ce Sacrement, Jésus a remplacé la victime sacrificielle – l’agneau pascal – par Lui-même : Son Corps et Son Sang nous libèrent de l’esclavage du péché et de la mort. Et ce même soir, Il nous a donné le nouveau commandement d’amour qui demande de nous aimer les uns les autres en nous faisant serviteurs les uns des autres, comme Il l’a fait en lavant les pieds de ses disciples. Un geste qui préfigure sa mort sur la croix dans le sacrement du pain et du vin transformés en son Corps et en son Sang. L’évangéliste Jean ne raconte pas l’institution de l’Eucharistie mais le lavement des pieds des disciples, le geste par lequel Il, ayant aimé les siens, a voulu exprimer Son amour jusqu’à la fin (cf. Jn 13,1).

C’est le testament d’amour qu’Il a laissé aux disciples comme leur distinction : croître dans l’humilité du service et aimer concrètement les gens jusqu’à donner leur vie pour chacun d’eux. Le geste de laver les pieds préfigure également le don du sacrement de la réconciliation ou de la pénitence qu’Il remettra aux apôtres le jour de la résurrection lorsqu’il apparaîtra en leur disant :

“Recevez l’Esprit Saint. À ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils seront pardonnés ; à ceux à qui vous ne pardonnerez pas les péchés, ils ne seront pas pardonnés”.

Après la Messe de la Cena Domini, la liturgie invite les fidèles à rester en adoration du Très Saint Sacrement, revivant l’agonie de Jésus au Gethsémani où les disciples ont dormi, le laissant seul. Aujourd’hui aussi, nous dormons souvent, nous ses disciples, et en cette nuit sacrée du Gethsémani, nous voulons nous engager à être plus vigilants afin de mieux comprendre le mystère du Jeudi Saint, qui inclut le triple don suprême du sacerdoce ministériel, de l’Eucharistie et du nouveau commandement d’amour fraternel qui s’exprime surtout dans le pardon donné et reçu.

Le Vendredi Saint est un jour de pénitence, de jeûne et de prière. Une liturgie très sobre nous rassemble au Calvaire pour commémorer la Passion et la Morte rédemptrice de Jésus-Christ à travers les textes de l’Écriture Sainte, en particulier la Passion selon saint Jean et les prières liturgiques. Suit le rite de l’adoration de la Croix, méditant sur le chemin de l’Agneau innocent immolé pour notre salut.

C’est le moment de porter dans la prière les souffrances des malades, des pauvres, des rejetés de notre société. Nous nous souviendrons des “agneaux immolés”, des victimes innocentes des guerres, des dictatures, des violences quotidiennes, des avortements.

En contemplant la Croix, nous prierons pour les nombreux crucifiés d’aujourd’hui, ceux qui peuvent seulement trouver réconfort en Jésus et donner un sens à leur souffrance. Depuis ce premier Vendredi Saint, le Christ a pris sur Lui les plaies de l’humanité et Son amour infini a irrigué les déserts de nos existences et illuminé les ténèbres de nos cœurs. Au Calvaire, Jésus s’est plongé dans la douleur du monde et l’a prise sur Lui en nous libérant du pouvoir des ténèbres du mal et de la mort.

Par ses plaies, nous avons été guéris (cf. 1 Pi 2,25), déclare l’apôtre Pierre, par sa mort, nous avons été régénérés, nous tous. Et grâce à Lui, abandonné sur la croix, plus personne n’est jamais seul dans les ténèbres de la mort. Jamais, car Dieu est toujours avec nous : il faut cependant ouvrir le cœur et se laisser regarder par Lui. La liturgie du Vendredi Saint se termine de manière simple avec la communion, en consommant les saintes espèces conservées de la Messe de la Cena Domini du jour précédent.

Intéressant ce commentaire du Vendredi Saint, attribué à saint Jean Chrysostome :

“Autrefois la croix signifiait le mépris, mais aujourd’hui elle est chose vénérable ; autrefois elle était symbole de condamnation, aujourd’hui elle est espérance de salut. Elle est devenue vraiment source de biens infinis ; elle nous a libérés de l’erreur, a éclairci nos ténèbres, nous a réconciliés avec Dieu, devenus ennemis de Dieu, elle nous a rendus ses proches ; d’étrangers elle nous a rendus ses voisins : cette croix est la destruction de l’inimitié, la source de la paix, le coffre-fort de notre trésor” (De cruce et latrone I,1,4).

Aujourd’hui également, la tradition chrétienne promeut de nombreuses manifestations de piété populaire, parmi lesquelles les célèbres processions du Vendredi Saint avec les rites suggestifs qui se répètent chaque année. Il existe également l’édifiant exercice du “Chemin de Croix”, qui nous offre tout au long de l’année la possibilité d’imprimer de plus en plus profondément dans notre âme le mystère de la Croix et de nous conformer intérieurement au Christ.

Saint Léon le Grand écrit que le Chemin de Croix nous apprend à “regarder avec les yeux du cœur Jésus crucifié, afin de reconnaître dans sa chair notre propre chair” (Discours 15 sur la Passion du Seigneur). Et c’est là la vraie sagesse du chrétien.

Le Samedi Saint est le jour du silence : un grand silence descend sur toute la Terre ; un silence vécu dans les pleurs et la désolation par les premiers disciples, bouleversés par la mort de Jésus qu’ils n’auraient jamais pu imaginer. La Vie est dans le tombeau et ceux qui avaient espéré en Jésus se sentent abandonnés, se sentent orphelins, peut-être même orphelins de Dieu.

Ce samedi est également le jour de Marie qui peut-être vit dans les pleurs, mais dont le cœur est plein de foi, d’espérance et d’amour. Elle est restée avec son fils jusqu’au pied de la croix, avec l’âme transpercée. Et maintenant que tout est fini, elle continue à veiller avec le cœur plein d’espérance car elle garde dans son âme la promesse que Dieu ressuscite les morts.

Ainsi, dans l’heure la plus sombre du monde, Marie devient la Mère des croyants, la Mère de l’Église et le signe d’espérance pour toute l’humanité. Soutenus par son intercession, nous trouvons la force de continuer à porter le poids de la croix, surtout lorsque cela devient trop dur pour chacun de nous.

La Veillée pascale.

Dans la nuit entre le samedi et le dimanche, le voile de tristesse qui enveloppe l’Église pour la mort et l’ensevelissement du Seigneur est rompu par le cri de la victoire : le Christ est ressuscité ! Il a vaincu pour toujours la mort ! Et avec les rites de la solennelle Veillée pascale, la joie et la lumière illuminent nos assemblées qui élèvent en chœur le chant festif de l’Alléluia. Ce sera la rencontre dans la foi avec le Christ ressuscité et la joie pascale se prolongera pendant les cinquante jours qui suivront, jusqu’à la venue du Saint-Esprit. Celui qui avait été crucifié est ressuscité !

Toutes les questions et les incertitudes, les hésitations et les peurs sont dissipées par la certitude que le Christ est ressuscité.

Il nous donne en effet l’assurance que le bien triomphe toujours du mal, que la vie l’emporte sur la mort et que notre fin n’est pas de descendre toujours plus bas de tristesse en tristesse, mais de monter avec confiance vers le haut.

Le Ressuscité confirme que Jésus a raison en tout : en nous promettant la vie au-delà de la mort et le pardon au-delà des péchés même si les disciples, doutant, ont eu du mal à le croire.

La première à croire et à voir a été Marie Madeleine, l’apôtre de la Résurrection envoyée pour répandre cette belle nouvelle aux disciples qui l’ont ensuite aussi vue. Et les gardes, les soldats, qui étaient dans le tombeau l’ont-ils vu ?

Nous ne le savons pas, mais ils en ont certainement pris note et le mystère de ce mystère est resté en eux. Il existe à ce sujet différentes versions dans les évangiles apocryphes et dans les écrits de certains mystiques dès les premiers siècles du christianisme. Une chose est cependant certaine : à partir de ce moment, il n’est plus important de chercher à voir Jésus avec les yeux, mais de le rencontrer avec le cœur en se fiant à Sa parole. Dans le Cénacle, Il s’était congédié des apôtres avec ces paroles : “Dans le monde, vous aurez des tribulations, mais prenez courage : j’ai vaincu le monde” (Jn 16,33).

Je souhaite à tous de vivre avec foi le Triduum Saint 2024 !

Source La Bussola.Giovanni d’Ercole

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