Ce lundi 19 octobre, le Saint-Siège a annoncé, la nomination de 24 membres de la Commission théologique internationale. Derrière cette décision, qui pourrait sembler relever du fonctionnement ordinaire des institutions romaines, se dessinent plusieurs sensibilités intellectuelles dont l’influence mérite d’être examinée. Instituée en 1969 par Paul VI, la Commission théologique internationale rassemble des théologiens chargés d’approfondir les grandes questions doctrinales auxquelles l’Église est confrontée. Placée sous la présidence du préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, elle exerce une fonction consultative. Ses travaux peuvent nourrir la réflexion du Saint-Siège, mais ne possèdent pas, en eux-mêmes, l’autorité du magistère.
Les nominations de Léon XIV réunissent des spécialistes de la théologie dogmatique, de l’Écriture sainte, de la patristique, de l’œcuménisme et de l’anthropologie chrétienne. Si plusieurs profils témoignent d’un attachement aux grandes sources de la Tradition catholique, d’autres appellent une attention particulière en raison de leurs domaines de recherche et de leur participation aux débats théologiques contemporains.
Khaled Anatolios, un théologien profondément enraciné dans la doctrine des Pères
Parmi les personnalités les plus remarquables figure le père Khaled Emmanuel Anatolios, directeur du département de théologie de l’université Notre-Dame, aux États-Unis. Spécialiste de saint Athanase, des controverses trinitaires et de la théologie des premiers siècles, il a consacré une part essentielle de ses recherches à la formation et à la transmission du dogme chrétien. Son ouvrage Retrieving Nicaea, publié en 2011, constitue une contribution importante à la compréhension de la doctrine trinitaire.
Ses travaux rappellent une exigence fondamentale : la théologie ne peut se réduire à l’analyse des évolutions sociologiques ou des pratiques pastorales. Elle doit d’abord s’enraciner dans la Révélation, l’Écriture sainte et la Tradition vivante de l’Église. Sa nomination souligne ainsi la place accordée à une théologie attentive à la continuité doctrinale et à l’héritage des Pères de l’Église.
Michel Fédou, l’héritage patristique et le dialogue œcuménique
Autre personnalité de premier plan, le père Michel Fédou, jésuite français et professeur émérite aux Facultés Loyola Paris, est un spécialiste reconnu d’Origène, de la christologie et de la théologie patristique.Lauréat du prix Ratzinger en 2022, il appartient à une tradition intellectuelle soucieuse de faire dialoguer les grandes sources du christianisme avec les interrogations contemporaines.Son engagement dans la recherche œcuménique, notamment au sein du Groupe des Dombes, témoigne également d’une volonté de rapprochement entre les différentes confessions chrétiennes.
Il serait toutefois réducteur de présenter Michel Fédou comme un théologien conservateur au sens strict. Son œuvre conjugue fidélité aux sources anciennes, réflexion sur le développement de la doctrine et ouverture au dialogue. Sa nomination confirme néanmoins l’importance accordée à une connaissance approfondie des fondements historiques et théologiques de la foi.
Jan-Heiner Tück, une approche de la Tradition attentive à Vatican II
Le théologien autrichien Jan-Heiner Tück, professeur de dogmatique et d’histoire des dogmes à l’université de Vienne, représente une autre sensibilité.Proche de l’univers intellectuel de la revue Communio, fondée notamment autour de Joseph Ratzinger et de Hans Urs von Balthasar, il s’intéresse particulièrement à la réception du concile Vatican II, à la liturgie et aux rapports entre Tradition et développement doctrinal. Ses interventions témoignent d’une volonté de penser la continuité de la foi catholique à travers les évolutions de la vie ecclésiale. Son approche accorde une place importante à la réception de Vatican II et refuse une conception de la Tradition qui serait exclusivement tournée vers le passé.
Cette orientation ne permet pas de le classer parmi les théologiens progressistes au sens habituel du terme. Elle mérite néanmoins d’être relevée, tant les questions relatives à la liturgie et à l’interprétation du Concile demeurent sensibles dans l’Église.
Claudia Leal Luna, une nomination à observer sur la morale familiale
La présence de Claudia Leal Luna, professeure à l’Institut pontifical théologique Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille, à Rome, mérite également une attention particulière. Cette institution a connu d’importantes transformations sous le pontificat de François, suscitant des interrogations sur la place de l’héritage doctrinal de saint Jean-Paul II, notamment en matière de morale conjugale et d’anthropologie chrétienne.
Claudia Leal Luna a notamment consacré des travaux à la réception d’Amoris laetitia au Chili. Sa nomination intervient alors que l’interprétation de cette exhortation apostolique continue de soulever des questions importantes concernant l’indissolubilité du mariage, l’accompagnement des personnes divorcées remariées et la discipline sacramentelle.
Il serait néanmoins prématuré de lui attribuer des positions doctrinales précises sans examiner l’ensemble de ses publications. Son appartenance à l’Institut Jean-Paul II ne suffit pas davantage à établir une adhésion à toutes les orientations qui y ont été développées ces dernières années.Cette nomination constitue donc moins un motif de jugement immédiat qu’un point de vigilance légitime sur l’orientation des futurs travaux de la Commission.
Anne-Sophie Vivier-Muresan, le dialogue avec les traditions chrétiennes orientales et l’islam
Parmi les deux théologiens rattachés à des institutions françaises figure également Anne-Sophie Vivier-Muresan, doyenne de la faculté de théologie de l’Institut catholique de Paris. Ses travaux portent notamment sur les traditions chrétiennes orientales, l’œcuménisme et le dialogue islamo-chrétien.Cette spécialisation témoigne de l’importance accordée aux relations entre les traditions religieuses. Elle appelle également une exigence théologique essentielle : le dialogue, aussi nécessaire soit-il, ne saurait conduire à relativiser l’unicité du Christ ni la mission salvifique de l’Église.
Rien ne permet cependant d’affirmer que la nouvelle membre de la Commission défendrait une telle relativisation. Il convient donc de distinguer ses domaines de recherche des positions doctrinales qui pourraient lui être attribuées.
Une diversité théologique qui devra demeurer au service de la foi
Ces nominations ne dessinent pas une orientation intellectuelle uniforme. Elles réunissent des spécialistes profondément enracinés dans la patristique et la théologie dogmatique, des chercheurs engagés dans le dialogue œcuménique et des universitaires travaillant sur les questions contemporaines de morale et d’anthropologie.Cette diversité ne constitue pas en elle-même une difficulté. L’histoire de l’Église témoigne de la richesse des écoles théologiques, pourvu que leurs recherches demeurent ordonnées à une même exigence de fidélité à la Révélation.
La présence de théologiens comme Khaled Anatolios, Michel Fédou ou Boyd Taylor Coolman, spécialiste de la pensée médiévale, rappelle l’importance des grandes traditions intellectuelles qui ont nourri la foi catholique au cours des siècles.
D’autres profils, notamment ceux liés aux débats sur la famille, la liturgie ou le dialogue interreligieux, mériteront d’être suivis à travers leurs contributions effectives aux travaux de la Commission. Il serait excessif de voir dans cette liste l’annonce d’un tournant doctrinal ou la victoire d’une sensibilité sur une autre. Les nominations ne suffisent pas, à elles seules, à déterminer les orientations que prendront les futurs travaux.
Une conviction demeure cependant fondamentale : la théologie catholique n’a pas pour mission de réinventer la foi selon les circonstances, mais d’en approfondir l’intelligence à la lumière de l’Écriture, de la Tradition et du magistère de l’Église. C’est à cette exigence que devront répondre les travaux de la Commission renouvelée par Léon XIV. La fidélité à la Tradition n’est pas un obstacle à la recherche théologique ; elle en constitue l’un des fondements indispensables.
Liste intégrale des 24 membres nommés par Léon XIV
Selon le bulletin officiel du Saint-Siège du 19 octobre 2026 (B0821).
- Mgr Carlo Dell’Osso — Secrétaire de l’Institut pontifical d’archéologie chrétienne.
- Mgr Lubomír Žák — Professeur à la faculté de théologie Cyrille-et-Méthode de l’université Palacký d’Olomouc, République tchèque.
- Père Khaled Emmanuel Anatolios — Directeur du département de théologie de l’université Notre-Dame, États-Unis.
- Père Ángel Cordovilla Pérez — Doyen des facultés de théologie et de droit canonique de l’université pontificale Comillas, Madrid, Espagne.
- Père Tiago de Fraga Gomes — Professeur à l’université pontificale catholique du Rio Grande do Sul, Porto Alegre, Brésil.
- Père Gilbert De Lima — Secrétaire exécutif de la Commission pour la théologie et la doctrine de la Conférence des évêques catholiques de l’Inde.
- Père Clarence Devadass — Directeur du Catholic Research Centre, Kuala Lumpur, Malaisie.
- Père Fabricio Leonel Forcat — Professeur associé à l’université catholique argentine, Buenos Aires.
- Père Julián Arturo López Amozurrutia — Doyen de la faculté de théologie de l’université pontificale du Mexique.
- Père Gaston Ogui Cossi — Responsable de l’unité universitaire de Bobo-Dioulasso de l’université catholique de l’Afrique de l’Ouest, Bénin.
- Père Csaba Török — Professeur associé à l’École supérieure de théologie d’Esztergom, affiliée à l’université catholique Péter Pázmány, Hongrie.
- Père Paul Béré, S.J. — Doyen de la faculté biblique de l’Institut biblique pontifical de l’université pontificale grégorienne, Rome.
- Père Michel Fédou, S.J. — Professeur émérite aux Facultés Loyola Paris, France.
- Père Bernhard Knorn, S.J. — Professeur à l’École supérieure de philosophie et de théologie Sankt Georgen, Francfort, Allemagne.
- Père Patrick Mwania, C.S.Sp. — Vice-chancelier de l’université Tangaza, Nairobi, Kenya.
- Père Jorge Alejandro Scampini, O.P. — Professeur à l’université catholique argentine, Buenos Aires.
- Sœur Shu Chin (Maria Teresa) Hu, F.I. — Professeure à la faculté de théologie Fu Jen Saint-Robert-Bellarmin, Taipei, Taïwan.
- Teresa Hyeon Soon Choi — Professeure associée à l’université Sogang, Séoul, Corée du Sud.
- Boyd Taylor Coolman — Professeur associé au département de théologie du Boston College, États-Unis.
- Maria Teresa Fattori — Chercheuse à l’université de Teramo, Italie.
- Claudia Leal Luna — Professeure à l’Institut pontifical théologique Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille, Rome.
- Sara Parvis — Professeure associée à la faculté de théologie de l’université d’Édimbourg, Écosse.
- Jan-Heiner Tück — Responsable du département de dogmatique et d’histoire des dogmes de l’université de Vienne, Autriche.
- Anne-Sophie Vivier-Muresan — Doyenne de la faculté de théologie de l’Institut catholique de Paris, France.
Source : Salle de presse du Saint-Siège, bulletin B0821, 19 octobre 2026.


