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Le pape Léon XIV reçoit Monseigneur Carlos Gutiérrez, évêque expulsé et témoin des persécutions de l’Église par le régime Ortega

Lundi 12 octobre, Léon XIV a reçu Mgr Carlos Enrique Herrera Gutiérrez, président de la Conférence épiscopale du Nicaragua, expulsé de son pays en novembre 2024. Une rencontre importante alors que le régime de Daniel Ortega et de son épouse Rosario Murillo poursuit sa répression contre l'Église catholique

Le Bureau de presse du Saint-Siège a annoncé que Léon XIV avait reçu en audience Monseigneur Carlos Enrique Herrera Gutiérrez, évêque de Jinotega et président de la Conférence épiscopale du Nicaragua. Derrière cette annonce figure l’une des situations les plus préoccupantes pour la liberté religieuse en Amérique latine. Le prélat franciscain ne peut plus exercer son ministère dans son pays depuis son expulsion, en novembre 2024, par les autorités nicaraguayennes.

Le Vatican n’a pas précisé la teneur de cet entretien. Mais cette audience intervient alors que l’Église catholique du Nicaragua subit depuis plusieurs années une répression qui a conduit à l’emprisonnement d’évêques, à l’expulsion de prêtres et de religieux, à la fermeture d’institutions catholiques et à l’interdiction de manifestations publiques de la foi. Le 10 novembre 2024, alors qu’il célébrait la messe dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Jinotega, Mgr Herrera avait dénoncé les nuisances provoquées par une manifestation organisée par les autorités municipales. Une sonorisation diffusant de la musique à un volume élevé perturbait la célébration eucharistique. L’évêque avait publiquement qualifié cette attitude de sacrilège.

Trois jours plus tard, le 13 novembre, il était expulsé vers le Guatemala, où il fut accueilli par sa communauté franciscaine. Le président de la Conférence épiscopale rejoignait ainsi plusieurs autres prélats contraints de quitter le Nicaragua.

Pour comprendre cette persécution, il faut revenir à avril 2018. Une vague de manifestations contre le gouvernement provoque alors une crise politique majeure. Des paroisses accueillent des manifestants blessés, tandis que plusieurs évêques dénoncent les violences commises par les forces de sécurité. Daniel Ortega, ancien dirigeant de la révolution sandiniste revenu au pouvoir en 2007, accuse progressivement l’Église de soutenir ses adversaires politiques. En mars 2022, le nonce apostolique, Mgr Waldemar Sommertag, est expulsé. En février 2023, Mgr Rolando José Álvarez, évêque de Matagalpa, est condamné à 26 ans et quatre mois de prison après avoir refusé de quitter son pays. Il sera finalement expulsé vers Rome en janvier 2024, avec d’autres ecclésiastiques détenus. Mgr Isidoro Mora, évêque de Siuna, connaît également l’arrestation puis l’exil. Mgr Silvio Báez, évêque auxiliaire de Managua, avait déjà quitté le Nicaragua en 2019 après avoir reçu des menaces de mort.

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La persécution ne concerne pas uniquement les évêques. Elle touche désormais l’organisation même de la vie catholique.

Selon la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF), des milliers de processions et manifestations de piété ont été interdites depuis 2019. Durant le Carême 2026, plus de 400 chemins de croix publics auraient été empêchés. En mars 2026, les autorités auraient également interdit les ordinations sacerdotales et diaconales dans quatre diocèses, dont ceux de Jinotega, Siuna, Matagalpa et Estelí. Ces restrictions compromettent directement le renouvellement du clergé et la continuité de la vie sacramentelle. Les autorités ont également procédé à la fermeture d’organisations religieuses, à des confiscations de biens et à l’expulsion de membres de congrégations. Les communautés protestantes sont elles aussi touchées.

Depuis la réforme constitutionnelle de 2025, Daniel Ortega partage officiellement la présidence avec son épouse Rosario Murillo. Le couple dirige un système politique dans lequel les contre-pouvoirs ont été progressivement neutralisés. Les organisations religieuses indépendantes, particulièrement lorsqu’elles dénoncent les violations des droits fondamentaux, sont considérées comme des foyers potentiels de contestation.

Le régime ne se contente plus de sanctionner les responsables ecclésiastiques qui le critiquent. Il cherche également à contrôler l’expression publique de la religion, jusqu’à restreindre les processions traditionnelles et les activités pastorales.

En recevant Monseigneur Herrera, Léon XIV accueille un évêque qui demeure officiellement pasteur de son diocèse, mais que les autorités civiles empêchent d’y exercer librement sa mission. Aucune déclaration officielle n’a été publiée sur le contenu de leur conversation. Cette audience témoigne néanmoins de l’attention portée par le Saint-Siège à une Église éprouvée, dont les fidèles continuent de pratiquer leur foi dans un climat de surveillance et d’intimidation.

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