À quelques jours du voyage apostolique de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre, le Bureau de presse du Saint-Siège a publié, ce vendredi 18 septembre, un document statistique particulièrement éclairant sur la situation de l’Église catholique en France. Intitulé « Cadre statistique pastoral de l’Église catholique en France pour les années 1980 à 2024 », il a été préparé par l’Office central de statistique de l’Église à partir des Annuaires statistiques de différentes années.Six dates permettent de suivre cette évolution : 1980, 1990, 2000, 2010, 2020 et 2024. Et certains chiffres sont saisissants.
Premier constat : le nombre de catholiques baptisés n’a pas diminué en valeur absolue. La France comptait 53,71 millions d’habitants en 1980, dont 45,503 millions de catholiques baptisés. En 2024, pour 66,352 millions d’habitants, le Saint-Siège en comptabilise 49,72 millions. La proportion a néanmoins reculé : 84,72 % de la population en 1980 contre 74,93 % en 2024.
Cette statistique ne signifie évidemment pas que trois Français sur quatre pratiquent aujourd’hui la religion catholique ou même se déclarent catholiques. Elle correspond au décompte ecclésial des baptisés. Le contraste avec les autres données est précisément l’un des enseignements les plus intéressants du document. Au sommet de l’organisation ecclésiale, les chiffres sont relativement stables : la France comptait 98 circonscriptions ecclésiastiques en 1980, contre 99 en 2024. Le nombre d’évêques est passé de 197 à 186, après avoir atteint 206 en 1990.
À l’échelle paroissiale, en revanche, le paysage a été profondément bouleversé. 38 391 paroisses en 1980, 10 925 en 2024
Le nombre de paroisses est passé de 38 391 en 1980 à 10 925 en 2024, après 34 885 en 1990, 22 156 en 2000, 15 765 en 2010 et 13 577 en 2020. La diminution dépasse donc 71 % en quarante-quatre ans. Il ne faut pas confondre paroisses et églises. Une part importante de cette évolution provient des regroupements canoniques opérés dans les diocèses. Mais ces regroupements sont eux-mêmes révélateurs de la diminution des forces sacerdotales disponibles.
De 38 876 prêtres à 12 590 : C’est en effet du côté des prêtres que l’évolution apparaît avec le plus de force.
La France comptait 38 876 prêtres en 1980. Ils étaient 32 267 en 1990, 25 353 en 2000, 19 349 en 2010, 14 263 en 2020 et seulement 12 590 en 2024. Leur nombre a donc diminué de près de 68 %. Pour les seuls prêtres diocésains, la chute est considérable : 31 481 en 1980 contre 9 095 en 2024. Les prêtres religieux sont, eux, passés de 7 395 à 3 495. Une autre donnée illustre un renversement historique. La différence entre les prêtres diocésains partis à l’étranger et ceux venus de l’étranger était positive de 267 en 1980 et de 224 en 1990. Elle devient négative en 2000, à -99, puis atteint -967 en 2010, -1 532 en 2020 et -1 550 en 2024.
La France, qui fut pendant des générations une immense terre d’envoi missionnaire, dépend désormais elle-même de nombreux prêtres venus de l’étranger pour assurer son ministère pastoral.
87 044 religieuses en 1980, 17 452 en 2024 : La diminution la plus spectaculaire concerne peut-être les religieuses professes.
Elles étaient 87 044 en 1980. Leur nombre tombe à 65 178 en 1990, 48 499 en 2000, 34 846 en 2010, 21 478 en 2020 et seulement 17 452 en 2024. Cela représente une diminution de près de 80 % en quarante-quatre ans. Les religieux profès non prêtres sont parallèlement passés de 5 333 à 2 126. Derrière ces statistiques se trouve une transformation considérable du visage quotidien de l’Église en France. Pendant des générations, les congrégations religieuses ont assuré une présence dans les écoles, les hôpitaux, les maisons de retraite, les œuvres caritatives, mais aussi dans les monastères et les communautés apostoliques.
Des séminaires qui ne compensent pas les départs
Le nombre de grands séminaristes était de 1 278 en 1980. Il avait progressé à 1 521 en 1990 puis à 1 537 en 2000. Il est ensuite retombé à 1 340 en 2010, 1 295 en 2020 et 1 075 en 2024.Un mouvement exactement inverse apparaît pour les diacres permanents. Ils n’étaient que 108 en 1980. Ils sont 634 en 1990, 1 622 en 2000, 2 421 en 2010, 2 910 en 2020 et 3 147 en 2024. Leur nombre a donc été multiplié par près de trente.
513 501 baptêmes en 1980, 186 165 en 2024 : Les statistiques sacramentelles permettent de mesurer une autre dimension de cette transformation.
Le nombre annuel de baptêmes est passé de 513 501 en 1980 à 186 165 en 2024. Entre les deux, le Saint-Siège recensait 472 130 baptêmes en 1990, 401 054 en 2000, 306 841 en 2010 et 173 300 en 2020. Une remontée apparaît donc entre 2020 et 2024, même si la comparaison avec l’année 2020, profondément perturbée par la pandémie, doit être considérée avec prudence.
Les mariages religieux ont chuté de plus de 80 % : Le recul des mariages religieux est encore plus spectaculaire.
Ils étaient 217 479 en 1980. Ils ne sont plus que 40 678 en 2024, après 147 146 en 1990, 122 580 en 2000, 75 635 en 2010 et 36 916 en 2020. La diminution dépasse 81 % depuis 1980. Pour les confirmations, dont la donnée de 1980 n’est pas disponible, le nombre passe de 91 281 en 1990 à 62 003 en 2000, 45 911 en 2010, 36 329 en 2020 puis 46 539 en 2024. Même constat pour les premières communions : 230 629 en 1990 contre 73 143 en 2024, après 201 542 en 2000, 130 651 en 2010 et 80 094 en 2020.
L’enseignement catholique résiste : Au milieu de cette contraction générale, un indicateur se distingue nettement : celui de l’enseignement.
Les établissements d’enseignement recensés par l’Église accueillaient 1 959 480 élèves en 1980. Ils en comptaient 2 044 874 en 1990, 2 001 810 en 2000, 2 039 144 en 2010, 2 236 079 en 2020 et 2 234 563 en 2024. Alors que le nombre de prêtres, de religieuses et de célébrations sacramentelles s’est considérablement réduit, l’enseignement demeure ainsi l’un des principaux lieux de présence de l’Église dans la société française. Les établissements d’assistance et de bienfaisance sont, quant à eux, passés de 1 944 en 1980 à 1 626 en 1990, 1 378 en 2000, 1 184 en 2010 et 789 en 2020. Le Saint-Siège en recense 1 119 en 2024.
Léon XIV arrive dans une autre France catholique : c’est donc cette Église que Léon XIV vient visiter.
En quarante-quatre ans, alors que la population française augmentait de près de 13 millions d’habitants, le pays est passé de 38 876 à 12 590 prêtres, de 38 391 à 10 925 paroisses, de 87 044 à 17 452 religieuses, de 513 501 à 186 165 baptêmes annuels et de 217 479 à 40 678 mariages religieux.
Ces chiffres disent l’effacement considérable d’un catholicisme qui structurait encore profondément la société française à la fin du XXe siècle. Ils ne suffisent cependant pas à décrire entièrement la situation présente. Depuis quelques années, l’Église de France constate une progression importante des baptêmes d’adultes et du nombre de catéchumènes, particulièrement sensible chez les jeunes générations. Ce mouvement ne saurait compenser, à lui seul, quatre décennies de recul institutionnel, démographique et sacramentel. Mais il introduit une donnée nouvelle dans un paysage que l’on croyait parfois condamné à un déclin continu.
Le catholicisme français que découvrira Léon XIV n’est plus celui d’une appartenance sociale largement transmise de génération en génération. Il dispose de beaucoup moins de prêtres et de religieuses, ses paroisses ont été profondément restructurées et la pratique sacramentelle s’est considérablement contractée. Mais dans le même temps, des hommes et des femmes découvrent aujourd’hui la foi sans l’avoir nécessairement reçue de leur famille. C’est peut-être là que se joue une partie de l’avenir.
À une semaine de l’arrivée du Pape, le Bureau de presse du Saint-Siège ne publie donc pas seulement une succession de statistiques. Ces quarante-quatre années de chiffres montrent l’ampleur de la transformation du catholicisme français. Léon XIV arrive dans une Église incontestablement plus fragile que celle de 1980, mais où les signes récents de conversion posent désormais une question essentielle : après la fin d’un monde catholique, quel visage l’Église de France est-elle appelée à prendre ?


