Ce samedi 7 novembre 2026, au parc París Londres de Paysandú, le pape Léon XIV a célébré sa première messe sur le sol uruguayen, deuxième journée de son voyage apostolique en Uruguay, en Argentine et au Pérou. Après avoir rappelé, à bord de l’avion qui le conduisait à Montevideo, sa détermination à accomplir cette visite malgré sa récente opération pulmonaire, le Souverain Pontife a livré une homélie profondément missionnaire, articulée autour de la fidélité doctrinale, de la transmission de la foi et de la communion ecclésiale.
Au cœur de son enseignement, une exhortation particulièrement significative : « Nous devons être bien préparés à rendre compte de notre foi à quiconque nous le demande et ne pas nous laisser entraîner “par toutes sortes de doctrines étrangères”. »
En reprenant cette mise en garde de l’épître aux Hébreux, Léon XIV rappelle une exigence fondamentale de la vie chrétienne : la charité ne saurait se construire au détriment de la vérité révélée. L’ouverture aux autres, si nécessaire soit-elle, suppose une identité spirituelle et doctrinale suffisamment solide pour résister aux confusions. Cette conviction traverse toute l’homélie. Évoquant le pont international General Artigas, qui relie l’Uruguay à l’Argentine, le Saint-Père souligne la vocation des chrétiens à devenir des artisans d’unité : « C’est pourquoi il est si important d’être un bâtisseur de ponts ! »
Mais cette ouverture comporte une condition essentielle : « Il est nécessaire que le pont repose sur de solides fondations, afin qu’il ne succombe pas aux courants les plus déchaînés. »
La métaphore est particulièrement éclairante sur le plan ecclésiologique. Une Église qui cherche à rejoindre le monde ne peut renoncer à ce qui fonde sa propre mission : annoncer Jésus-Christ, transmettre fidèlement l’Évangile et conduire les âmes vers le salut. Le dialogue n’est pas une dilution de la foi, mais l’une des expressions de sa force missionnaire.
Le Pape a également rendu hommage au bienheureux Jacinto Vera, premier évêque de Montevideo, figure majeure du catholicisme uruguayen. Surnommé l’« évêque gaucho », ce pasteur parcourait à cheval d’immenses distances pour visiter les fidèles et secourir les malades. Lors du siège de Paysandú, en 1864, il porta assistance aux blessés des deux camps. À travers cet exemple, Léon XIV rappelle que la fidélité à la doctrine ne saurait être dissociée de la charité concrète. L’orthodoxie de la foi trouve son prolongement naturel dans le service du prochain.
« Le message que nous annonçons ne nous appartient pas. C’est un trésor que nous avons reçu du Seigneur, et nous le portons dans des vases d’argile », a-t-il déclaré, reprenant saint Paul.
Cette affirmation possède une portée théologique considérable. L’Église n’est pas propriétaire de la Révélation. Elle en est la dépositaire et la servante. Sa mission consiste à transmettre ce qu’elle a reçu, non à remodeler le contenu de la foi selon les sensibilités successives des époques.
Le Saint-Père a ensuite évoqué les palmeraies uruguayennes, dont les racines profondes permettent aux arbres de résister aux vents. Il y voit une image de la vie chrétienne : « Nous enraciner en Christ, l’Alpha et l’Oméga, le Commencement et la Fin de notre vie. » Enfin, prenant l’exemple du maté, symbole sud-américain de convivialité et de partage, Léon XIV a rappelé que la foi se transmet également dans la proximité quotidienne, au sein des familles et des communautés. Son appel final ne laisse aucune ambiguïté sur la finalité de cette communion : « Soyez des ponts, afin que beaucoup puissent rencontrer Jésus. »
Et de conclure par une interpellation personnelle : « Le Christ compte sur vous ! Le Christ compte sur toi ! »
À Paysandú, Léon XIV a ainsi rappelé une vérité centrale de la tradition catholique : l’Église ne construit véritablement l’unité que lorsqu’elle demeure enracinée dans le Christ. Sa vocation n’est pas simplement de rapprocher les hommes, mais de les conduire à Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.
VOYAGE APOSTOLIQUE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
EN URUGUAY, EN ARGENTINE ET AU PÉROU
6-17 novembre 2026
HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE
Parc París Londres, Paysandú
Samedi 7 novembre 2026
Chers frères et sœurs,
c’est la première messe de ma visite que je célèbre sur le sol d’Uruguay ; soyez remerciés pour votre présence. Les lectures que nous venons d’entendre nous décrivent la figure d’un homme juste, que le Seigneur aide et fortifie afin qu’il mène à bien la mission qui lui a été confiée. Saint Paul, dans la lettre qu’il adresse aux Philippiens, remercie la communauté pour son soutien dans sa tâche missionnaire, conscient que, dans sa pauvreté, Dieu est toute sa richesse, et que la Divine Providence se manifeste à travers les frères auprès desquels il a été envoyé.
Le psaume, quant à lui, déclare bienheureux celui qui aime la loi du Seigneur et dont les œuvres sont en accord avec sa foi. De même, dans l’Évangile, Jésus met en avant l’homme intègre, qui sert Dieu et Le place au centre de sa vie, et qui est fidèle en tout ce qui lui est confié, qu’il s’agisse d’une affaire importante ou insignifiante.
Aujourd’hui, réunis ici à Paysandú pour célébrer l’Eucharistie, avec la joie de rassembler autour d’une même table tant de fidèles de l’Église uruguayenne, ainsi que des pèlerins venus de pays frères, la liturgie de la Parole nous amène à évoquer la présence, sur ces terres du Río de la Plata, de tant de personnes de foi qui, dès les débuts de l’évangélisation du continent, sont venues au nom du Seigneur pour annoncer la grande joie qu’elles avaient elles-mêmes éprouvée en rencontrant le Christ. À l’instar des anges auprès des bergers (cf. Lc 2, 10), elles ont transmis avec joie la bonne nouvelle de l’Évangile, exprimant leur foi à travers des œuvres de charité et de miséricorde.
À l’occasion de cette célébration, nous souhaitons également rendre hommage et rendre grâce à Dieu pour la vie et le ministère d’un fils de ces terres, le bienheureux Jacinto Vera, évêque de Montevideo, qui fut un témoin cohérent de la foi qu’il annonçait, généreux dans la charité et entièrement dévoué à la mission apostolique. Il a déployé son zèle pastoral dans toutes les directions, sans compter ses sacrifices. Par exemple, il se rendait à cheval auprès des malades, malgré les grandes distances, les dangers de la route et les intempéries. L’« évêque gaucho » a parcouru à trois reprises le territoire uruguayen, apportant foi et espérance à ses habitants. Lors de la défense historique de Paysandú, en 1864, Monseigneur Vera s’installa sur l’île de la Caridad, face à la ville assiégée, pour venir en aide aux réfugiés et aux blessés des deux camps. Il y resta jusqu’à la levée du siège pour accompagner son peuple, suppliant au nom de Dieu que les armées de frères s’étreignent fraternellement.
Chers frères et sœurs, c’est à nous aujourd’hui de perpétuer l’héritage que ces semeurs de l’Évangile nous ont laissé. Nous devons le faire en tenant compte de ce que nous dit la Parole de Dieu : avec justice, honnêteté et fidélité, conscients que le message que nous annonçons ne nous appartient pas. C’est un trésor que nous avons reçu du Seigneur, et nous le portons dans des vases d’argile (cf. 2 Co 4, 7).
Trois symboles caractérisent cette région et peuvent nous aider à réfléchir au trésor de la foi qui nous a été transmis et à la mission qui nous est confiée aujourd’hui. Le premier est le pont, le deuxième les palmeraies et le troisième le maté.
C’est dans cette ville de Paysandú que se trouve le pont international General Artigas, qui enjambe le fleuve Uruguay et relie deux pays voisins. Il n’est pas difficile d’imaginer les bienfaits qu’apporte un pont : ouverture, communication, échange. C’est pourquoi il est si important d’être un bâtisseur de ponts ! Telle est la vocation à laquelle nous sommes tous appelés : construire des ponts, resserrer les liens, unir, communiquer, transmettre la joie de la foi, comme l’a fait le bienheureux Jacinto « à temps et à contretemps » (2 Tm 4, 2).
De plus, il est nécessaire que le pont repose sur de solides fondations, afin qu’il ne succombe pas aux courants les plus déchaînés. En effet, tout comme la maison bâtie sur le roc reste ferme au milieu de la tempête et que celle construite sur le sable risque de s’effondrer (cf. Mt 7, 24-27), un pont a lui aussi besoin de supports adéquats pour ne pas s’écrouler sous la force du vent et des eaux. Chaque fois que vous vous rendrez sur la côte et que vous apercevrez le pont, souvenez-vous que ce symbole nous représente et nous rappelle l’importance d’une solide formation chrétienne. Nous devons être bien préparés à rendre compte de notre foi à quiconque nous le demande (cf. 1 P 3, 15) et ne pas nous laisser entraîner « par toutes sortes de doctrines étrangères » (He 13, 9). Ce n’est qu’ainsi que nous serons des instruments d’unité et des liens de charité.
Un autre symbole qui caractérise et embellit cette terre, ce sont les palmeraies. Le livre des Psaumes nous dit que « le juste grandira comme un palmier » (Ps 92, 13). Cet arbre résiste à la force des vents, possède des racines profondes, s’élève droit vers le ciel à la recherche de la lumière et produit le fruit sucré du yatay. C’est là une belle image de l’origine et de la destinée auxquelles nous sommes appelés : nous enraciner en Christ, l’Alpha et l’Oméga, le Commencement et la Fin de notre vie, afin que, en restant unis à Lui, nous portions de bons fruits (cf. Jn 15, 5).
Par ailleurs, nous constatons que dans cette région, les palmiers ne poussent pas isolés, mais forment des palmeraies ; en d’autres termes, ils sont nombreux, ils ne sont ni seuls ni éloignés les uns des autres. De même, l’Église est une communauté de frères qui plonge ses racines et puise à une source commune : la Parole de Dieu, les sacrements, la prière et l’action caritative ; et ses fidèles lèvent les yeux pour louer ensemble le Christ, soleil qui se lève d’en haut, dont la lumière guide les pas de l’humanité sur le chemin de la paix (cf. Lc 1, 78-79).
Enfin, pensons à un symbole présent dans chaque foyer de ce pays, dans chaque lieu d’étude et de travail, lors de chaque réunion entre amis. Je veux parler du maté, cette boisson si typique de l’Amérique du Sud, dont vous pouvez mieux expliquer la signification profonde que moi. Le maté vous a certainement accompagnés aujourd’hui encore, pendant le trajet qui vous a menés à cette célébration, et il vous accompagnera lors de votre retour. Le maté a même fait son chemin jusqu’à Rome !
Le maté est un signe de familiarité, d’amitié et de rencontre. Il nous apprend à partager et à être ensemble, à resserrer les liens qui nous unissent et nous fraternisent. C’est un signe d’accueil, d’intégration et de valeurs communes. “Boire le maté” est un rituel chargé de symbolisme, où l’on dialogue sans paroles et où chaque détail possède sa propre signification. Je pense également aux tasses de maté que l’on boit lorsqu’on est seul et qui accompagnent un moment de silence et de prière. Dans ces moments de solitude, combien d’entre vous ont confié à Dieu leurs préoccupations et leurs besoins, leurs désirs et leurs aspirations les plus profondes ?
Chers frères et sœurs, nous devons réfléchir à ces symboles qui nous sont communs, en nous conférant une identité et un sentiment d’appartenance, en nous parlant de nos origines et en nous projetant vers l’avenir. La foi fait elle aussi partie intégrante du peuple uruguayen depuis ses origines, et il est nécessaire de la transmettre aux générations futures avec un courage créatif.
Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus nous rappelle l’importance de la fidélité aux dons reçus : « Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande » (Lc 16, 10). De nombreux hommes et femmes ont incarné ces paroles, à l’instar de l’évêque Jacinto Vera. Ils sont restés fidèles à la vocation qu’ils avaient reçue et ont semé les graines de l’Évangile dans l’âme du peuple uruguayen. Ces graines restent vivantes au sein de la communauté, mais il faut continuer à créer les conditions nécessaires pour qu’elles puissent grandir et exprimer tout leur potentiel. Il faut continuer à former les enfants et les jeunes à la foi, à accompagner les familles, à soutenir les personnes âgées et à pratiquer les œuvres de charité.
Chers frères et sœurs : je vous encourage à poursuivre la mission d’évangélisation avec enthousiasme. Soyez des ponts, afin que beaucoup puissent rencontrer Jésus. Soyez une communauté fraternelle, qui se rassemble et partage la vie et les projets, les rêves et les espoirs, en particulier avec les plus démunis. Soyez une communauté de prière, qui entretient le dialogue avec le Seigneur « comme un ami parle à un autre ami » (cf. Jn 15, 15). Le Christ compte sur vous ! Le Christ compte sur toi !
Que notre Mère céleste, la Vierge des Trente-Trois, vous protège sur le chemin de la vie et vous guide toujours vers la rencontre avec son Fils Jésus. »
Source : Saint-Siège, homélie du pape Léon XIV, Paysandú, 7 novembre 2026


