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« L’Europe a besoin des migrants pour survivre » : la vision du pape François est-elle naïve ?

Le pape François lors de son discours devant les Jésuites belges le 28 septembre dernier - DR
Le pape François lors de son discours devant les Jésuites belges le 28 septembre dernier - DR
L'humanitarisme idéologique favorise le trafic d'êtres humains, l'appauvrissement des pays d'origine et le chaos dans les pays d'accueil.

Dans son récent discours adressé aux jésuites belges, le pape François a une fois de plus soulevé la question des migrants comme réponse à la crise démographique en Europe. Une proposition qui, bien qu’animée par des intentions humanitaires, suscite des interrogations sur sa pertinence à long terme pour la survie des sociétés européennes. Le 28 septembre dernier, lors de sa visite en Belgique, le Souverain Pontife a déclaré : « L’Europe n’a plus d’enfants, elle vieillit. Elle a besoin des migrants pour renouveler la vie. C’est désormais une question de survie. »

La suggestion du pape François, selon laquelle l’immigration pourrait combler le déficit de population, s’inscrit dans ce que certains appellent la théorie du remplacement. Cependant, cette approche soulève une inquiétude majeure : elle semble considérer les personnes comme des solutions interchangeables, sans prendre en compte les réalités sociales, culturelles et religieuses.

L’immigration implique bien plus que des calculs démographiques. C’est un processus qui requiert des efforts d’intégration des deux côtés : ceux qui accueillent et ceux qui sont accueillis. Le Pape lui-même l’a admis, affirmant que « un migrant qui n’est pas intégré finit mal, mais la société qui l’accueille finit mal aussi ». Pourtant, dans le même temps, il a salué le travail d’Open Arms, une organisation qui débarque régulièrement des milliers d’immigrés illégaux sur les côtes italiennes sans envisager les conséquences à long terme.

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Une certaine confusion dans le discours

Le message du pape François, en ne distinguant pas clairement l’immigration légale et illégale, risque de brouiller les pistes. L’exemple de l’Italie, pays particulièrement exposé à l’immigration illégale, a par ailleurs fixé des quotas précis pour l’immigration légale soit 452 ​​000 nouveaux entrants prévus pour la période 2023-2025). En revanche l’immigration illégale et subie pose des défis majeurs d’intégration. Ne pas faire la distinction entre ces deux types d’immigration, ou pire, promouvoir l’illégalité comme moyen d’entrée, est un discours qui peut s’avérer dangereux.

Rappelons que depuis toujours, l’Église catholique prône l’accueil et la charité, mais soulignons qu’il est tout aussi important de ne pas encourager un système qui, à long terme, pourrait déstabiliser les pays d’accueil. L’humanitarisme du Pape, bien que louable, ne peut occulter le fait qu‘un humanitarisme idéologique favorise le trafic d’êtres humains, l’appauvrissement des pays d’origine et le chaos dans les pays d’accueil.

Le souverain pontife a également évoqué la tragédie de Zaventem ( attentats du 22 mars 2016 à l’aéroport de Bruxelles) pour rappeler que « la tragédie est aussi le fruit d’une mauvaise intégration ». Notons que si les attentats ont été perpétrés par des personnes issues de familles immigrées mal intégrées, réduire la question du terrorisme à une simple absence d’intégration semble réductrice. En réalité, la situation est bien plus complexe, mêlant radicalisation religieuse et influences extérieures.

La question des migrants est donc un phénomène mondial complexe qui ne peut se résoudre par des solutions simplistes. Si le Pape François met en lumière la crise démographique, le recours à l’immigration, en particulier illégale, ne peut être la réponse unique. Ce phénomène exige des politiques réfléchies, respectueuses à la fois des besoins des migrants et des réalités des sociétés d’accueil.

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