Depuis 2000 ans

« Magnifica Humanitas » : dans sa première encyclique, Léon XIV déclare la guerre au transhumanisme

DR
DR
À une époque où certains rêvent d'un avenir « post-humain », Léon XIV entend rappeler que le véritable progrès ne consiste pas à dépasser l'homme, mais à redécouvrir pleinement ce qu'il est

Ce Lundi matin, le pape Léon XIV dévoilera en personne, Magnifica Humanitas, la première encyclique de son pontificat . Signé le 15 mai dernier, à l’occasion du 135e anniversaire de Rerum Novarum de Léon XIII, ce texte très attendu entend répondre à l’un des plus grands défis du XXIe siècle : l’essor de l’intelligence artificielle et les profondes questions anthropologiques qu’il soulève. Derrière les débats sur les algorithmes, les robots ou l’automatisation croissante de nos sociétés, le pape identifie en réalité une interrogation fondamentale : qu’est-ce que l’homme ? Et jusqu’où peut-il transformer sa propre nature sans risquer de perdre ce qui fait son humanité ?

Né dans les milieux technologiques et universitaires anglo-saxons, le transhumanisme est ce courant de pensée qui estime que l’homme ne doit plus accepter les limites de sa condition naturelle. Grâce aux progrès de l’intelligence artificielle, de la robotique, des biotechnologies ou encore des manipulations génétiques, il ambitionne d’« améliorer » l’être humain, d’augmenter ses capacités physiques et intellectuelles, voire, pour certains de ses partisans les plus radicaux, de vaincre le vieillissement et de repousser indéfiniment la mort.

Derrière cette promesse d’un « homme augmenté » se cache cependant une vision de l’homme profondément étrangère à la foi chrétienne. Car l’Évangile enseigne que l’homme n’est pas un simple matériau biologique à remodeler selon ses désirs, mais une créature voulue par Dieu, créée à son image et appelée à la vie éternelle.

En prétendant redéfinir l’homme par la technique, le transhumanisme risque de substituer à la confiance en Dieu une confiance absolue dans la puissance humaine. Là où le christianisme voit dans la fragilité, la dépendance et même la souffrance des réalités qui peuvent être transfigurées par la grâce, le transhumanisme tend à les considérer comme des imperfections qu’il faudrait supprimer. Plus profondément encore, il nourrit parfois le rêve d’un salut obtenu par la technologie plutôt que par Dieu. C’est pourquoi de nombreux théologiens et penseurs chrétiens y voient non seulement un défi éthique majeur, mais également une remise en cause de l’anthropologie biblique et du message même de l’Évangile.

Cette question est au cœur de la réflexion de Léon XIV. Pour le Saint-Père, la révolution technologique actuelle ne peut être abordée uniquement sous l’angle de l’efficacité ou du progrès scientifique. Elle touche à la définition même de la personne humaine, à sa liberté, à sa responsabilité morale et à sa vocation. Selon les révélations de la Bussola , le pape consacre une part importante de son encyclique à cette problématique et met en garde contre la tentation de vouloir dépasser la condition humaine elle-même grâce à la technologie. Il s’inquiète particulièrement du risque d’une « déshumanisation » progressive provoquée par une confiance excessive dans les systèmes numériques et l’intelligence artificielle.

Lire aussi

Face à cette dérive, Léon XIV ne propose pas une réponse purement technique ou politique. Son approche est profondément théologique. Au cœur de Magnifica Humanitas se trouve le mystère de l’Incarnation. Là où certaines idéologies rêvent d’un homme qui s’émanciperait de sa nature, le christianisme proclame un Dieu qui a choisi d’assumer pleinement la condition humaine en la personne du Christ. Pour Léon XIV, la véritable grandeur de l’homme ne réside pas dans sa capacité à devenir une machine plus performante ou un être biologiquement augmenté, mais dans sa dignité de créature voulue, créée et aimée par Dieu. Cette dignité devient ainsi le critère fondamental permettant d’évaluer toute innovation technologique et tout progrès scientifique.

L’encyclique s’inscrit dans le prolongement de l’enseignement social de l’Église. Comme Léon XIII avait affronté les bouleversements de la révolution industrielle à la fin du XIXe siècle, Léon XIV entend répondre aux défis de la révolution numérique du XXIe siècle. L’objectif n’est pas de condamner la technologie mais de rappeler qu’elle doit rester au service de l’homme et du bien commun.Le document aborde également les conséquences de l’intelligence artificielle sur le travail, l’éducation, les relations humaines et les modes de communication. Le pape met en garde contre une déresponsabilisation morale croissante, lorsque les décisions humaines sont progressivement abandonnées à des algorithmes dont les mécanismes échappent souvent à ceux qui les utilisent.

Comme on pouvait s’y attendre de la part d’un souverain pontife qui a fait de la paix l’une des priorités de son ministère, Magnifica Humanitas traite également de l’utilisation militaire de l’intelligence artificielle. Léon XIV insiste sur la nécessité d’un usage éthique de ces technologies, particulièrement lorsqu’elles concernent les systèmes d’armement autonomes ou les applications liées aux conflits armés. Toutefois, cette encyclique n’est pas un réquisitoire contre la science ou contre l’intelligence artificielle elle-même. Léon XIV ne rejette pas le progrès. Il rappelle simplement que la technique n’est pas une fin en soi et qu’elle ne peut devenir le fondement ultime de la destinée humaine.

Avec Magnifica Humanitas, le pape semble ainsi vouloir poser l’un des grands marqueurs intellectuels de son pontificat. À une époque où certains rêvent d’un avenir « post-humain », Léon XIV entend rappeler que le véritable progrès ne consiste pas à dépasser l’homme, mais à redécouvrir pleinement ce qu’il est. La vocation ultime de l’homme n’est pas de devenir une machine perfectionnée, mais de devenir saint.

À une époque où certains rêvent d’un avenir « post-humain », Léon XIV entend rappeler que le véritable progrès ne consiste pas à dépasser l’homme, mais à redécouvrir pleinement ce qu’il est

Recevez chaque jour notre newsletter !