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Maroc : les chrétiens profitent de la formation d’un nouveau gouvernement pour interpeller Fatima-Zahra El Mansouri sur la liberté de culte

La cathédrale du Sacré-Cœur à Casablanca - Depositphotos
La cathédrale du Sacré-Cœur à Casablanca - Depositphotos
Le 29 septembre, le roi Mohammed VI a nommé Fatima-Zahra El Mansouri à la tête du gouvernement marocain, la chargeant de former un nouvel exécutif. Deux organisations chrétiennes saisissent cette occasion pour réclamer la liberté de culte et la reconnaissance de leurs droits

Dans un pays où les convertis au christianisme subissent pressions, discriminations et restrictions, la liberté religieuse demeure une question sensible . Si le Royaume entretient des relations diplomatiques avec le Saint-Siège et autorise officiellement les communautés chrétiennes étrangères à célébrer leur culte, les Marocains convertis au christianisme rencontrent des difficultés bien différentes, entre restrictions administratives, pressions familiales et impossibilité de faire reconnaître pleinement leur appartenance religieuse.

Ainsi Jeudi 8 octobre 2026, la coordination des Marocains chrétiens et l’Union des chrétiens marocains ont adressé un mémorandum à Fatima-Zahra El Mansouri, chargée de former le nouveau gouvernement. Le site marocain Yabiladi, qui a eu accès au document, précise que les signataires réclament une pleine citoyenneté et une liberté de conscience effective, après plusieurs démarches restées sans résultats satisfaisants.

Le Maroc accueille depuis longtemps des communautés catholiques étrangères, notamment dans les archidiocèses de Rabat et de Tanger. Des églises sont ouvertes, des messes célébrées et des institutions chrétiennes participent à la vie éducative et caritative du pays. Mais cette tolérance ne se traduit pas par une liberté équivalente pour les Marocains devenus chrétiens. Dans une société où l’appartenance à l’islam demeure étroitement liée à l’identité familiale et nationale, la conversion au christianisme peut entraîner rejet familial, marginalisation sociale, intimidations et discriminations. Certains fidèles sont obligés de pratiquer leur foi discrètement afin d’éviter les conséquences de leur conversion.

La conversion personnelle n’est pas expressément érigée en infraction pénale. En revanche, l’article 220 du Code pénal sanctionne notamment certains moyens employés pour amener un musulman à changer de religion, une disposition qui complique les activités d’évangélisation. La liberté de conscience reconnue dans les principes se heurte ainsi à des obstacles concrets.

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La première revendication concerne l’accès aux lieux de culte. Les organisations demandent que les Marocains chrétiens puissent célébrer leurs rites dans les églises officiellement reconnues, dans un cadre juridique garantissant leur sécurité. Cette demande révèle les limites de la politique marocaine de tolérance religieuse : autoriser des étrangers à pratiquer leur religion ne signifie pas reconnaître pleinement aux citoyens marocains le droit d’adopter et de pratiquer cette même religion.

Le mémorandum aborde également plusieurs questions familiales. Les signataires réclament la possibilité de contracter un mariage civil ou religieux conforme à leurs convictions, sans être contraints de recourir à des formes contractuelles incompatibles avec leur foi. Ils souhaitent également pouvoir déclarer leurs enfants sous des prénoms chrétiens sans rencontrer d’obstacles administratifs. Concernant l’éducation, ils demandent que les cours d’enseignement islamique soient facultatifs pour les enfants chrétiens et que soit facilité un enseignement religieux chrétien dans les établissements scolaires. Enfin, ils réclament des espaces funéraires permettant d’inhumer leurs défunts conformément aux rites chrétiens.

Ces revendications rejoignent les principes rappelés par la déclaration Dignitatis humanae du concile Vatican II, qui affirme le droit de chacun à la liberté religieuse et celui des parents à assurer l’éducation de leurs enfants conformément à leurs convictions.

Des persécutions et des discriminations persistantes

Les difficultés rencontrées par les convertis marocains ne relèvent pas uniquement de témoignages isolés. Des rapports internationaux sur la liberté religieuse ont documenté des pressions familiales, des discriminations professionnelles et des situations de harcèlement visant des chrétiens. Ces persécutions ne prennent pas nécessairement la forme d’emprisonnements ou de violences physiques. Elles peuvent également se manifester par des obstacles administratifs répétés, l’impossibilité de pratiquer publiquement sa religion ou une pression sociale conduisant les fidèles à dissimuler leur foi.

Les 30 et 31 mars 2019, le pape François s’était rendu au Maroc, où il avait rencontré Mohammed VI et encouragé le dialogue entre chrétiens et musulmans. Cette visite avait constitué un moment important pour la communauté catholique, sans faire disparaître les difficultés propres aux Marocains convertis. Dès décembre 2015, des chrétiens marocains avaient sollicité le roi. D’autres démarches avaient suivi auprès de Saâd-Eddine El Othmani en 2017, du ministère de l’Intérieur en 2019, puis d’Aziz Akhannouch en 2021. Plus de dix ans après, leurs principales demandes demeurent inchangées. Les deux organisations réaffirment pourtant leur attachement à la nation marocaine et leur respect pour Mohammed VI, Commandeur des croyants. Elles souhaitent engager un dialogue avec le nouveau gouvernement, sans remettre en cause leur appartenance nationale.

À la suite de la mise en retrait du cardinal Cristóbal López Romero et de la nomination de Monseigneur Mario León Dorado comme archevêque coadjuteur de Rabat, il faut espérer que ce dernier apportera tout son soutien aux chrétiens marocains dans leur démarche pour obtenir la pleine reconnaissance de leur liberté religieuse.

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