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Nicaragua : Ortega enterre la démocratie et condamne définitivement les catholiques à la persécution

Daniel Ortega ( Wikipedia)
Daniel Ortega ( Wikipedia)
Pour l'Église catholique,déjà frappée depuis plusieurs années par les arrestations, les expulsions et les intimidations, cette décision laisse craindre un durcissement sans précédent de la répression

L’annonce de Daniel Ortega marque un tournant historique pour le Nicaragua. Dix-neuf ans après son retour au pouvoir en 2007, le président nicaraguayen a déclaré, le 19 juillet 2026, que son pays ne connaîtrait plus d’élections permettant une alternance politique. Près de huit ans après la répression sanglante des manifestations de 2018 et près de cinq ans après sa réélection très contestée de novembre 2021, cette déclaration confirme que le régime ne cherche plus à préserver la moindre apparence démocratique.

Mais cette décision n’est pas seulement une mauvaise nouvelle pour les défenseurs des libertés publiques : elle constitue également une menace supplémentaire pour l’Église catholique, devenue l’une des principales cibles du pouvoir sandiniste.

Pour mesurer la portée de cette annonce, il faut remonter à 1979. Cette année-là, Daniel Ortega participe à la révolution sandiniste qui renverse la dictature d’Anastasio Somoza. Après un premier mandat présidentiel entre 1985 et 1990, il revient au pouvoir en 2007 et ne le quittera plus. Au fil des années, son gouvernement renforce progressivement son emprise sur toutes les institutions du pays. Lors de son discours du 19 juillet dernier, prononcé à l’occasion de l’anniversaire de la révolution sandiniste, Ortega a affirmé que les partis soutenus par les États-Unis ne pourraient plus jamais revenir au pouvoir. Selon lui, supprimer les élections serait nécessaire pour protéger le peuple et préserver la souveraineté nationale. En pratique, cette annonce revient à priver les Nicaraguayens de toute possibilité d’alternance politique et à consacrer la concentration du pouvoir entre les mains du couple présidentiel formé par Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo.

Cette concentration du pouvoir s’est encore accélérée avec les réformes constitutionnelles entrées en vigueur cette année. Rosario Murillo est désormais officiellement « coprésidente » et le mandat présidentiel a été porté à six ans. Le couple contrôle aujourd’hui l’essentiel des institutions de l’État, de la justice aux forces de sécurité, tandis que les opposants politiques sont réduits au silence, emprisonnés ou contraints à l’exil.

Pour les catholiques, cette évolution est particulièrement préoccupante. Depuis les manifestations d’avril 2018, au cours desquelles de nombreux prêtres et évêques avaient ouvert leurs églises pour protéger les manifestants et tenté de jouer un rôle de médiation, le régime considère l’Église comme un ennemi intérieur.

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Depuis lors, les arrestations de prêtres se sont multipliées, plusieurs évêques ont été contraints à l’exil, des congrégations religieuses ont été expulsées, des médias catholiques fermés, des biens ecclésiastiques confisqués et de nombreuses processions interdites ou sévèrement encadrées. L’inquiétude est aujourd’hui particulièrement vive autour de Monseigneur Juan Abelardo Mata. Selon la juriste et défenseure des droits de l’homme Martha Patricia Molina, l’évêque aurait disparu depuis plusieurs semaines après son arrestation. Aucune information officielle n’a été communiquée sur son état de santé ni sur son lieu de détention, ce qui suscite une profonde inquiétude parmi les fidèles et les organisations de défense des droits de l’homme.

Face à cette nouvelle escalade, les réactions internationales ont été immédiates. Le 23 juillet, l’Organisation des États américains (OEA), les États-Unis ainsi que le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme ont dénoncé une nouvelle atteinte aux libertés fondamentales. Le Haut-Commissaire Volker Türk a rappelé que tout citoyen doit pouvoir voter et se présenter à des élections libres, conformément aux engagements internationaux du Nicaragua, tout en appelant à la libération des prisonniers politiques encore détenus arbitrairement. En revanche, le Saint-Siège n’a, à ce stade, pas publié de condamnation publique de cette annonce. Une discrétion qui ne manque pas d’interroger alors que l’Église catholique demeure l’une des institutions les plus durement frappées par la répression du régime Ortega-Murillo.

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