Parmi les audiences inscrites ce samedi 3 octobre à l’agenda de Léon XIV, l’une pourrait presque passer inaperçue. Le pape a reçu la communauté du Collège pontifical teutonique de Sainte-Marie au Campo Santo à l’occasion du 150e anniversaire de sa fondation. Derrière ce nom peu familier en France se cache pourtant une institution singulière de l’Église catholique, installée dans un lieu exceptionnel : à quelques dizaines de mètres seulement de la basilique Saint-Pierre, au cœur même du Vatican.
Le collège célèbre du 2 au 4 octobre ses 150 ans. Fondé en 1876, il est devenu au fil du temps un lieu de formation, de recherche et de vie sacerdotale pour des prêtres venus principalement du monde germanophone, mais aussi d’autres Églises européennes. Les célébrations réunissent à Rome d’anciens pensionnaires et plusieurs responsables ecclésiastiques autour de journées d’études, de rencontres et de célébrations liturgiques.
Un lieu dont les racines remontent au Moyen Âge
Le Collège teutonique est cependant beaucoup plus jeune que le lieu qui l’abrite. Le Campo Santo Teutonico plonge ses racines dans la présence très ancienne des pèlerins germaniques auprès du tombeau de saint Pierre. Dès le Moyen Âge, la Schola Francorum accueillait à Rome des pèlerins venus des territoires francs et germaniques. Un hospice, des lieux de culte et un cimetière se développèrent progressivement dans ce secteur immédiatement voisin de Saint-Pierre. Au XVe siècle, une confrérie germanique y fut établie. Plusieurs siècles plus tard, le prêtre allemand Anton de Waal allait donner au lieu une nouvelle impulsion.
En 1876, il transforma une partie de l’ensemble en collège destiné notamment à accueillir des prêtres venus poursuivre leurs études à Rome. L’histoire de l’Église et l’archéologie chrétienne y occupèrent rapidement une place privilégiée. En 1888, l’Institut romain de la Görres-Gesellschaft, importante société scientifique catholique allemande, s’y installa à son tour. Le Campo Santo devenait ainsi à la fois un lieu de prière, une résidence sacerdotale et un centre intellectuel.
Un lieu profondément lié à Benoît XVI
L’histoire contemporaine du collège est également indissociable de Joseph Ratzinger. Le futur Benoît XVI fréquenta pendant de longues années le Campo Santo Teutonico et son église Sainte-Marie-de-la-Pitié. Le lieu conserve aujourd’hui une bibliothèque entièrement consacrée à sa vie et à sa pensée théologique. La Bibliothèque romaine Joseph Ratzinger-Benoît XVI rassemble plus d’un millier d’ouvrages de Joseph Ratzinger ou consacrés à son œuvre, dans 37 langues. Une partie de ce fonds provient directement de livres donnés par Benoît XVI. Le lien était également personnel. Joseph Ratzinger fut membre de l’archiconfrérie du Campo Santo et y séjourna lorsqu’il arriva à Rome comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il conserva ensuite l’habitude d’y célébrer régulièrement la messe.
C’est d’ailleurs sous son pontificat que l’institution franchit une nouvelle étape : en 2010, Benoît XVI lui accorda officiellement le rang de « Collège pontifical ».
Aujourd’hui encore, le collège accueille notamment des prêtres qui viennent à Rome pour approfondir leur formation universitaire ou accomplir différentes missions au service de l’Église. Pour beaucoup d’entre eux, le séjour offre une expérience particulière : vivre auprès du tombeau de saint Pierre tout en côtoyant des prêtres provenant de différentes Églises locales. Le jubilé de cette année doit précisément permettre de réfléchir à l’avenir de cette forme de vie et de formation sacerdotale.
L’audience accordée ce samedi par Léon XIV s’inscrit donc dans une histoire beaucoup plus vaste qu’un simple anniversaire institutionnel. À l’ombre de la coupole de Saint-Pierre, derrière les murs du Vatican, le Collège teutonique continue depuis 150 ans une mission discrète : permettre à des générations de prêtres de venir étudier à Rome, de vivre au plus près du Siège apostolique et de repartir ensuite servir leurs Églises. Un lieu presque invisible pour les millions de pèlerins qui traversent chaque année la place Saint-Pierre, mais qui appartient depuis des siècles à l’histoire catholique de Rome.


