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Qui reproche à Léon XIV de se rapprocher des grands donateurs américains, et pourquoi ?

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Derrière le procès en « américanisation » du Vatican se mêlent questions financières, crainte de l’influence des mécènes et méfiance politique envers une Amérique désormais trop souvent réduite à Donald Trump

Depuis l’élection du premier pape américain de l’histoire, ses relations avec les grandes fortunes catholiques des États-Unis sont observées avec une attention particulière à Rome. Il aura suffi de quelques rencontres avec des bienfaiteurs américains et de commentaires venus des milieux romains pour faire naître un nouveau soupçon autour de Léon XIV : le premier pape américain serait-il en train d’importer au Vatican les méthodes, les réseaux et la culture financière des États-Unis ?

Une formule résume cette inquiétude : « Everything here is now going full American », « Ici, tout devient complètement américain ». Derrière la nationalité du pape se dessine surtout une interrogation sur la place que pourraient prendre les grands donateurs américains dans le fonctionnement financier du Saint-Siège. Certaines informations de coulisses évoquent des rencontres privées entre Léon XIV et de riches bienfaiteurs. Le 29 juillet, Andrea Bocelli s’est bien produit devant le pape à Castel Gandolfo, mais le concert n’avait rien de secret : organisé au Borgo Laudato si’ avec l’Andrea Bocelli Foundation, il réunissait notamment 164 enfants et jeunes autour d’une prière pour la paix inspirée de saint François d’Assise. Vatican News avait publiquement annoncé l’événement. Il serait donc abusif d’y voir, à lui seul, la preuve d’une proximité clandestine avec les grandes fortunes.

La question des mécènes américains est néanmoins bien réelle. Les catholiques des États-Unis figurent depuis longtemps parmi les grands bienfaiteurs des œuvres pontificales. Léon XIV n’a rien inventé en recevant ceux qui contribuent financièrement à la mission de l’Église.

La Papal Foundation en est une illustration spectaculaire. Créée aux États-Unis en 1988, elle rassemble notamment de puissants bienfaiteurs catholiques et soutient des projets recommandés par le Saint-Siège. Depuis 1990, elle a distribué plus de 250 millions de dollars en subventions et bourses.L’enjeu est important pour Rome. Le Vatican sort d’années marquées par des difficultés budgétaires et plusieurs affaires financières ayant ébranlé la confiance. Or les grands philanthropes américains donnent beaucoup, mais veulent savoir où va leur argent. Ward Fitzgerald, président de la Papal Foundation, a ainsi expliqué que les nouvelles générations de donateurs réclament davantage de transparence et de responsabilité dans l’utilisation des fonds.

Est-ce cela, « l’américanisation » que certains redoutent ?

L’histoire de l’Église est pourtant indissociable du mécénat. Basiliques, monastères, missions, universités, hôpitaux et œuvres de charité ont bénéficié pendant des siècles de fortunes privées. Les mécènes catholiques n’ont pas attendu Wall Street. Pourquoi, dès lors, un grand donateur américain devrait-il être plus suspect qu’un bienfaiteur italien, français, allemand ou suisse ? Une partie de la réponse est probablement politique. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’Amérique est devenue, dans une partie de l’opinion européenne, un objet de méfiance dépassant largement la personne du président. Le mot « américain » convoque rapidement tout un imaginaire : milliardaires, argent, lobbying, conservatisme, influence et trumpisme. Le raccourci est pourtant particulièrement fragile lorsqu’il est appliqué à Léon XIV.

Être américain ne signifie pas être trumpiste. Le pape a exprimé des divergences avec l’administration américaine, notamment sur la guerre et l’immigration. Le paradoxe est donc manifeste : Léon XIV pourrait être soupçonné d’« américaniser » le Vatican alors même qu’il revendique son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique de son pays natal.

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Réduire ses relations avec des philanthropes américains à une extension du trumpisme au Vatican serait politiquement simpliste et factuellement difficile à soutenir. L’Amérique catholique ne se résume pas davantage à Donald Trump que le catholicisme français ne se confond avec le gouvernement français.

Reste une question parfaitement légitime : jusqu’où doit aller la proximité entre le pape et ceux qui donnent des millions à l’Église ? Il faut ici distinguer l’accès de l’influence. Qu’un grand bienfaiteur soit reçu et remercié par le pape ne constitue pas en soi un scandale. La situation deviendrait évidemment tout autre si l’argent permettait d’acheter une influence sur une nomination épiscopale, une décision doctrinale, une orientation diplomatique ou le gouvernement du Saint-Siège. Mais aucun élément sérieux actuellement disponible ne permet d’affirmer que Léon XIV aurait accordé un tel pouvoir à des donateurs américains.

La ligne rouge est simple : les mécènes peuvent financer l’Église ; ils ne peuvent acheter l’Église. C’est sur cette frontière que la vigilance doit s’exercer, et non sur le passeport du donateur. Un milliardaire américain ne devrait pas être davantage suspect, par principe, qu’un industriel italien ou une grande fortune européenne.Derrière la polémique apparaît ainsi une question plus politique : depuis Donald Trump, tout ce qui vient des États-Unis serait-il devenu suspect ?

Léon XIV est le premier pape américain de l’histoire. Il connaît cette culture du don et dispose naturellement de relais dans l’un des catholicismes les plus généreux financièrement au monde. Lui reprocher de s’appuyer sur cette générosité serait difficile à comprendre tant que son indépendance demeure entière. Un don américain n’est, par nature, ni plus vertueux ni plus suspect qu’un don européen. Ce qui importe est ce qu’il finance et ce qu’il prétend obtenir en retour. C’est sur ce critère que les relations de Léon XIV avec les grands donateurs doivent être jugées et non sur son passeport.

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