Le 2 octobre dernier, L’Informé nous apprenait que l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, plus connue sous le nom d’Église mormone, avait acquis un hôtel particulier situé au 3, rue Roquépine, dans le VIIIe arrondissement de Paris, pour 61,2 millions d’euros. L’immeuble, d’une superficie d’environ 1 700 mètres carrés, se trouve dans l’un des quartiers les plus prestigieux de la capitale, à proximité du palais de l’Élysée. Construit au XIXe siècle, il avait été acquis en 2022 pour 20,35 millions d’euros par la société Fulton, avant de faire l’objet d’une importante rénovation. Sa revente représente donc une opération particulièrement lucrative, même si le montant des travaux engagés doit être pris en compte.

Pour les mormons, l’objectif ne serait pas seulement patrimonial. L’édifice pourrait accueillir un nouveau lieu de culte, destiné à remplacer celui de la rue Saint-Merri, dans le IVe arrondissement, considéré comme trop exigu. Ce projet, qui suppose encore des aménagements, témoigne de la volonté de cette communauté de renforcer sa présence dans la capitale française.
Mais derrière cette puissance financière et cette volonté d’expansion, quelle est exactement cette organisation religieuse venue des États-Unis, qui se réclame de Jésus-Christ tout en professant des croyances profondément différentes de celles de l’Église catholique ? Qui sont les mormons ?
Derrière cette acquisition spectaculaire se trouve une organisation religieuse fondée en 1830 aux États-Unis par Joseph Smith. Celui-ci affirmait avoir reçu des révélations divines et avoir été chargé de rétablir la véritable Église du Christ, dont l’enseignement et l’autorité auraient, selon lui, disparu au cours des siècles. Le mouvement tire son surnom du Livre de Mormon, un texte que Joseph Smith disait avoir traduit à partir d’anciennes plaques et que ses fidèles considèrent comme une Écriture sacrée, aux côtés de la Bible. Après la mort de son fondateur en 1844, une grande partie de ses disciples suivit Brigham Young vers l’Ouest américain, jusqu’à l’Utah, où se trouve aujourd’hui le siège mondial de l’organisation, à Salt Lake City.
L’Église mormone revendique aujourd’hui quelque 17 millions de membres à travers le monde. Elle est notamment connue pour ses missionnaires, souvent de jeunes adultes envoyés pendant plusieurs mois à l’étranger, pour la place accordée à la famille et pour son organisation particulièrement structurée.
Une doctrine profondément différente de la foi catholique
Si les mormons se réclament de Jésus-Christ, leur doctrine ne saurait être assimilée à celle de l’Église catholique. La divergence ne porte pas seulement sur certaines pratiques religieuses, mais sur la conception même de Dieu, de la Révélation et de l’Église. Contrairement à la foi catholique, qui confesse un seul Dieu en trois Personnes consubstantielles, les mormons considèrent le Père, le Fils et le Saint-Esprit comme trois êtres distincts, unis dans leur volonté. Ils reconnaissent également des révélations postérieures au Nouveau Testament et l’autorité de prophètes contemporains. Pour l’Église catholique, la Révélation publique trouve son accomplissement définitif en Jésus-Christ et s’achève avec la mort du dernier Apôtre. La prétention de Joseph Smith à restaurer une Église véritable qui aurait disparu est donc incompatible avec la foi catholique en la continuité apostolique de l’Église fondée par le Christ.
Il serait ainsi inexact de présenter l’expansion du mormonisme comme une manifestation du renouveau de la foi catholique, même si ses membres utilisent un vocabulaire chrétien et affirment suivre Jésus-Christ.
Une puissance financière au service de son expansion
L’acquisition parisienne illustre également les moyens financiers considérables dont dispose cette organisation. Selon les estimations rapportées par Le Figaro, son patrimoine mondial comprendrait plus de 20 000 biens immobiliers, tandis que l’ensemble de ses actifs pourrait atteindre 250 milliards de dollars. Ces chiffres demeurent des estimations, et non des comptes consolidés publiquement vérifiés. Une partie importante de ses ressources provient de la dîme, contribution religieuse correspondant à 10 % des revenus, que les fidèles sont invités à verser. À cette collecte s’ajoutent un patrimoine immobilier et des investissements financiers considérables.
En France, cette puissance se traduit désormais par une acquisition de prestige au cœur de Paris. Le mouvement dispose déjà d’un temple au Chesnay-Rocquencourt, dans les Yvelines, inauguré en 2017. Ce temple, réservé à certaines cérémonies religieuses, ne remplit toutefois pas la même fonction qu’un lieu de réunion dominicale ordinaire. Le futur établissement de la rue Roquépine pourrait ainsi constituer une nouvelle étape dans l’implantation française de cette communauté. Reste à connaître le calendrier des travaux, la capacité d’accueil prévue et la date d’ouverture effective.
Au-delà des 61,2 millions d’euros engagés, cette opération rappelle que le paysage religieux français ne se résume plus aux seules confessions historiquement implantées dans le pays. Des mouvements venus d’outre-Atlantique y déploient des moyens considérables et cherchent à accroître leur visibilité. Pour les catholiques, cette réalité invite aussi à une nécessaire clarté doctrinale : se réclamer du Christ ne signifie pas nécessairement professer la foi transmise par les Apôtres.


