Issue de la haute noblesse suédoise, devenue veuve, Ingrid de Skänninge aurait pu conserver les privilèges de son rang. Elle choisit le pèlerinage, la prière et la vie dominicaine, avant de consacrer ses biens et son énergie à la fondation d’un monastère qui marqua durablement l’histoire catholique de la Suède
L’Église fait mémoire, le 2 septembre, de sainte Ingrid de Skänninge, l’une des figures spirituelles du christianisme scandinave du XIIIe siècle. Connue également sous le nom d’Ingrid Elofsdotter, elle appartenait à une puissante famille de l’Östergötland, dans le sud de la Suède.Mariée, puis devenue veuve, Ingrid choisit de donner une orientation radicalement nouvelle à son existence. Vers 1271, avec sa sœur Kristina, elle se rapprocha d’un groupe de femmes pieuses formé autour du dominicain Pierre de Dacie, alors lecteur au couvent des frères prêcheurs de Skänninge. Les deux sœurs adoptèrent la spiritualité dominicaine et se préparèrent progressivement à une forme de vie religieuse communautaire.
Ingrid ne limita pas sa quête spirituelle à la Suède. Les traditions qui lui sont consacrées rapportent qu’elle entreprit de longs pèlerinages, notamment vers Jérusalem, mais aussi vers Rome et Saint-Jacques-de-Compostelle.Il faut mesurer ce que représentaient de tels voyages au XIIIe siècle. Partir de Scandinavie pour rejoindre la Terre sainte signifiait affronter des mois de déplacement, les dangers des routes et de la navigation, avec peu de certitude sur les conditions du retour.
Rome occupa également une place importante dans son itinéraire. Ingrid s’y rendit à plusieurs reprises afin d’obtenir la reconnaissance nécessaire à son grand projet : établir à Skänninge une communauté féminine appartenant à la famille dominicaine.
Le projet put aboutir grâce à plusieurs soutiens. Ses frères apportèrent des terres à la future fondation, tandis que l’évêque Henrik de Linköping et le roi Magnus Ladulås favorisèrent son établissement. Le 15 août 1281, en la fête de l’Assomption, le monastère de Skänninge fut officiellement fondé près de l’église Saint-Martin. Ingrid y reçut l’habit des moniales dominicaines et en devint la première prieure. Elle avait atteint le but auquel elle avait consacré une grande partie des dernières années de son existence. Elle n’en profita pourtant que très peu de temps. Ingrid mourut à Skänninge le 2 septembre 1282, à peine plus d’un an après l’établissement officiel de la communauté.
Son itinéraire résume à lui seul une certaine conception médiévale de la vocation chrétienne. Ingrid disposait par sa naissance de relations, de terres et de moyens importants. Elle aurait pu les employer à consolider sa position sociale. Elle choisit de les mettre au service d’une œuvre religieuse appelée à lui survivre. Après sa mort, sa tombe devint rapidement un lieu de vénération. Sa réputation de sainteté se développa en Suède et une procédure en vue de sa reconnaissance fut engagée au XVe siècle. En 1499, le pape Alexandre VI autorisa la translation de ses reliques, qui fut solennellement accomplie à Skänninge en 1507.
Plus de sept siècles après sa mort, sainte Ingrid demeure ainsi le visage d’une femme qui passa des privilèges de la noblesse à l’humilité de la vie religieuse. Son renoncement ne fut pas une fuite du monde : il devint une fondation, une communauté et un héritage spirituel durable.


