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Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix : Edith Stein, de la quête de la vérité au martyre d’Auschwitz

Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix - Edith Stein - DR
Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix - Edith Stein - DR
Philosophe juive devenue carmélite, disciple d’Edmund Husserl et lectrice passionnée de sainte Thérèse d’Avila, Edith Stein demeure l’une des grandes figures spirituelles et intellectuelles du XXe siècle. Canonisée sous le nom de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, elle fut assassinée à Auschwitz en 1942 et proclamée copatronne de l’Europe par saint Jean-Paul II

Née Edith Stein le 12 octobre 1891 à Breslau, alors dans l’Empire allemand, aujourd’hui Wrocław en Pologne, Thérèse-Bénédicte de la Croix appartient à cette génération européenne dont l’existence fut traversée par les bouleversements intellectuels, politiques et spirituels du XXe siècle.Dernière d’une famille juive de onze enfants, elle perd son père alors qu’elle est encore enfant. Sa mère, profondément croyante, demeure attachée au judaïsme. Edith, elle, s’en éloigne durant son adolescence et traverse une période d’athéisme. Mais elle ne renonce jamais à chercher la vérité.

Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix

Cette recherche devient le fil conducteur de son existence. Étudiante brillante, elle s’intéresse à la philosophie, à la psychologie, à l’histoire et à la littérature. Elle rejoint l’université de Göttingen pour suivre l’enseignement d’Edmund Husserl, fondateur de la phénoménologie, dont elle devient ensuite l’assistante. En 1916, elle soutient une thèse consacrée au problème de l’empathie. Son intelligence philosophique ne l’éloigne pourtant pas de la question de Dieu. Au contraire, elle l’y conduit progressivement.

Plusieurs rencontres avec des chrétiens la bouleversent. Mais un épisode demeure décisif : durant l’été 1921, chez des amis, elle découvre l’autobiographie de sainte Thérèse d’Avila. Elle la lit durant la nuit. Au terme de cette lecture, selon le récit traditionnellement rapporté de sa conversion, une certitude s’impose à elle : « C’est la vérité. » Edith Stein reçoit le baptême dans l’Église catholique le 1er janvier 1922. Sa conversion ne signifie pas le reniement de ses origines juives. Jusqu’à sa mort, elle conservera une conscience profonde de son appartenance au peuple juif. Cette double dimension de son existence donnera à son destin une portée particulière lorsque l’antisémitisme nazi entreprendra de détruire les Juifs d’Europe.

Pendant plusieurs années, Edith Stein enseigne et poursuit ses travaux philosophiques. Elle découvre notamment la pensée de saint Thomas d’Aquin et cherche à établir un dialogue entre la phénoménologie contemporaine et la grande tradition métaphysique chrétienne. Mais depuis sa conversion, une autre vocation mûrit en elle : le Carmel. En 1933, alors que l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir bouleverse l’Allemagne et que les premières mesures antisémites frappent les Juifs, elle entre au Carmel de Cologne. Elle reçoit le nom de sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix. Ce nom apparaît aujourd’hui presque prophétique. Pour elle, la Croix n’est pas une abstraction intellectuelle. Elle devient progressivement le lieu où se rejoignent sa foi chrétienne, son appartenance au peuple juif et le drame historique qui s’abat sur l’Europe.

Face à l’aggravation des persécutions, ses supérieures décident de l’envoyer aux Pays-Bas. Elle rejoint en 1938 le Carmel d’Echt, espérant y trouver davantage de sécurité. Le refuge sera provisoire. En juillet 1942, les évêques catholiques des Pays-Bas font lire dans les églises une protestation publique contre les déportations des Juifs. En représailles, les autorités nazies ordonnent l’arrestation des catholiques d’origine juive.

Le 2 août 1942, Edith Stein et sa sœur Rosa, elle aussi convertie au catholicisme, sont arrêtées. Elles sont déportées quelques jours plus tard vers Auschwitz-Birkenau. Edith Stein y est assassinée dans une chambre à gaz, vraisemblablement le 9 août 1942. Elle avait 50 ans.

Son œuvre philosophique et spirituelle lui survit. Elle laisse notamment des travaux consacrés à la personne humaine, à la femme, à saint Thomas d’Aquin et à saint Jean de la Croix. Son dernier grand ouvrage, La Science de la Croix, consacré au docteur mystique espagnol, acquiert à la lumière de sa mort une profondeur saisissante. Saint Jean-Paul II la béatifie en 1987 puis la canonise le 11 octobre 1998. Un an plus tard, le 1er octobre 1999, il la proclame copatronne de l’Europe avec sainte Brigitte de Suède et sainte Catherine de Sienne, rejoignant ainsi saint Benoît, saints Cyrille et Méthode parmi les patrons du continent.

Le choix d’Edith Stein était hautement symbolique. Femme, juive, philosophe, convertie au catholicisme, religieuse contemplative et victime de la Shoah, elle porte dans son existence plusieurs des grandes blessures mais aussi plusieurs des grandes traditions spirituelles et intellectuelles de l’Europe.Saint Jean-Paul II voyait précisément en elle un témoin capable de parler à un continent tenté d’oublier les fondements de sa civilisation et les tragédies de son histoire.La grandeur de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix tient cependant à quelque chose de plus profond encore. Son itinéraire rappelle que, pour la tradition chrétienne, la foi et l’intelligence ne sont pas condamnées à s’opposer. Chez cette universitaire formée à l’une des écoles philosophiques les plus exigeantes de son époque, la conversion ne fut pas l’abandon de la raison, mais l’aboutissement d’une recherche.

Elle avait cherché la vérité dans les livres, dans la philosophie et dans l’expérience humaine. Elle finit par reconnaître dans le Christ Celui qu’elle cherchait.Sa fête liturgique est célébrée le 9 août, jour où l’Église fait mémoire de celle qui voulut porter jusque dans son nom le mystère auquel elle avait décidé de livrer toute son existence : Thérèse-Bénédicte de la Croix.

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