Mercredi 7 octobre 2026, dans la salle Paul-VI au Vatican, sœur Helen Alford, religieuse dominicaine britannique et présidente de l’Académie pontificale des sciences sociales depuis 2023, a choisi une interprétation particulièrement déplacée de la rencontre entre Jésus et la Samaritaine pour illustrer sa réflexion sur l’évangélisation et les situations familiales irrégulières. Devant les participants à la rencontre internationale consacrée aux dix ans d’Amoris laetitia, elle a évoqué le début de ce dialogue évangélique comme une forme de « flirt ». Une comparaison rapportée par Vatican News, le média officiel du Saint-Siège.
🔴"Un flirt" entre Jésus et la Samaritaine : les propos d’une religieuse dominicaine font scandale
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) October 8, 2026
➡️ Mercredi 7 octobre, en présence de Léon XIV, sœur Helen Alford, présidente de l’Académie pontificale des sciences sociales,
a évoqué un « flirt » entre Jésus et la… pic.twitter.com/NUdPMAQu0E
La religieuse s’appuie sur une théorie élaborée par un autre dominicain, le père Michael Paluch, dont elle reprend une lecture présentée comme volontairement provocatrice. Parce qu’un homme et une femme se trouvent seuls près d’un puits et engagent une conversation, leur échange pourrait, selon cette interprétation, évoquer une tentative de séduction. Une ambiguïté qui disparaîtrait lorsque Jésus révèle à la Samaritaine la vérité de sa situation conjugale.
Le problème dépasse largement celui d’un vocabulaire malheureux. C’est la représentation même de l’attitude du Christ qui se trouve brouillée par une comparaison aussi légère. Dans le quatrième chapitre de l’Évangile selon saint Jean, Jésus ne cherche pas à séduire une femme. Il vient révéler à une âme la vérité de sa condition et lui offrir cette eau vive qui conduit à la vie éternelle. La Samaritaine découvre progressivement celui qui se tient devant elle. D’abord étonnée qu’un Juif lui demande à boire, elle comprend ensuite qu’elle rencontre un prophète, avant de reconnaître en Jésus le Messie annoncé. Le dialogue est entièrement ordonné à cette révélation. Le Christ connaît sa vie, ses péchés et ses blessures. Il ne cherche nullement à entretenir une ambiguïté sentimentale, mais à conduire cette femme vers la vérité et la conversion.
La tradition spirituelle de l’Église a toujours reconnu dans cet épisode une manifestation admirable de la miséricorde divine. Saint Augustin voit dans cette rencontre l’initiative du Sauveur qui demande à boire tout en venant lui-même donner la foi. La soif du Christ ouvre sur le mystère du salut, bien loin d’un quelconque jeu de séduction.
Sœur Helen Alford n’est pourtant pas une intervenante quelconque. Présidente d’une Académie pontificale, elle exerce d’importantes responsabilités au Saint-Siège. Ses paroles, prononcées dans un cadre aussi solennel, ne peuvent être réduites à une simple provocation sans conséquence. Cette méditation s’inscrivait dans les travaux consacrés à l’exhortation apostolique Amoris laetitia, publiée en 2016 par le pape François. Depuis dix ans, ce document suscite des débats sur l’accompagnement des personnes divorcées remariées et sur l’articulation entre la miséricorde, la conscience personnelle et les exigences objectives de la loi morale.
La religieuse a précisément rapproché la rencontre avec la Samaritaine de la « loi de gradualité », en évoquant les étapes par lesquelles une personne découvre progressivement la vérité chrétienne. Or saint Jean-Paul II, dans Familiaris consortio, distinguait clairement la loi de gradualité d’une prétendue gradualité de la loi. Le cheminement personnel vers le bien ne saurait modifier la vérité morale elle-même. Cette distinction est essentielle. La miséricorde du Christ ne consiste pas à relativiser le péché, mais à conduire le pécheur vers la conversion. L’épisode de la Samaritaine en constitue précisément l’une des plus belles illustrations.
Pourquoi fallait-il recourir à une image aussi équivoque ? L’Évangile manquerait-il de profondeur pour qu’il soit nécessaire de lui prêter les codes d’une conversation sentimentale ? L’exégèse catholique exige de respecter la personne du Christ, vrai Dieu et vrai homme, et de ne pas attribuer à son comportement des intentions que l’Écriture ne lui prête pas.
Il est d’autant plus regrettable qu’une religieuse chargée de responsabilités pontificales reprenne publiquement une comparaison susceptible de banaliser la personne du Sauveur. L’intention pédagogique invoquée ne suffit pas à justifier une formulation qui obscurcit le sens d’un passage aussi fondamental. La présence de Léon XIV à cette rencontre ne signifie évidemment pas qu’il approuve cette lecture. Le pape a rappelé la nécessité d’annoncer la beauté du dessein de Dieu sur le mariage et la famille, sans reprendre la comparaison avancée par sœur Helen Alford.
L’Église doit annoncer le Christ aux hommes de notre temps, mais cette mission exige une fidélité sans compromis à la vérité révélée. L’originalité n’est pas une vertu théologique lorsqu’elle introduit la confusion dans la compréhension des Écritures.


