Il est des lieux qui demeurent inséparables de la vie des saints. Pour Charles de Foucauld, l’un d’eux se trouve au cœur de Paris, dans l’église Saint-Augustin. C’est là qu’à la fin du mois d’octobre 1886, le jeune homme de 28 ans, ancien officier alors éloigné depuis plusieurs années de la pratique religieuse, rencontre l’abbé Henri Huvelin. Près de cent quarante ans plus tard, une chapelle rappelle désormais cet événement décisif. La chapelle de la Conversion de saint Charles de Foucauld a été inaugurée dimanche 27 septembre, lors de la messe de 11 heures. La célébration a été suivie d’un temps de vénération des reliques du saint.

Le choix de son emplacement donne toute sa signification au projet. La chapelle a été aménagée autour du confessionnal de l’abbé Huvelin, toujours conservé dans l’église Saint-Augustin. Une plaque rappelle l’événement : « Ici Charles de Foucauld s’est converti en se confessant à l’abbé Huvelin en octobre 1886. »
À cette époque, Charles de Foucauld revient de loin. Après s’être progressivement éloigné de la foi durant sa jeunesse, il a connu la vie militaire puis l’exploration du Maroc. Mais la question de Dieu s’impose progressivement à lui. De retour à Paris, il cherche à rencontrer l’abbé Henri Huvelin, vicaire de Saint-Augustin. Charles de Foucauld souhaite recevoir de lui un enseignement sur la religion. Le prêtre ne commence pourtant pas par une longue démonstration : il lui demande de se confesser. Charles de Foucauld s’agenouille, reçoit le sacrement de réconciliation, puis communie. Ce moment constitue l’un des grands tournants de son existence. Sa recherche de Dieu ne demeure pas une interrogation intellectuelle : elle le conduit aux sacrements et à une vie désormais entièrement orientée vers le Christ.
Quelques années plus tard, Charles de Foucauld résumera la radicalité de ce retournement dans une phrase devenue célèbre : « Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui. »
Tout ce qui suivra porte la marque de cette conversion : son pèlerinage en Terre sainte, son entrée à la Trappe, sa recherche d’une existence cachée à Nazareth, son ordination sacerdotale en 1901 puis son départ pour le Sahara. À Béni Abbès puis à Tamanrasset, Charles de Foucauld choisit une vie faite de prière, d’adoration eucharistique et de présence fraternelle auprès des populations du désert. Au cœur de sa spiritualité se trouve le désir d’imiter la vie cachée de Jésus à Nazareth et de s’abandonner entièrement à la volonté de Dieu. Cette disposition intérieure trouve une expression particulièrement saisissante dans le texte qui deviendra la célèbre « Prière d’abandon ». Inspirée d’une méditation de Charles de Foucauld sur les dernières paroles du Christ, elle commence ainsi : « Mon Père, je m’abandonne à vous, faites de moi ce qu’il vous plaira. Quoi que vous fassiez de moi, je vous remercie. »
Et elle s’achève dans un abandon sans réserve : « Je remets mon âme entre vos mains. Je vous la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur, parce que je vous aime, et que ce m’est un besoin d’amour de me donner, de me remettre entre vos mains sans mesure, avec une infinie confiance, car vous êtes mon Père. » Ces mots éclairent toute l’existence de Charles de Foucauld : non pas la recherche d’un accomplissement personnel, mais le consentement à être conduit par Dieu. Sa conversion de Saint-Augustin prend ainsi tout son sens : celui qui était venu demander au père Huvelin des réponses commence par s’agenouiller pour recevoir le pardon de Dieu.
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Charles de Foucauld meurt à Tamanrasset le 1er décembre 1916. Béatifié sous Benoît XVI en 2005, il est canonisé par le pape François le 15 mai 2022. Saint-Augustin demeure néanmoins profondément lié à son itinéraire. Devenu prêtre, Charles de Foucauld reviendra d’ailleurs célébrer plusieurs fois la messe dans l’église de sa conversion. La nouvelle chapelle inscrit cette mémoire dans la vie actuelle de la paroisse. Elle complète un oratoire voisin inspiré de l’Assekrem, dans le Hoggar, où le Saint-Sacrement est conservé et où les fidèles peuvent venir adorer. Une statue en bronze de saint Charles de Foucauld, réalisée par Daphné du Barry, prend également place dans cet ensemble.
Mais il ne s’agit pas de transformer le lieu en mémorial. La paroisse Saint-Augustin entend en faire un véritable lieu de prière, particulièrement pour ceux qui souhaitent confier à Dieu un proche éloigné de la foi et demander la grâce de sa conversion.
C’est sans doute là que réside la portée la plus profonde de cette inauguration. Le confessionnal devant lequel Charles de Foucauld s’est agenouillé en 1886 demeure au cœur d’une église vivante, à proximité de l’Eucharistie. Cent quarante ans après cette confession, il rappelle qu’une conversion n’appartient jamais seulement au passé : elle demeure l’irruption possible de la grâce dans une existence et l’appel, toujours actuel, à revenir au Christ.


