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Une indignation orchestrée : le cas de Donald Trump et de Vincent Bolloré dans le débat catholique

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Qui mène réellement la guerre culturelle aujourd’hui ? Derrière les indignations affichées, une même mécanique semble à l’œuvre, celle d’une morale à sens unique

À lire les articles d’une certaine presse dite  » catholique « , une impression domine : le son d’une même musique, celle d’un chapelet de critiques, répétées pour enfoncer toujours les mêmes cibles. Présentées comme issues de sensibilités différentes, ces voix ne le sont pas dans les faits. Elles convergent dans une même lecture, une même tonalité, une même hostilité. Qu’il s’agisse de Donald Trump ou de Vincent Bolloré, le schéma est identique : dénonciation morale, procès d’intention, disqualification globale.

Au premier rang desquelles figure la sœur Véronique Margron, tant décriée du temps de sa présidence de la CORREF. Elle affirme que les propos de Donald Trump relèveraient d’une « erreur de catégorie fondamentale » et iraient jusqu’à traduire « une vision idolâtrique de lui-même au sens théologique ». Mais son propos ets lui-meme décalé et infondé. Car enfin, laisser penser que Donald Trump croit réellement à ce qu’il met en scène, et que ses provocations seraient autre chose que des coups de communication, c’est volontairement se livrer à une analyse primaire. Donald Trump pratique l’excès, la mise en scène, la formule qui frappe. Faut-il pour autant mobiliser les catégories les plus lourdes de la théologie pour qualifier ce qui relève d’abord du registre médiatique ? Cette surinterprétation en dit peut-être plus long sur ceux qui l’emploient que sur celui qu’elle vise.

Ces mêmes voix dites catholiques n’ont pas mené de front au nom du sacré contre l’inscription de l’avortement dans la Constitution. Ces mêmes voix n’ont pas mené de front au nom du sacré contre les projets de loi sur l’euthanasie. Ces mêmes voix n’ont jamais critiqué avec la même vigueur les ruptures anthropologiques liées à l’idéologie du genre. Où étaient-elles ? Leur silence sur ces sujets majeurs contraste avec leur mobilisation constante contre certaines figures, toujours les mêmes.

Car, sans entrer dans un terrain politique, une évidence s’impose : le désordre du monde ne se limite pas aux outrances d’un président américain ou aux choix d’un chef d’entreprise français.

La même logique se retrouve dans les accusations portées contre Vincent Bolloré dans l’affaire Grasset. Alexandre Duval-Stalla parle ainsi d’« instrumentalisation du sacré au service du pouvoir » qu’il qualifie de « profanation ». Là encore, le mot est fort. Très fort. Mais que désigne-t-il exactement ? Une décision d’actionnaire, contestable ou non, devient-elle une « profanation » ? Le recours à un vocabulaire religieux aussi chargé n’est-il pas, lui aussi, une forme d’instrumentalisation du sacré ? Et surtout, pourquoi ce registre n’est-il mobilisé que dans un seul sens ? Car enfin, si l’instrumentalisation du sacré est une profanation, elle devrait être dénoncée partout où elle existe, et non uniquement lorsqu’elle sert à disqualifier un adversaire désigné. L’article évoque une « guerre culturelle » menée par certains. Mais une question demeure : qui la mène réellement ? Est-ce celui qui agit, ou celui qui, en permanence, accuse, récuse, disqualifie au nom d’une morale qu’il s’approprie ? À force de dénoncer une prétendue instrumentalisation, ces voix finissent par produire exactement ce qu’elles prétendent combattre : une lecture idéologique du réel, où tout est interprété à charge.

Et le Saint-Père ne s’y est pas trompé. Léon XIV, face à ces tensions, a choisi une autre voie. Il a simplement indiqué que cela « n’était pas son intérêt de discuter de cela », précisant qu’il « ne fallait pas mal interpréter » ses paroles. Il est au-dessus de cela, c’est un fait. Car l’autorité morale ne s’érige pas en dénigrant. Elle s’impose en donnant l’exemple, en prenant de la hauteur.

Ces mêmes voix, en se positionnant dans l’unique critique de certaines figures, ne se placent pas au-dessus du débat. Elles s’y enferment. Elles sont même, en un sens, un peu plus bas. Leurs élans de moralité et de dignité à sens unique ne trompent personne. Car une parole morale crédible ne choisit pas ses cibles. Elle s’applique à tous, sans exception, sans angle mort. Au fond, ce tribunal de la moralité, ce cénacle de la bien-pensance, n’a comme crédibilité que celle qu’il s’arroge lui-même, et que ses propres réseaux, ses proximités et ses copinages lui accordent. Cette légitimité auto-proclamée ne suffit pas à faire autorité, surtout lorsqu’elle s’exerce de manière sélective.

Nous ne sommes ni pour Donald Trump, ni pour Vincent Bolloré. Mais il est permis d’être exaspéré de voir certaines voix, se réclamant du catholicisme, critiquer toujours les mêmes, non pas tant au nom de leur foi que de leur propre grille idéologique. Nous leur souhaitons donc de prendre de la hauteur. Cette hauteur qui permet d’élargir le regard, d’élargir aussi le spectre de leur indignation, et de l’appliquer avec la même exigence à toutes les réalités du monde, sans exception, sans angle mort, sans complaisance. Car c’est à cette condition seulement que la parole morale peut retrouver sa force, sa crédibilité et toute sa portée, l’on sera alors dans une parole veritablement catholique.

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