Le 27 juin dernier, la cathédrale Notre-Dame des Anges de Los Angeles a accueilli la « Misa Azteca », une représentation mêlant les textes de la messe catholique à des danses, des poèmes et des symboles inspirés des traditions aztèques. Les organisateurs affirment avoir voulu « créer une expérience de culte ».
🔴"Créer une expérience de culte"
— Tribune Chrétienne (@tribuchretienne) July 23, 2026
➡️Jusqu'où peut aller l'inculturation sans tomber dans le syncrétisme ou la profanation?
➡️ Faut-il rappeler que les Aztèques pratiquaient les sacrifices humains et que l'annonce de l'Évangile a précisément mis fin à ces cultes sanglants ?… pic.twitter.com/j3U9MX4tSo
Les images ont fait le tour des réseaux sociaux. Dans la nef de la cathédrale Notre-Dame des Anges de Los Angeles, des danseurs coiffés d’imposantes parures de plumes avancent en procession, au son des tambours. Ce concert organisé par l’archidiocèse de Los Angeles autour de la Misa Azteca, une œuvre du compositeur Joseph Julián González mettait en musique les textes de la messe latine en y associant des rythmes indigènes, des poèmes nahuas, des instruments traditionnels et un orchestre symphonique. Mais parler d’un simple concert serait réducteur.
Avant même l’exécution de l’œuvre principale, les spectateurs ont assisté à une procession cérémonielle de danseurs aztèques traversant la cathédrale, suivie d’une représentation de l’apparition de Notre-Dame de Guadalupe, puis d’une succession de tableaux intitulés Danza Azteca, Los Misioneros, La Aparición, La Procesión, El Homenaje, Concheros ou encore Huapango. L’article publié par Angelus, le média officiel de l’archidiocèse de Los Angeles, décrit d’ailleurs l’ensemble comme une représentation ayant permis de « créer une expérience de culte » (creating a worship experience). Cette expression mérite à elle seule que l’on s’y arrête. Car l’enjeu n’est pas d’abord musical.
L’Église reconnaît depuis longtemps le principe de l’inculturation. Les papes, de saint Paul VI à Benoît XVI, ont rappelé que l’Évangile pouvait s’exprimer à travers les langues, les arts et certaines traditions des peuples. Mais tous ont également insisté sur une limite fondamentale : l’inculturation ne peut jamais conduire au syncrétisme. Or c’est précisément cette frontière qui semble ici s’estomper.
Les civilisations aztèques ne constituent pas seulement un patrimoine culturel. Leur religion reposait sur une conception du monde marquée notamment par les sacrifices humains destinés à leurs divinités. L’annonce de l’Évangile a précisément conduit ces peuples à renoncer à ces pratiques pour recevoir le baptême. C’est ici qu’apparaît un paradoxe.
Joseph Julián González explique que son œuvre est née de son immense dévotion envers Notre-Dame de Guadalupe. Mais l’événement de Guadalupe, en 1531, n’est pas l’histoire d’une fusion entre le catholicisme et les anciennes religions mésoaméricaines. Il est au contraire l’histoire de la conversion d’un peuple au Christ. En quelques années, des millions d’Amérindiens demandèrent le baptême, abandonnant progressivement les anciens cultes. Guadalupe n’est donc pas le symbole d’un compromis religieux, mais celui du triomphe de l’Évangile.
Pourtant, plusieurs témoignages recueillis à l’issue de la représentation semblent raconter une autre histoire. Une spectatrice affirme avoir eu le sentiment que « les deux cultures allaient naturellement ensemble ». Une autre se réjouit que « notre foi puisse embrasser toutes ces traditions ». Le compositeur lui-même déclare que cette œuvre « enrichit notre catholicisme ». Ces formules interrogent.
Le catholicisme peut-il être « enrichi » par des éléments issus d’une religion que les premiers missionnaires ont précisément appelée à dépasser ? Jusqu’où peut-on intégrer des symboles issus d’un univers religieux préchrétien sans créer une confusion dans l’esprit des fidèles ?
Il ne s’agit évidemment pas de nier la richesse de la culture mexicaine ni l’importance de l’inculturation authentique. L’Église a toujours su accueillir ce qui était beau, vrai et bon dans les peuples qu’elle évangélisait. Mais elle l’a toujours fait à la lumière du Christ, en purifiant ce qui était incompatible avec la Révélation.
Faut-il rappeler que les Aztèques pratiquaient les sacrifices humains et que l’annonce de l’Évangile a précisément mis fin à ces cultes sanglants ? C’est pourquoi la mise en valeur de références directement inspirées de cet univers religieux ne peut qu’interroger.
Comment ne pas penser également à la vive polémique provoquée en 2019 par la présence des statues dites de la « Pachamama » dans des cérémonies liées au Synode sur l’Amazonie
Une cathédrale n’est pas une salle de spectacle comme une autre. Elle est le siège de l’évêque, le cœur liturgique d’un diocèse. Les événements qui s’y déroulent possèdent inévitablement une portée symbolique. Lorsque des éléments fortement inspirés de traditions religieuses préchrétiennes y prennent place sous la forme d’une « expérience de culte », il est légitime que des fidèles s’interrogent. L’inculturation est une richesse lorsqu’elle conduit les cultures vers le Christ. Elle devient problématique lorsqu’elle donne le sentiment que toutes les traditions religieuses pourraient finalement être placées sur un même plan.
Or la mission de l’Église n’a jamais été de christianiser le paganisme en le conservant intact, mais d’annoncer Jésus-Christ afin que toute culture soit transfigurée par l’Évangile. C’est cette frontière, essentielle, que la soirée du 27 juin à Los Angeles semble avoir brouillée aux yeux de nombreux catholiques.


