Depuis 2000 ans

[Vidéo] « Rien d’injurieux » : Après la diffusion de France-Norvège dans l’église de Ligny-en-Barrois, l’évéque de Verdun persiste et signe

Monseigneur de Metz-Noblat - capture écran
Monseigneur de Metz-Noblat - capture écran
Dans une vidéo de plus de trois minutes , Monseigneur de Metz-Noblat assume pleinement cette décision et entreprend d'en démontrer le bien-fondé, allant jusqu'à manier une certaine ironie à l'égard des fidèles scandalisés

Par Philippe Marie

Il arrive qu’une explication suscite davantage de malaise que les faits eux-mêmes. La vidéo publiée par Monseigneur Jean-Louis de Metz-Noblat sur la chaîne YouTube du diocèse de Verdun, consacrée à la retransmission du match France–Norvège dans l’église de Ligny-en-Barrois, appartient à cette catégorie. Quelques jours plus tôt, Tribune Chrétienne s’était indignée de voir une église accueillir la retransmission d’une rencontre de football, au cours de laquelle la Marseillaise avait retenti sous les voûtes du sanctuaire. Nous écrivions alors qu’une telle initiative constituait une nouvelle étape dans la banalisation du caractère sacré des églises. Loin d’apaiser les inquiétudes, la réponse de l’évêque risque aujourd’hui de les renforcer.

Monseigneur de Metz-Noblat affirme que cette soirée n’avait « rien d’injurieux », que « le Saint-Sacrement n’a pas été profané » et que l’église « a immédiatement retrouvé sa fonction spirituelle habituelle dès le lendemain matin ». Mais cette démonstration laisse de nombreux fidèles perplexes. Car le cœur de la question n’est pas de savoir si l’alcool était interdit, si un vigile contrôlait les entrées ou si seule la nef était accessible. La véritable interrogation est ailleurs : une église consacrée peut-elle devenir, même pour quelques heures, un lieu destiné à la retransmission d’un événement sportif ?

Lire aussi

Pour justifier cette initiative, l’évêque rappelle que le Saint-Sacrement avait été retiré. Mais une église ne cesse pas d’être un lieu sacré parce que le tabernacle a été provisoirement vidé. La dédicace d’un sanctuaire ne disparaît pas au gré des circonstances. Une église demeure la maison de Dieu, même lorsque le Saint-Sacrement est momentanément conservé ailleurs.

Au fil de son intervention, Monseigneur de Metz-Noblat explique également que les réseaux sociaux se seraient enflammés sous l’effet de « l’anonymat » de personnes qui ignoreraient « la réalité du terrain ». Cette remarque étonne. Les critiques ne se résument pas à quelques commentaires anonymes. Tribune Chrétienne a publiquement assumé sa position dans un article signé et argumenté, sans se cacher derrière un pseudonyme. Si Monseigneur souhaite poursuivre ce débat ou répondre plus directement aux interrogations soulevées, notre rédaction est naturellement à sa disposition à l’adresse redaction@tribunechretienne.com. Le sujet mérite un échange de fond plutôt qu’une réduction des critiques à un prétendu anonymat.

L’évêque manie également une certaine ironie lorsqu’il dit espérer que certains spectateurs « en ont profité pour prier pour leur équipe » ou qu’ils ont découvert une église « pour la première fois ». Cette formule, qui se veut sans doute légère, a profondément heurté nombre de catholiques. Peut-on réellement transformer en argument pastoral une soirée dont l’objet premier était de suivre un match de football sur écran géant ?

Autre justification avancée : les applaudissements, les chants et les acclamations ne seraient finalement pas différents de ceux que l’on entend parfois lors de concerts ou d’expositions organisés dans certaines églises. Mais cet argument ne dissipe pas les interrogations. Que certains usages discutables se soient déjà développés dans quelques sanctuaires ne saurait suffire à les ériger en référence.

Ce qui trouble profondément dans cette prise de parole n’est donc pas seulement la retransmission du match. C’est la manière dont elle est présentée, relativisée et finalement normalisée. À entendre cette argumentation, il suffirait de déplacer le Saint-Sacrement, d’interdire l’alcool et d’assurer un service d’ordre pour rendre acceptable un usage profane et laisser chanter la Marseillaise dans une église.

Recevez chaque jour notre newsletter !