Ce qui s’est produit à la fin du mois de janvier en Argentine n’est pas un simple fait divers local, mais un révélateur brutal des tensions doctrinales qui traversent aujourd’hui l’Église. Lorsqu’un sacrement est publiquement célébré en contradiction manifeste avec la loi canonique et l’anthropologie chrétienne, c’est toute la communauté ecclésiale qui se trouve ébranlée. Le 28 janvier, dans l’église Notre-Dame de Pompeya à Corrientes, le père Fernando Luis Gómez a célébré le mariage de Solange Ayala, née homme et s’identifiant comme femme, et d’Isaías Díaz Núñez, née femme et s’identifiant comme homme. Les deux avaient auparavant modifié leur identité civile conformément à la législation argentine.L’affaire a rapidement pris une ampleur nationale. L’archevêque de Corrientes, José Adolfo Larregain, a déclaré à l’agence Crux qu’un décret formel de nullité serait émis. Selon lui, un tel mariage est nul ipso facto, c’est-à-dire nul en lui-même, car il ne remplit pas les conditions de « matière et de forme » requises pour la validité d’un sacrement.
Solange Ayala, militante LGBT, a affirmé sur les ondes de Radio Sudamericana que le couple avait suivi les démarches « exactement comme tous les autres ». Elle soutient que le prêtre aurait consulté l’archevêque avant de procéder à la célébration et qu’« en termes biologiques il n’y avait pas d’objections ».Or, l’archidiocèse de Archidiocèse de Corrientes a précisé qu’« à aucun moment la documentation ecclésiastique correspondant aux formalités requises » n’avait été reçue. Le communiqué rappelle que le mariage chrétien exige des conditions essentielles de validité et de licéité selon le droit canonique, et que leur omission déforme le sens du sacrement tout en créant une grave confusion parmi les fidèles.L’archevêque a également indiqué avoir pris les mesures disciplinaires canoniques appropriées.
précisons que tout prêtre formé sait que le canon 1095, 3° du Code de droit canonique concerne la capacité des parties à assumer les obligations essentielles du mariage. Plus fondamentalement encore, le mariage sacramentel repose sur la complémentarité réelle entre un homme et une femme, ordonnée au bien des époux et à la transmission de la vie.
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Il ne s’agit pas d’un simple débat culturel, mais d’un point constitutif de la foi catholique. La référence biblique à « homme et femme Il les créa » n’est pas une formule accessoire. Elle fonde l’anthropologie chrétienne et la théologie du mariage. L’Église peut et doit accueillir toute personne, mais elle ne peut redéfinir la nature d’un sacrement sans se renier elle-même.Dans son entretien à Crux, l’archevêque a rappelé l’importance de la déclaration Fiducia Supplicans du pape François concernant les bénédictions, soulignant la nécessité d’éviter toute confusion avec le rite du mariage. La confusion, précisément, est au cœur de cette affaire.
L’avocat canoniste Ricardo Lugo a estimé que la paroisse avait accepté la demande parce que, formellement, les deux personnes « ont des genres distincts » dans l’état civil, considérant que les exigences civiles et ecclésiastiques étaient satisfaites.De son côté, Sergio Petroni, militant catholique LGBT de Buenos Aires et ancien séminariste, a déclaré comprendre que l’Église avance « plus lentement que la culture et la société ». Il a reconnu qu’une ouverture sacramentelle générale aux personnes LGBT provoquerait de profondes divisions, tout en appelant à une « transformation culturelle ».
La question centrale demeure : qu’est-ce qu’accueillir ? Accueillir ne signifie pas valider toute revendication identitaire ni adapter les sacrements aux évolutions culturelles du moment. L’accueil authentique suppose la vérité. Il suppose d’accompagner les personnes avec charité, mais aussi de rappeler sans ambiguïté la doctrine.En déclarant ce mariage nul, l’archevêque de Corrientes n’a pas posé un geste d’exclusion, mais un acte de fidélité. La crédibilité de l’Église dépend précisément de sa capacité à maintenir ensemble miséricorde et vérité, sans céder à la pression idéologique.Ce qui s’est joué à Corrientes dépasse le cas particulier d’un couple. C’est la compréhension même du mariage chrétien qui est en cause. Et sur ce terrain, l’Église ne peut se permettre ni flou ni improvisation.


